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Atlas Culinaire · Indonésie · Asie
Une fosse, des pierres chauffées à blanc, des feuilles de bananier et tout un village autour : la cuisson qui scelle les mariages et les réconciliations en Papouasie
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Descendez Ă la riviĂšre ou en montagne chercher les pierres, en variant les tailles : les plus grosses pour le fond de la fosse, les moyennes pour les couches, les petites pour combler. Ăcartez sans pitiĂ© toute pierre poreuse, feuilletĂ©e ou qui sonne creux â elle Ă©clatera. Rassemblez en parallĂšle une rĂ©serve consĂ©quente de bois sec et de branchages, bien plus que ce que vous croyez nĂ©cessaire. Ce travail de collecte est dĂ©jĂ le rite : il se fait en groupe, en parlant.
Montez un bĂ»cher en alternant couches de bois et couches de pierres, les plus grosses en bas. Allumez et laissez brĂ»ler plusieurs heures, jusqu'Ă ce que les flammes soient tombĂ©es et que le bois ne soit plus que braise. Les pierres doivent alors ĂȘtre brĂ»lantes Ă cĆur, certaines rougeoyantes. C'est la phase la plus longue et il n'existe aucun raccourci : c'est la chaleur accumulĂ©e dans la masse minĂ©rale qui va cuire tout le repas.
Pendant que le feu travaille, la rĂ©partition des rĂŽles est nette dans le rite : les femmes nettoient et dĂ©coupent la viande en morceaux gĂ©nĂ©reux, lavent les tubercules et trient les lĂ©gumes-feuilles. Le porc se coupe gros, avec sa couenne et son gras â c'est le gras qui va fondre et arroser tout le reste dans la fosse. Salez la viande. Les tubercules restent entiers ou en gros tronçons, jamais Ă©pluchĂ©s.
Les hommes creusent une fosse d'environ un mĂštre de diamĂštre et cinquante Ă quatre-vingts centimĂštres de profondeur, en terre ferme et Ă distance du foyer. Les parois doivent ĂȘtre nettes et le fond plat. RĂ©servez la terre extraite tout autour : elle servira Ă refermer hermĂ©tiquement la fosse Ă la fin. Un trou trop large refroidira, un trou trop Ă©troit ne contiendra pas les couches.
TransfĂ©rez les pierres brĂ»lantes au fond de la fosse Ă l'aide de longues perches de bois fendues â jamais Ă la main, mĂȘme gantĂ©e. Couvrez-les d'une Ă©paisse couche de feuilles de bananier, puis disposez la viande, puis les tubercules, puis les lĂ©gumes-feuilles au-dessus. Intercalez de nouvelles feuilles et de nouvelles pierres chaudes entre les couches. Travaillez vite : chaque minute de fosse ouverte est de la chaleur perdue.
Recouvrez le tout d'une Ă©paisse couverture de feuillages et d'herbes vertes, puis refermez Ă la terre pour rendre la fosse aussi hermĂ©tique que possible. Il ne doit plus s'Ă©chapper que quelques filets de vapeur. Laissez cuire environ une heure et quart, sans jamais ouvrir. C'est le temps oĂč le village attend, parle et se retrouve autour de la fosse fumante â cette attente collective fait autant partie du rite que la nourriture.
DĂ©gagez la terre puis le feuillage, en vous Ă©cartant du nuage de vapeur brĂ»lante qui monte d'un coup â c'est le moment spectaculaire, et le plus dangereux. Retirez les couches en ordre inverse, en dĂ©posant les aliments sur des feuilles de bananier fraĂźches Ă©talĂ©es Ă mĂȘme le sol. La viande doit se dĂ©tacher, les patates douces ĂȘtre fondantes et parfumĂ©es de fumĂ©e et de gras.
La distribution est le cĆur du rite : les parts sont rĂ©parties Ă©galement entre tous les prĂ©sents, sans hiĂ©rarchie, sur les feuilles de bananier Ă©talĂ©es. On mange Ă la main, assis en cercle, chacun servi comme son voisin. Que le bakar batu cĂ©lĂšbre un mariage, une naissance, l'accueil d'un hĂŽte ou la rĂ©conciliation de deux clans aprĂšs un conflit, c'est cette Ă©galitĂ© des parts qui donne son sens Ă toute la journĂ©e de travail.
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Sourcer ou se taire
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