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Atlas Culinaire · Saint-Martin · Amériques
Dans les lolos de Grand Case, la banane plantain se joue en deux actes : verte et croustillante après double friture, mûre et fondante braisée au beurre et au rhum. Deux textures, deux saveurs, un seul fruit décliné selon sa maturité.
La banane pesée descend en droite ligne d'Haïti : son nom vient du français « banane pesée » — la banane que l'on presse — passé au créole haïtien sous la forme *bannann peze*. De là, la technique de la double friture du plantain vert a essaimé dans toute la Caraïbe, où elle croise ses cousines hispanophones, les *tostones* et *patacones*. À Saint-Martin, elle s'installe sur les tables créoles et surtout dans les lolos, ces gargotes de grillades au charbon de bois de Grand Case, où elle accompagne le poisson grillé et la viande boucanée.
Le bain entre les deux fritures divise.
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Mise en place — Préparer les deux plantains — Trancher les extrémités des deux plantains verts. Inciser la peau dans le sens de la longueur sur 3-4 cm sans entamer la chair — la peau épaisse se retire d'un bloc. Couper chaque plantain vert en tronçons de 4 cm en biais (coupe oblique = plus grande surface de contact avec l'huile). Réserver les tronçons verts dans un bol d'eau fraîche. Peler les deux plantains mûrs et les couper en deux dans le sens de la longueur — ce demi-plantain braisé sera plus facile à retourner et caramélise mieux qu'en rondelles.
Le pourquoiTout le plat repose sur un seul fait : le plantain vert est chargé d'amidon et pauvre en sucre — il tient sa forme, s'aplatit et frit sans fondre — tandis que le plantain mûr a converti cet amidon en sucres, ce qui le rend tendre et le fait caraméliser. La coupe oblique des tronçons verts offre une plus grande surface à l'huile et une meilleure prise à l'aplatisseur ; l'eau fraîche empêche la chair coupée de noircir.
Première friture (pesée) — Premier bain d''huile pour les tronçons verts — Chauffer l'huile à 170°C dans une sauteuse haute ou une friteuse — un cube de pain doit dorer en 30 secondes. Égoutter et sécher les tronçons verts sur du papier absorbant. Les plonger dans l'huile et frire 3-4 minutes à feu moyen jusqu'à ce qu'ils soient dorés sur toutes les faces mais encore souples au cœur. Ils ne doivent pas brunir : la première friture ramollit l'amidon, pas caramélise. Retirer à l'écumoire et poser sur papier absorbant.
Le pourquoiÀ 170 °C, cette première cuisson n'a qu'un but : ramollir l'amidon jusqu'au cœur pour que le tronçon devienne malléable et puisse être aplati sans se briser. On ne cherche surtout pas la couleur — la coloration viendra à la seconde friture, une fois le disque formé.
Aplatissement (pesée) — Écraser les tronçons — le geste signature — Poser chaque tronçon tiède sur une planche, couvrir d'une feuille de film alimentaire, puis appuyer fermement avec le fond plat d'un verre ou d'une petite assiette jusqu'à obtenir un disque de 8-10 mm d'épaisseur. Ce geste — le "pesage" qui donne son nom au plat — doit être ferme et régulier : on veut un disque plat aux bords légèrement dentelés, pas une galette percée. Le film alimentaire empêche que le plantain colle au verre.
Le pourquoiC'est ce geste qui donne son nom à la banane pesée — on la presse. Aplatir le tronçon tiède augmente la surface qui deviendra croustillante à la seconde friture. La chair tiède est souple et s'étale ; refroidie, elle se fend.
Trempage et seconde friture (pesée) — Bain salé puis seconde friture croustillante — Dissoudre le sel dans l'eau froide dans un bol. Plonger chaque disque aplati 10 secondes dans cette eau salée, puis égoutter immédiatement et sécher sur papier absorbant — ce trempage hydrate légèrement la surface et crée le choc thermique qui donne la croûte croustillante. Remonter l'huile à 185°C. Replonger les disques et frire 2-3 minutes jusqu'à dorage uniforme et croustillant sonore. Égoutter sur papier absorbant, saler légèrement à chaud.
Le pourquoiLe passage éclair en eau salée assaisonne la surface et l'humidifie juste ce qu'il faut : au contact de l'huile remontée à 185 °C, cette fine pellicule d'eau se vaporise instantanément et cloque la surface en une croûte croustillante. La température plus haute qu'au premier bain vise cette fois l'extérieur, l'intérieur étant déjà cuit.
Braisage (banane mûre) — Fondre le beurre et dorer les plantains mûrs — Dans une poêle à feu moyen, faire fondre le beurre jusqu'à ce qu'il mousse légèrement — stade beurre noisette interdit, le beurre brûlé donne de l'amertume. Poser les demi-plantains mûrs côté tranché vers le bas. Cuire 3 minutes sans toucher jusqu'à obtenir une belle dorure caramel sur la face plane. La caramélisation des sucres naturels crée une surface luisante qui doit sentir le bonbon chaud. Retourner délicatement et saupoudrer de cassonade et de cannelle sur la face dorée.
Le pourquoiLes sucres du plantain mûr fondent et brunissent au contact du beurre : c'est la caramélisation. En posant la face tranchée bien à plat, on obtient un contact homogène et une belle laque. La règle d'or, comme pour toute caramélisation, est de ne pas bouger : chaque déplacement interrompt la formation de la croûte.
Braisage — finition rhum — Ajouter sucre, cannelle et flamber au rhum — Retourner les demi-plantains une seconde fois, ajouter une pincée supplémentaire de cassonade dans la poêle et 2-3 cuillères à soupe d'eau pour déglacer les sucs caramélisés. Cuire encore 2 minutes à feu doux en arrosant les plantains de leur propre jus. Hors du feu, verser le rhum tiédi. Remettre sur la flamme et incliner légèrement la poêle pour enflammer le rhum ou approcher une allumette longue. Laisser flamber 15-20 secondes jusqu'à extinction complète de la flamme. Presser quelques gouttes de citron vert.
Le pourquoiUn filet d'eau décolle les sucs caramélisés au fond de la poêle et forme un sirop dont on nappe les plantains. Le rhum apporte l'arôme ; le flambage brûle l'alcool tout en gardant les esters parfumés, et le citron vert vient trancher le sucre pour équilibrer.
Dressage — Dresser les deux préparations ensemble — Dresser à l'assiette en plaçant deux disques de banane pesée d'un côté et un demi-plantain braisé de l'autre. La banane pesée doit être servie brûlante pour rester croustillante — elle ramollit en refroidissant. La banane braisée peut se servir tiède et s'accompagne de son jus de braisage versé en filet. À Saint-Martin, ce duo accompagne traditionnellement le poulet boucané ou le vivaneau grillé des lolos de Grand Case, mais peut aussi escorter n'importe quelle viande grillée ou poisson en sauce créole.
Le pourquoiTout le plaisir tient au contraste croustillant/fondant, et il est fragile : la banane pesée ramollit en refroidissant, sa croûte se détrempant à la vapeur qu'elle dégage. Elle se sert donc brûlante. La braisée, elle, supporte le tiède et se bonifie même nappée de son jus.
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La banane plantain, servie en garniture aux côtés de l'oxtail comme dans toute la cuisine afro-caribéenne de l'île.
Voir la recette →VarianteLa banane pesée créole est exactement la même idée que le tostón, sur le côté français de la même île : plantain vert frit, aplati (« pesé ») puis refrit. Deux noms, deux traditions coloniales distinctes, un seul geste — la variante la plus directe du tostón à Saint-Martin.
Voir la recette →CousineMême logique d'accompagnement sucré-salé créole à base d'un féculent doux, servi en contrepoint des plats salés du quotidien saint-martinois.
Voir la recette →Cousine africaine de la moitié braisée : plantain MÛR frit jusqu'à caramélisation, servi en accompagnement ou en street-food. Même logique de valoriser le fruit très mûr par sa douceur caramélisée.
Pas encore dans l'AtlasL'ancêtre direct dont la banane pesée antillaise tire son nom (« banane pesée » → *bannann peze*). La version haïtienne se distingue par un bain intermédiaire souvent vinaigré ou parfumé à l'ail avant la seconde friture.
Pas encore dans l'AtlasMême technique de double friture du plantain VERT aplati, répandue dans toute la Caraïbe et l'Amérique latine hispanophones. Le nom vient de *tostón*, ancienne pièce de monnaie coloniale ; la banane pesée en est l'exacte équivalente francophone.
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