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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
Le bouillon de poule clarifié du nord roumain, aigri au borș de son de blé fermenté et noué de tăiței maison à l'œuf, parfumé au leuștean.
Le débat le plus vif tient au mot lui-même. Comme le tranche la rédaction de LaLena.ro, « la noi acasă se mai numește Zeamă/Zamă » : en Transylvanie, Maramureș, Bucovine et Moldavie, « zeamă » n'est pas une recette distincte mais le terme régional pour « ciorbă », la soupe aigre — au point que le lendemain de noce s'appelle « la borș sau la zamă ». La frontière culinaire est nette sur l'acidulant : la cuisinière Gina Bradea (pofta-buna.com) pose la règle partout vérifiée — acidifié au borș de putină (son de blé fermenté maison), le plat est un « borș de pui » ; acidifié au vinaigre, jus de citron ou jus de chou, il devient « ciorbă ». En Ardeal, Laura Laurențiu rappelle l'influence hongroise et allemande qui fait préférer l'oțet (vinaigre) et surtout le tarhon (estragon), tandis que la zeamă moldave de Bucovine et, par-delà le Prut, celle de Bessarabie (République de Moldavie) restent fidèles au borș de tărâțe et au leuștean. On tranche ici pour la version ardéléenne-moldave : on aigrit au borș de son de blé, ajouté en toute fin et jamais bouilli longtemps, pour garder un bouillon clair et une acidité franche — pas au vinaigre, qui appartient à la branche « ciorbă » du sud.
Un pain de campagne au levain (pâine de casă) et des piments forts marinés ; à boire un vin blanc sec et nerveux de Transylvanie (Fetească Regală de Târnave) qui répond à l'acidité du borș.
Mot régional avant d'être une recette : en Ardeal, Maramureș, Bucovine et Moldavie, « zeamă » (« zamă ») désigne la ciorbă, la soupe aigre. LaLena.ro rapporte l'usage rituel — « a 2-a zi la o nuntă se numește la borș sau la zamă » — où la grande marmite de zeamă de pui nourrit les convives le lendemain de noce. C'est le plat des relevailles, du malade qu'on requinque, du dimanche au village.
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Bouillon — Démarrer la poule à l'eau froide et écumer — Déposez la poule, le dos et le cou dans une grande marmite, couvrez des 3,5 litres d'eau froide et portez doucement à frémissement à feu moyen. Dès que l'écume grise monte, écumez patiemment à la louche pendant les premières dix minutes : c'est ce geste qui décide de la limpidité finale. Salez très légèrement seulement à ce stade. Ne couvrez pas encore et ne laissez jamais bouillir à gros bouillons.
Le pourquoiLe départ à froid extrait lentement albumines et sucs ; un frémissement doux les coagule en écume qu'on retire, au lieu de les émulsionner en bouillon trouble.
Bouillon — Cuire longuement la poule à frémissement — Baissez le feu au minimum, couvrez partiellement et laissez frémir la poule sans l'agiter. Une poule fermière demande environ une heure à une heure et quart pour s'attendrir ; un poulet jeune, moins. Le liquide doit à peine trembler en surface, jamais bouillonner. Goûtez le bouillon : il doit être franc et parfumé avant d'aller plus loin.
Le pourquoiLe collagène de la poule âgée fond lentement en gélatine à frémissement et donne au bouillon son corps soyeux ; bouillir l'expulserait en graisse trouble.
Préparation — Pétrir et tailler les tăiței à la main — Pendant que la poule cuit, faites une fontaine avec la farine, cassez-y les deux œufs et une pincée de sel, et pétrissez une pâte ferme et lisse, sans une goutte d'eau. Laissez-la reposer dix minutes sous un linge, puis étalez-la très finement au rouleau sur le plan fariné. Laissez la feuille sécher légèrement quelques minutes, roulez-la et taillez au couteau des lanières fines : ce sont les tăiței.
Le pourquoiL'œuf seul, sans eau, donne une pâte qui tient à la cuisson et un fil ferme ; une feuille fine cuit vite et reste tendre.
Cuisson — Filtrer, désosser et ajouter les racines — Sortez la poule, laissez-la tiédir et désossez-la en effilochant la chair en morceaux. Si le bouillon a accroché des impuretés, passez-le au chinois et remettez-le sur le feu. Ajoutez alors carottes en rondelles, céleri-rave, panais, racine de persil, oignon haché, poivron en dés, la pomme de terre si vous en mettez, l'oignon entier pelé et le piment fort. Laissez frémir jusqu'à ce que les racines soient tendres.
Le pourquoiLes racines cuites dans un bouillon déjà parfumé l'enrichissent sans le brouiller ; le céleri-rave assoit le fond aromatique roumain.
Cuisson — Pocher les tăiței à part puis les réunir — Portez à ébullition une petite casserole d'eau salée et plongez-y les tăiței une minute seulement, le temps de les ébouillanter. Égouttez-les et versez-les dans la marmite de zeamă. Remettez la chair de poule effilochée dans le bouillon en même temps. Laissez reprendre un frémissement deux à trois minutes pour que les tăiței finissent de cuire dans la soupe.
Le pourquoiLe pré-pochage évacue l'amidon de surface des tăiței (truc de Gina Bradea) : la zeamă reste claire au lieu d'épaissir et de se troubler.
Acidulant — Préparer le borș de tărâțe et le faire bouillir à part — Versez le borș de putină dans une casserole et portez-le à frémissement à part de la marmite. Une mousse grisâtre va monter : écumez-la soigneusement. Goûtez l'acidité : un borș maison est plus ou moins vif selon sa fermentation, ajustez la quantité que vous verserez. Le borș doit sentir le pain aigre et le froment, jamais le moisi.
Le pourquoiBouillir et écumer le borș à part retire ses dépôts de fermentation et stabilise son acidité avant de l'incorporer, sans troubler toute la marmite.
Acidulant — Aigrir la zeamă et rectifier l'assaisonnement — Versez le borș écumé dans la marmite de zeamă, en commençant par la moitié, et goûtez. Ajoutez le reste jusqu'à l'acidité franche qui vous convient. Ne laissez la soupe que frémir une à deux minutes après l'ajout, sans la faire bouillir longuement. Rectifiez alors le sel — toujours après l'acidulant, qui change la perception salée. Retirez l'oignon entier et le piment fort.
Le pourquoiL'acidité du borș est portée par des arômes volatils et des ferments fragiles ; une ébullition prolongée les détruit, casse le borș et aplatit le goût.
Finition — Parfumer au leuștean hors du feu et servir — Coupez le feu. Ciselez le leuștean et le persil et jetez-les dans la marmite hors du feu, en remuant une fois. Couvrez et laissez infuser deux minutes avant de servir : c'est le leuștean qui donne à la zeamă son odeur reconnaissable entre toutes. Servez très chaud, avec du pain de campagne et des piments marinés, en proposant à table un peu de borș pour qui aime plus aigre.
Le pourquoiLes huiles essentielles du leuștean sont volatiles : ajouté hors du feu, il garde tout son parfum au lieu de s'évaporer dans la vapeur.
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Sourcer ou se taire
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