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Atlas Culinaire · Corée du Nord · Asie
Le riz des corbeaux : gâteau de riz gluant aux châtaignes, dattes rouges et pignons, né à Silla, accompli sous Goryeo, spécialité aristocratique de Kaesong
L'origine légendaire du yakbap est fermement ancrée dans le Samguk Yusa (삼국유사, 1281) : le roi Soji de Silla (소지마립간) aurait été sauvé d'un complot le 15e jour du premier mois lunaire 488, grâce à un corbeau qui guidait un messager porteur d'un pli secret ; depuis lors, le 15e jour lunaire (Jeongwol Daeboreum) fut appelé 'Jour du tabou du corbeau' (오기일, 烏忌日) et un riz gluant offert en mémoire. MAIS l'entrée 약식 (E0035340) de l'Encyclopédie nationale (한국민족문화대백과사전, AKS) tranche : c'est à l'époque Goryeo, non à Silla, que le plat prend sa forme définitive – châtaignes, dattes, pignons, huile et miel remplaçant le simple 찰밥 originel. C'est depuis la capitale Goryeo, Kaesong (개성), que le yakbap diffuse et acquiert ses proportions aristocratiques, au point que les envoyés coréens en Chine sous Joseon en distribuaient à Pékin, où les lettrés l'appelaient 고려반 (Goryeoban, 'riz de Goryeo'). Deuxième débat : le sucrant légitime. Les recettes palatiales (Hong Seon-pyo, 조선요리학, 1940 ; Han Bok-ryeo, 조선왕조 궁중음식, 2022) n'emploient que du 백청 (baekchung, miel) et du 조청 (jocheong, sirop de malt de riz) – jamais de sucre blanc raffiné, apparu massivement en Corée après 1945. La version nord-coréenne (école de Kaesong documentée par le site officiel 고려시대 요리) conserve scrupuleusement miel + jocheong + sauce soja fermentée sans sucre blanc, quand les adaptations sud-coréennes modernes y substituent de la cassonade pour des raisons d'accessibilité.
Thé de ginseng (인삼차) ou thé de chrysanthème (국화차) léger, sans lait ni sucre – l'amertume végétale tranche la douceur du miel. En contexte festif coréen traditionnel, un petit verre de cheongju (청주, vin de riz clair) ou de baekhwachu (百花酒, vin aux fleurs). Éviter les thés verts japonais aux tanins agressifs qui cassent la rondeur du miel.
Le yakbap est l'un des gâteaux de riz (tteok) les plus anciennement documentés de la péninsule coréenne, porté sur la table du roi comme sur la table villageoise lors du Jeongwol Daeboreum. À Kaesong, ancienne capitale de Goryeo (고려, 918-1392), il est associé à l'art de la table aristocratique (반상 bansang) : c'est dans cette cuisine de cour que les proportions fondatrices (châtaignes + dattes + pignons + miel + sauce soja + huile de sesame) ont été fixées et transmises. Aujourd'hui en Corée du Nord, le yakbap demeure un aliment de fête associé aux grands événements familiaux et au Jeongwol Daeboreum.
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Rincer le riz gluant 3-4 fois jusqu'à eau claire, puis couvrir d'eau froide et laisser tremper 8 à 12 heures (idéalement toute la nuit au réfrigérateur). Pendant ce temps, dénoyauter les dattes rouges en conservant soigneusement les noyaux dans un bol séparé. Tailler la chair de datte en lanières ou en quarts. Couper les châtaignes pelées en 2-4 morceaux selon leur taille.
Mettre les noyaux de dattes dans une petite casserole avec 400 ml d'eau. Porter à ébullition, réduire à feu moyen et laisser bouillir 15 min jusqu'à légère réduction et coloration brun-rosé. Filtrer au tamis fin, récupérer 300 ml de bouillon de datte. Dans ce bouillon encore chaud, dissoudre la sauce soja, le jocheong et le miel. Ajouter la cannelle si utilisée. Ajouter l'huile de sesame hors-feu et remuer.
Égoutter le riz trempé, le disposer dans un panier vapeur tapissé d'un linge mousseline ou d'une étamine (pour éviter que les grains ne tombent). Cuire à la vapeur vigoureuse 20 à 25 min jusqu'à ce que les grains soient cuits mais encore légèrement fermes au cœur. Vérifier en écrasant un grain entre les doigts : il doit s'écraser sans résistance dure centrale.
Transférer le riz vapeur chaud dans un grand bol ou wok. Verser la moitié de la sauce (bouillon datte + assaisonnements) sur le riz chaud et mélanger délicatement avec une spatule en bois ou en silicone, en soulevant le riz par en dessous plutôt qu'en remuant circulairement. Ajouter ensuite les châtaignes et les lanières de dattes. Verser le reste de la sauce et mélanger une seconde fois, doucement. Le riz doit être entièrement enrobé et passer à une teinte brun-caramel uniforme.
Remettre le riz enrobé dans le panier vapeur (toujours tapissé de mousseline). Couvrir hermétiquement et cuire à vapeur douce pendant 20 à 25 min supplémentaires. Le riz doit absorber tout le sirop, devenir brun-acajou, brillant et translucide en surface. Les châtaignes et dattes se fondent dans l'ensemble. Parsemer les pignons de pin sur le dessus 5 min avant la fin pour qu'ils s'intègrent sans brûler.
Transférer le yakbap chaud dans un moule carré ou rectangulaire (environ 20×20 cm) légèrement huilé à l'huile de sesame, ou chemisé de film alimentaire. Presser fermement à la spatule pour former un bloc compact et uniforme. Laisser refroidir complètement à température ambiante, minimum 1 h, idéalement 2 h. Une fois refroidi et figé, démouler et découper en carrés ou losanges de 4-5 cm.
Dresser les carrés de yakbap sur un plateau de bois ou une assiette noire laquée pour mettre en valeur la teinte brun-acajou brillante. Garnir de quelques pignons supplémentaires posés au centre de chaque carré. Le yakbap se conserve à température ambiante 1 jour, 3-4 jours au réfrigérateur, jusqu'à 2 mois au congélateur (portions individuelles emballées sous film). Sortir du réfrigérateur 30 min avant de servir pour retrouver la texture souple.
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