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Atlas Culinaire · Azerbaïdjan · Asie
Le xaş se prépare la veille à minuit pour être mangé à l'aube — dix heures de bouillon de pieds de veau, une soupe blanche gélatineuse, et l'ail cru et le vinaigre dont chacun se sert lui-même. Un rituel masculin devenu institution nationale.
Le xaş est au centre d'un débat civilisationnel qui dépasse la cuisine. La controverse principale oppose les pays du Caucase et du Moyen-Orient sur son origine : le terme "xaş" vient de l'arménien "xash" (χաշ), et des historiens arméniens affirment que le plat est apparu dans les monastères arméniens médiévaux comme repas de pénitence (les parties les moins nobles de l'animal — pieds, tête — réservées aux pauvres). Les historiens azéris et turcs (Tahir Amiraslanov, «Azerbaycan Mutfağı», 2006) contestent cette primauté et citent des références à des bouillons de pieds dans la gastronomie nomade turco-altaïque antérieure. En Turquie, le même plat s'appelle "paça" (paça çorbası) et est également revendiqué. La Géorgie connaît un équivalent appelé "khashi". En pratique, ces bouillons de pieds sont communs à toutes les cultures nomades et sédentaires de l'Eurasie centrale et il est impossible d'en attribuer la paternité — mais le débat est vif et politiquement chargé dans le contexte du conflit du Haut-Karabakh. Ce sur quoi tous s'accordent : le xaş se mange au petit matin, après une longue nuit de préparation, dans une ambiance de convivialité masculine particulière.
Vodka de prune (ərəq) ou eau-de-vie de coings — c'est la boisson traditionnelle du rituel xaş. Mais aussi, plus rarement, thé fort. Les condiments indispensables — ail cru écrasé, vinaigre de raisin blanc, sel. Pain lavash chaud pour tremper.
8/10 — soupe rituelle très appréciée en hiver, particulièrement en janvier-février. Les xaş-parties (réunions nocturnes autour du xaş) sont une institution sociale masculine azérie, mais la tradition se féminise progressivement.
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Préparation — Nettoyer et blanchir les pieds (la veille à minuit) — Brûler les poils éventuels des pieds à la flamme d'un briquet. Rincer à l'eau froide. Mettre dans une grande cocotte, couvrir d'eau froide, porter à ébullition 10 min. Jeter l'eau du blanchiment — elle contient l'essentiel de l'excès de graisse et des impuretés. Rincer les pieds et brosser légèrement. Cette étape est indispensable pour un bouillon propre.
Mijotage de nuit — Cuire 10-12 heures à feu très doux — Remettre les pieds dans la cocotte, couvrir de 3L d'eau froide propre. Porter à frémissement. Écumer soigneusement pendant 30 min — une écume grisâtre va se former. Réduire le feu au minimum absolu (frémissement visible seulement si on regarde la surface de près). Cuire sans couvercle (ou légèrement entrouvert) toute la nuit. Ajouter de l'eau bouillante si nécessaire pour maintenir le niveau.
Finition — Ajouter l'ail, saler, ajuster — 1 heure avant de servir (vers 5h du matin), ajouter la tête d'ail entière (non épluchée) dans le bouillon. Saler maintenant — seulement maintenant, pas avant. Le bouillon doit être blanc-ivoire, légèrement gélatineux, riche. Si trop concentré, ajouter un peu d'eau bouillante.
Service — Servir à l'aube avec les condiments — Retirer et jeter les pieds (ou désosser pour ceux qui aiment la chair). Servir le bouillon blanc et fumant dans des bols profonds. Disposer sur la table — bol d'ail cru écrasé, bol de vinaigre, sel, lavash chauffé. Chaque convive assaisonne à son goût. L'ail cru et le vinaigre ne se mélangent pas dans la soupe — on en prend sur le côté avec chaque cuillerée.
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