Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Un sirop qu'on met des mois à faire mûrir, une farce où la feuille de combava rencontre le saucisson chinois, et un gâteau qu'il ne faut surtout pas manger le jour même.
Trancher la différence sur l'apparence serait donc perdu d'avance.
Elle se lit ailleurs, dans la farce et dans le temps.
La farce `thập cẩm` vietnamienne n'est pas la garniture cantonaise au lotus et au jaune d'œuf salé : c'est un assemblage de saucisson chinois `lạp xưởng`, de confit de courge `mứt bí`, de graines — pastèque, courge, sésame, noix de cajou —, de lard confit `mỡ đường`, et surtout de **`lá chanh`**, la feuille de combava taillée en fils, qui n'a aucun équivalent dans les farces chinoises et qui donne au gâteau son parfum reconnaissable entre tous.
Le temps est l'autre signature : le `nước đường bánh nướng`, le sirop de la peau, se cuit **quinze jours au minimum avant usage** et les artisans le préparent volontiers plusieurs mois à l'avance, VnExpress Cooking (https://vnexpress.net/doi-song-cooking-banh-trung-thu-thap-cam-4654139.html) précisant qu'un sirop plus âgé donne une couleur nettement plus profonde à la cuisson.
Et le gâteau lui-même ne se mange pas frais : il faut deux à trois jours pour que la peau « descende en huile » et s'assouplisse.
Un bánh trung thu jugé le jour de sa cuisson est jugé trop tôt.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Dissoudre le sucre dans l'eau à feu doux sans jamais remuer une fois l'ébullition atteinte, ajouter le jus de citron et la tranche d'ananas, puis laisser cuire à petits frémissements jusqu'à obtenir une couleur ambrée soutenue et une consistance légèrement sirupeuse. Filtrer, mettre en bocal et oublier au moins quinze jours — plusieurs mois valent mieux. Le sirop fonce et s'épaissit lentement pendant tout ce temps. C'est l'étape qu'on ne peut pas comprimer et celle qui décide de la couleur finale du gâteau.
Le pourquoiL'acide du citron et la bromélaïne de l'ananas hydrolysent lentement le saccharose en glucose et fructose ; ce sucre inverti ne cristallise pas, retient l'humidité et permet à la peau de rester souple et de brunir franchement.
Griller et concasser les graines, sauter brièvement le lạp xưởng pour lui faire rendre son gras, tailler le mứt bí et le mỡ đường en petits dés, et ciseler les feuilles de combava en fils aussi fins que possible. Réunir le tout, puis ajouter le liant — farine de riz gluant grillée, sirop et alcool Mai Quế Lộ — par petites quantités en pétrissant à la main. La farce doit tenir en boule quand on la presse mais rester granuleuse et sèche : trop de liant et elle devient pâteuse, ce qui la ferait couler et gonfler le gâteau à la cuisson. Peser les portions de farce une à une et les aligner sur un plateau avant de toucher à la pâte, car l'enrobage se fait ensuite d'un trait.
Le pourquoiLa farine de riz gluant grillée absorbe l'humidité résiduelle des confits sans apporter d'eau, ce qui donne une farce cohésive et stable au four — un liant humide provoquerait de la vapeur et ferait éclater la peau.
Mélanger le sirop mûri, l'huile, le beurre de cacahuète et l'eau alcaline jusqu'à émulsion, puis y verser la farine en une fois et mélanger juste assez pour amalgamer — sans jamais pétrir. Couvrir et laisser reposer trente à quarante minutes. La pâte doit rester souple, un peu collante et surtout non élastique. Toute élasticité est un défaut : elle indique du réseau glutineux, qui fera se rétracter la peau au four et effacera le motif du moule que l'on aura pris tant de soin à imprimer.
Le pourquoiLe sucre inverti et l'huile enrobent les protéines de la farine et empêchent la formation du réseau de gluten ; c'est cette inhibition, et non la faiblesse de la farine seule, qui donne une peau qui ne se rétracte pas.
Diviser la farce en boules et la pâte en portions correspondant à un tiers du poids total de chaque gâteau — deux tiers de farce pour un tiers de peau, proportion classique du bánh trung thu. Abaisser chaque portion de pâte en disque mince, y poser la boule de farce et faire remonter la pâte tout autour en la faisant tourner dans la paume, jusqu'à fermeture complète. Fariner le moule, y presser le gâteau fermement et démouler d'un coup sec. Le motif doit être net et les arêtes vives.
Le pourquoiLe rapport de deux tiers de farce pour un tiers de peau assure que la peau soit assez mince pour prendre le motif en relief tout en restant assez épaisse pour ne pas se déchirer sous la pression du moule.
Enfourner à 190-200 °C pour un premier passage de sept à huit minutes, jusqu'à ce que la peau commence à peine à blanchir et à se raffermir. Sortir la plaque, laisser tiédir dix minutes, puis vaporiser légèrement les gâteaux d'eau. Cette vaporisation n'est pas un ornement : elle refroidit la surface et empêche la dorure appliquée ensuite de coaguler instantanément en plaques. Ne jamais dorer un gâteau brûlant, l'œuf y prend en caillots irréguliers et le brillant est perdu.
Le pourquoiLa première cuisson fixe la structure de la peau et le motif avant toute dorure ; appliquée d'emblée, la dorure remplirait les creux du motif et l'effacerait sous une couche brillante uniforme.
Battre le jaune d'œuf avec un peu de sirop et d'huile, passer au chinois, et l'appliquer au pinceau très souple en couche extrêmement mince — on essuie presque le pinceau avant de toucher le gâteau. Remettre au four cinq à sept minutes, sortir, laisser tiédir, dorer une seconde fois et finir cinq minutes. La couleur doit passer au brun-acajou soutenu et brillant. Deux dorures fines valent infiniment mieux qu'une épaisse, qui coulerait dans les creux du motif et le noierait.
Le pourquoiLes protéines et les sucres du jaune brunissent par réaction de Maillard en couche mince et donnent le brillant ; en couche épaisse, la dorure cuit comme une omelette et devient mate et granuleuse.
À la sortie du four, la peau est dure et sèche et le gâteau paraît raté. Il ne l'est pas : il faut le laisser deux à trois jours en boîte hermétique, le temps que l'huile de la farce migre vers la peau et l'assouplisse. C'est le phénomène que les Vietnamiens appellent « xuống dầu », descendre en huile, et il transforme complètement le gâteau. Si au bout de trois jours la peau reste ferme, on la badigeonne d'un sirop légèrement dilué et on referme la boîte. Un bánh trung thu goûté le jour de sa cuisson est goûté trop tôt.
Le pourquoiLes lipides de la farce migrent lentement par capillarité vers la peau et plastifient sa matrice de sucre et d'amidon ; c'est un phénomène de diffusion lente, qu'aucune manipulation ne remplace.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.