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Atlas Culinaire · Antigua-et-Barbuda · Amériques
La queue de porc n'est pas la viande du plat â c'est son sel, sa gĂ©latine et son fumet, et il faut la dessaler avant
caribbeanpot.com le formule sans dĂ©tour Ă propos de la queue de porc salĂ©e â c'est un aliment de rĂ©confort dont la fonction premiĂšre est de saler, de gĂ©lifier et de parfumer une marmite de pois et de provisions, la chair venant en supplĂ©ment.
Le site relÚve aussi que la soupe de queues de porc salées « is a staple in homes in New York and back home in Antigua », ce qui pointe une réalité importante : ce répertoire vit autant dans la diaspora antiguaise de Brooklyn et du Bronx que sur l'ßle.
Le contexte historique est le mĂȘme que pour le maw et le rice pudding : ce sont les morceaux que la plantation ne gardait pas, devenus un patrimoine revendiquĂ©.
blackpearlsliving.com et les descriptions du pepperpot antiguais confirment l'usage : « in Antigua the soup would be made with salted beef and such exotic pig parts as snout or tail ».
DeuxiÚme point, technique et impératif : **le dessalage**.
Une queue de porc salée non dessalée rend le plat immangeable, et il faut compter au minimum une nuit de trempage à l'eau renouvelée, ou deux blanchiments successifs dans une eau jetée.
TroisiĂšme marqueur : les **pois d'Angole (*Cajanus cajan*)**, dits pigeon peas ou gungo peas, et non des haricots rouges â c'est la lĂ©gumineuse identitaire de la CaraĂŻbe orientale, et elle tient Ă la cuisson lĂ oĂč le haricot rouge se dĂ©fait.
Enfin, **on ne sale jamais ce plat**, ni au dĂ©but ni Ă la fin : tout le sel vient de la salaison, et il faut goĂ»ter avant mĂȘme d'envisager d'en ajouter.
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Rincer les tronçons de queue de porc salĂ©e Ă l'eau courante, puis les plonger dans un grand volume d'eau froide et les laisser dessaler **toute la nuit au rĂ©frigĂ©rateur, en renouvelant l'eau trois fois**. La salaison rend progressivement son sel : au matin, l'eau est trouble et laiteuse. Cette Ă©tape ne se raccourcit pas â une queue de porc mal dessalĂ©e rend tout le plat immangeable, et il n'existe aucun moyen de corriger un excĂšs de sel dans une marmite de pois.
Le pourquoiLe sel migre par diffusion de la zone concentrée (la viande) vers la zone diluée (l'eau) jusqu'à l'équilibre : renouveler l'eau relance le gradient.
Ăgoutter les queues dessalĂ©es, les mettre dans une marmite, couvrir largement d'eau froide et porter Ă Ă©bullition. Laisser bouillir **dix minutes**, pendant lesquelles une Ă©cume grise abondante remonte. Ăgoutter entiĂšrement et **jeter cette eau**, puis rincer les tronçons Ă l'eau chaude. C'est la deuxiĂšme assurance contre l'excĂšs de sel, et elle emporte aussi l'essentiel des impuretĂ©s de la salaison.
Le pourquoiL'ébullition accélÚre considérablement la diffusion du sel résiduel et coagule les protéines de surface qui portent les impuretés.
Si les pois d'Angole sont secs, les faire tremper **six heures maximum** dans de l'eau froide â pas davantage, sous peine de fermentation et de perte de tenue. Les Ă©goutter et les rincer. S'ils sont frais ou surgelĂ©s, aucun trempage n'est nĂ©cessaire : on les ajoutera simplement une heure avant la fin. Ne jamais les remplacer par des haricots rouges, qui se dĂ©font en purĂ©e et transforment le plat en soupe brune informe.
Le pourquoiLe pois d'Angole a un tégument plus épais et une teneur en amidon différente du haricot rouge, ce qui lui permet de tenir plusieurs heures de cuisson sans éclater.
Dans une grande marmite, chauffer 2 c.à .s. d'huile et faire suer les oignons émincés, l'ail et le céleri cinq minutes sans coloration. Ajouter le bouquet de cives et de thym, remuer une minute. Remettre les queues de porc blanchies, les pois d'Angole égouttés et le Scotch bonnet entier non incisé, couvrir de deux litres d'eau et porter à frémissement. **Ne saler sous aucun prétexte** : la salaison libérera son sel pendant deux heures.
Le pourquoiLe sel restant dans la salaison diffuse lentement dans le bouillon tout au long de la cuisson : la salinité finale ne se juge qu'à la fin.
Couvrir et laisser mijoter **une heure et demie Ă feu doux**, en vĂ©rifiant le niveau et en complĂ©tant Ă l'eau chaude si besoin. Les pois d'Angole s'attendrissent progressivement, les queues de porc libĂšrent leur gĂ©latine, et le bouillon prend une teinte lĂ©gĂšrement rosĂ©e et devient sirupeux. Ăcumer une fois au bout de vingt minutes pour retirer la mousse grise. Ne pas remuer trop souvent : les pois s'Ă©crasent.
Le pourquoiLe collagÚne abondant de la queue de porc se convertit en gélatine et donne au bouillon une texture sirupeuse que ni farine ni crÚme ne reproduisent.
Ajouter les cubes de potiron et l'igname ou la patate douce, et poursuivre trente minutes. Le potiron se dĂ©fait partiellement et **adoucit la salinitĂ© du porc** tout en Ă©paississant le bouillon d'une purĂ©e orangĂ©e : ce n'est pas une garniture, c'est un correcteur. L'igname reste en morceaux et apporte la mĂąche. GoĂ»ter Ă ce stade â mais toujours sans saler.
Le pourquoiLes sucres du potiron atténuent la perception du salé par compétition gustative, un mécanisme utilisé dans toute la cuisine des salaisons caribéennes.
Retirer le piment entier et le bouquet d'aromates. Verser alors â **et seulement alors** â les 200 ml de lait de coco, et laisser frĂ©mir huit minutes sans jamais bouillir. Le bouillon devient crĂ©meux, lĂ©gĂšrement rosĂ© par le porc. **GoĂ»ter maintenant** : dans la plupart des cas, aucun sel n'est nĂ©cessaire, la salaison a fait tout le travail. Poivrer et rectifier seulement si le palais le rĂ©clame.
Le pourquoiLe gras du lait de coco enrobe les pois et bloque la libĂ©ration de leur amidon : versĂ© trop tĂŽt, il empĂȘche le plat de lier naturellement.
Servir brĂ»lant en bols profonds ou sur du riz blanc, en rĂ©partissant queues de porc, pois et provisions. Poser sur la table des quartiers de lime et une pepper sauce Scotch bonnet : l'aciditĂ© de la lime allĂšge la salinitĂ© et le gras, et c'est le geste antiguais standard sur ce type de plat. On mange les queues avec les doigts, en suçant les os â c'est prĂ©vu, et c'est mĂȘme le meilleur du plat.
Le pourquoiL'acidité de la lime abaisse la perception du salé et du gras en stimulant la salivation, ce qui remet le palais à zéro entre deux bouchées.
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Sourcer ou se taire
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