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Atlas Culinaire · Autriche · Europe
Pùte étirée jusqu'à translucide, pommes Braeburn, raisins, beurre et cannelle : viennois de réputation, mais tracé dÚs 1696 dans un manuscrit, hérité des Ottomans selon Wikipedia EN.
Il y a dans chaque Apfelstrudel une mĂ©moire du voyage. Avant d'ĂȘtre viennois, le strudel fut turc. Ou plutĂŽt : la technique de la pĂąte Ă©tirĂ©e jusqu'Ă la transparence est nĂ©e quelque part entre l'Arabie et l'Anatolie, portĂ©e par les cuisiniers des sultans ottomans qui façonnaient le baklava et ses cousins feuilletĂ©s. Lors des grandes campagnes militaires des XVIe et XVIIe siĂšcles, cette mĂ©moire des mains migra avec les armĂ©es â vers la Hongrie d'abord, occupĂ©e par l'Empire ottoman de 1526 Ă 1699, puis vers Vienne, dans les bagages des cuisiniers magyars qui connaissaient ce geste ancien.
Le premier tĂ©moignage Ă©crit est datĂ© de 1696 : un manuscrit anonyme conservĂ© Ă la Wiener Stadt- und Landesbibliothek consigne la recette d'un Milchrahmstrudel â strudel Ă la crĂšme â, preuve que la technique Ă©tait dĂ©jĂ maĂźtrisĂ©e Ă Vienne avant mĂȘme le XVIIIe siĂšcle. C'est l'ImpĂ©ratrice Marie-ThĂ©rĂšse qui franchira l'Ă©tape dĂ©cisive : elle fait du strudel un plat de cour, le hisse des cuisines bourgeoises aux tables de la Hofburg, et le rend « salonfĂ€hig » â digne des salons. Ses cuisiniers perfectionnent la garniture aux pommes : des variĂ©tĂ©s acides-douces, des raisins blonds trempĂ©s dans le rhum, de la cannelle mesurĂ©e avec parcimonie, une chapelure beurrĂ©e posĂ©e sur la pĂąte pour absorber le jus sans la dĂ©tremper.
Car c'est lĂ le cĆur du mystĂšre et de l'art : la pĂąte. Le Strudelteig viennois n'a rien de commun avec une pĂąte feuilletĂ©e du commerce. C'est une pĂąte vivante, faite de farine, d'eau tiĂšde, d'huile et d'un seul Ćuf, pĂ©trie longuement jusqu'Ă ce qu'elle devienne Ă©lastique et soyeuse, puis laissĂ©e Ă reposer une heure entiĂšre dans un torchon huilĂ© Ă tempĂ©rature ambiante â jamais au rĂ©frigĂ©rateur, dont le froid contracte le gluten et rend l'Ă©tirement impossible. Le geste qui suit appartient Ă la mĂ©moire du corps plus qu'Ă n'importe quelle recette Ă©crite : on glisse le dos des mains, poings fermĂ©s vers le haut, sous la pĂąte posĂ©e sur une nappe farinĂ©e, et on l'Ă©tire vers les bords, centimĂštre par centimĂštre, jusqu'Ă ce qu'elle soit si fine qu'on distingue les lignes de la table en dessous. La rĂšgle viennoise est sans appel : « so dĂŒnn, dass man die Zeitung darunter lesen kann » â si fine qu'on peut lire le journal Ă travers.
Au Wien Geschichte Wiki, l'entrĂ©e « Strudel » rappelle que ce plat devint, au XVIIIe siĂšcle, l'un des symboles de la Wiener KĂŒche, cette cuisine de l'Empire austro-hongrois qui unissait dans une mĂȘme table les traditions culinaires de Vienne, de Prague, de Budapest et de Trieste. Le Bundesministerium fĂŒr Land- und Forstwirtschaft autrichien classe aujourd'hui l'Apfelstrudel, le Milchrahmstrudel et le Topfenstrudel parmi les « Traditionelle Lebensmittel » â patrimoine alimentaire officiel du pays.
Aujourd'hui encore, les KaffeehĂ€user historiques de Vienne servent leur Apfelstrudel chaud, « mit Schlag » â avec un dĂŽme de crĂšme fouettĂ©e viennoise (Schlagobers) et parfois une boule de glace vanille. Au CafĂ© Demel, sur la Kohlmarkt, les pĂątissiĂšres Ă©tirent la pĂąte Ă la main chaque matin devant les clients, derriĂšre la grande vitre. C'est l'un des rares gestes culinaires restĂ©s visibles, transmis de main en main depuis trois siĂšcles.
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Dans un saladier, mĂ©langer farine et sel. Creuser un puits, ajouter Ćuf battu, eau tiĂšde, huile, vinaigre. PĂ©trir Ă©nergiquement 10 min jusqu'Ă pĂąte lisse, Ă©lastique, qui claque. Façonner en boule, badigeonner d'huile, emballer dans un torchon. Laisser reposer 1 HEURE minimum Ă TEMPĂRATURE AMBIANTE â pas au frigo (le froid contracte le gluten).
Pendant le repos : peler, Ă©pĂ©piner, couper les pommes en lamelles 3 mm. MĂ©langer avec jus + zeste citron, sucre, cannelle, raisins secs Ă©gouttĂ©s du rhum. RĂ©server 30 min (les pommes vont rendre du jus, c'est normal). Dans une poĂȘle, faire fondre 60 g de beurre, y dorer la chapelure 5 min en remuant jusqu'Ă coloration noisette. Ajouter 30 g de sucre, laisser caramĂ©liser 1 min. RĂ©server hors du feu.
Ătaler une grande nappe propre sur la table (60Ă80 cm minimum), fariner lĂ©gĂšrement. Poser la pĂąte au centre. Ătaler d'abord au rouleau en rectangle de 30Ă40 cm. Puis : enlever ses bagues, glisser le DOS DES MAINS (poings fermĂ©s vers le haut) sous la pĂąte, partir du centre vers les bords. Ătirer progressivement jusqu'Ă 60Ă80 cm â on doit pouvoir lire le journal au travers. Couper les bords Ă©pais au couteau.
Badigeonner toute la surface de la pĂąte Ă©tirĂ©e avec 40 g de beurre fondu. Sur les 2/3 infĂ©rieurs (cĂŽtĂ© soi), saupoudrer uniformĂ©ment le brösel dorĂ©. Ătaler les pommes Ă©gouttĂ©es (rĂ©server le jus citronnĂ©) sur le brösel en bande de 25 cm sur 50 cm. Parsemer raisins secs et amandes effilĂ©es. Laisser 5 cm de bordure libre tout autour.
Rabattre les 2 bords latĂ©raux courts sur la garniture (5 cm). Soulever le bord cĂŽtĂ© soi de la nappe et rouler le strudel sur lui-mĂȘme en boudin serrĂ©, EN UTILISANT LA NAPPE â jamais avec les mains directement. Terminer en rabattant le pli en-dessous. Le strudel fait environ 50 cm de long pour 10 cm de diamĂštre.
PrĂ©chauffer four Ă 190°C chaleur tournante. Glisser DĂLICATEMENT le strudel sur une plaque chemisĂ©e de papier sulfurisĂ© (en faisant rouler depuis la nappe). Badigeonner toute la surface avec 30 g de beurre fondu. Cuire 35-40 min jusqu'Ă dorure profonde uniforme. Re-badigeonner de beurre 2 fois pendant la cuisson (Ă 15 et 25 min) â c'est ce qui donne le brillant croustillant.
repos critique â Ă la sortie du four, laisser reposer le strudel 15 min sur la plaque â il continue de cuire avec sa chaleur rĂ©siduelle, et la garniture se stabilise. Tenter de couper trop chaud = effondrement de la garniture. Saupoudrer gĂ©nĂ©reusement de sucre glace tamisĂ©.
Couper le strudel en tranches de 4 cm avec un couteau-scie (pas un couteau lisse qui Ă©crase). Servir TIĂDE (35-40°C, pas brĂ»lant) sur assiette individuelle. Accompagner de 2 c.Ă .s. de Schlagobers (crĂšme fouettĂ©e vanillĂ©e Ă peine sucrĂ©e) en quenelle ou d'une boule de glace vanille bourbon. Tamiser Ă nouveau du sucre glace au service.
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