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Atlas Culinaire · Pérou · Costa & Lima
Le frère salé du manjar blanco. Tous deux descendent d'un plat catalan de 1324, séparés au Pérou par l'ají amarillo.
Il y a des plats qui racontent une conquête, et d'autres qui racontent un lent malentendu heureux. L'ají de gallina est du second genre. Sa sauce jaune, épaisse, soyeuse, à peine piquante, ne ressemble à rien d'autre en Amérique du Sud, et pour comprendre d'où elle vient il faut remonter à un manuscrit catalan du XIVᵉ siècle.
GALLINA OU POLLO : LE NOM CONTRE LA RÉALITÉ.
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Mettez la volaille dans une casserole avec l'oignon, la carotte, le céleri, l'ail et du sel. Couvrez d'eau froide et laissez frémir sans jamais bouillir : quarante minutes pour des blancs de poulet, quatre à cinq heures pour une vraie poule. Retirez la viande, gardez le bouillon.
Le pourquoiDans ce plat, le goût ne vient pas de la chair mais du bouillon, qui servira ensuite à détendre la sauce. Une poule donne un bouillon incomparablement plus profond qu'un poulet, parce que sa chair âgée et son collagène ont eu le temps de se construire. [la cuisinière Martha Palacios utilise du caldo de gallina même quand elle cuisine du poulet]
Laissez tiédir la volaille, puis effilochez-la à la main en filaments dans le sens des fibres, ni trop fins ni trop épais.
Le pourquoiLa main suit les fibres naturelles et produit des filaments irréguliers qui accrochent la sauce. Le couteau les tranche en travers et donne des cubes lisses, que la sauce contourne au lieu d'enrober.
Retirez la croûte du pain, coupez-le grossièrement et laissez-le tremper cinq à huit minutes dans le lait évaporé, jusqu'à ce qu'il se délite au doigt.
Le pourquoiC'est le liant du plat, et il vient de loin : dans le plat catalan dont l'ají de gallina descend, le rôle était tenu par le riz et les amandes. Le pain trempé les a remplacés au Pérou. Ce n'est donc ni un raccourci ni un dépannage, c'est la structure même de la recette.
Faites revenir l'oignon rouge finement haché dans l'huile à feu moyen, une dizaine de minutes, jusqu'à ce qu'il fonde. Ajoutez l'ail, puis la pâte d'ají amarillo, le cumin et le palillo. Poursuivez quelques minutes.
Le pourquoiL'aderezo est la fondation de presque toute la cuisine criolla : un oignon vraiment fondu, puis l'ají cuit dans le gras. Cette cuisson de la pâte de piment fait tomber son acidité crue et libère les composés aromatiques qui ne sont solubles que dans la matière grasse.
Réunissez l'aderezo, le pain trempé et les pecanas. Mixez en ajoutant du bouillon peu à peu, jusqu'à obtenir une crème parfaitement lisse.
Le pourquoiLes pecanas remplacent les amandes du plat médiéval d'origine. Elles apportent le gras, le liant et une amertume discrète qui équilibre le fruité sucré de l'ají amarillo.
Versez la crème dans une casserole, ajoutez la volaille effilochée et le parmesan râpé. Chauffez doucement en remuant, en détendant au bouillon jusqu'à la consistance voulue. Salez, poivrez.
Le pourquoiLa sauce doit napper sans couler. Elle épaissit encore en refroidissant dans l'assiette : mieux vaut donc la garder un peu plus souple sur le feu qu'à la texture finale souhaitée.
Faites cuire les pommes de terre jaunes entières à l'eau salée jusqu'à ce qu'elles soient tendres, pelez-les et coupez-les en rondelles épaisses. Préparez un riz blanc bien grainé. Écalez les œufs durs et coupez-les en quartiers.
Le pourquoiL'assiette est construite sur un contraste : la sauce est riche, dense et légèrement piquante, la pomme de terre et le riz sont neutres et absorbants. Ce sont eux qui rendent le plat mangeable jusqu'à la dernière bouchée.
Disposez les rondelles de pomme de terre en éventail, nappez généreusement d'ají de gallina, posez le riz à côté. Terminez par un quartier d'œuf dur et une olive noire.
Le pourquoiCe dressage n'est pas décoratif, c'est la forme canonique du plat dans toutes les cuisines criollas. L'olive apporte le sel et l'amertume qui réveillent une sauce très douce, et l'œuf apporte le gras neutre qui l'apaise.
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Cœur de la cuisine limeña à l'ají amarillo : la même crème jaune onctueuse nappe ici le poulet effiloché (ají de gallina), là les pommes de terre (huancaína).
Voir la recette →CousineLe frère salé du manjar blanco. Les deux préparations descendent du même ancêtre, le menjar blanc médiéval venu d'Espagne : une crème de lait épaissie et sucrée. Au Pérou, la branche sucrée est devenue le manjar blanco du suspiro, et la branche salée a reçu l'ají amarillo et le poulet effiloché pour devenir l'ají de gallina. Même départ, deux destins opposés.
Voir la recette →Le frère sucré, et non un simple homonyme. Au Pérou colonial, le menjar blanc catalan s'est scindé en deux : une branche a gardé le sucre et est devenue cette crème lactée qu'on retrouve du Mexique au Paraguay, l'autre a rencontré l'ají amarillo et est devenue l'ají de gallina. Deux plats que tout oppose aujourd'hui, nés du même pot.
Pas encore dans l'AtlasL'ancêtre commun, consigné dans l'un des plus anciens recueils culinaires d'Europe : une crème de blanc de volaille poché, riz, amandes et sucre, de racine arabo-ibérique. Arrivée au Pérou au XVIᵉ siècle, elle perd son sucre au contact de l'ají amarillo, troque les amandes contre des pecanas et le riz contre du pain.
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