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Atlas Culinaire · Brésil · Sul
Le ragoût-monument des colons açoréens du litoral paranense — bœuf, bacon, oignons, cumin et laurier mijotés 20 heures à feu doux dans une panela de barro scellée à la pâte de manioc, servis avec banane plantain et orange pour casser le gras
Le Barreado cristallise quatre controverses majeures sur le litoral paranense. ORIGINE AÇORÉENNE XVIIIe SIÈCLE : selon la Wikipedia pt-BR et le site officiel barreado.com.br, le plat est attribué aux colons portugais venus des îles des Açores qui ont colonisé la baie de Paranaguá et Guaraqueçaba à partir du XVIIIe siècle — la méthode de cuisson scellée 20 h permettait aux pêcheurs de laisser le ragoût mijoter pendant les sorties en mer du Carnaval, et aux mutirões agricoles de manger chaud sans surveillance. Guaraqueçaba est créditée par plusieurs sources (Casarão Morretes, Gazeta do Povo) comme village dispersateur historique. RECONNAISSANCE OFFICIELLE 2026 : selon l'Assembleia Legislativa do Paraná (ALEP), le projet de loi désignant Morretes Capital Estadual do Barreado a été approuvé en plénière le 7 avril 2026 (publication 9 avril, sanction du gouverneur en attente à la date du brief) — auteur député Marcelo Rangel (PSD), alignement explicite avec les politiques de patrimoine immatériel paranense. La reconnaissance fédérale IPHAN reste en cours, pas encore inscrite au registre national. DURÉE DE CUISSON 24 h VS 8 h : les puristes Morretes (Restaurante Madalozzo fondé 1967, Restaurante Casarão Brasileiro) exigent 18 à 24 heures à feu très doux pour obtenir la viande effilochable à la cuillère et le bouillon concentré ; les versions modernes 8 h (3 h feu fort + 5 h feu doux) sont jugées acceptables par Cozinha Tradicional et Casarão mais les versions cocotte-minute 4 h (panela de pressão, dit barreado de pressão) sont refusées par la Festa do Barreado de Morretes — l'argument puriste est que la pression de vapeur de la cocotte n'imite pas le confinement aromatique de la panela de barro. PANELA DE BARRO OBLIGATOIRE : les artisans potiers d'Antonina fabriquent depuis le XIXe siècle les caldeirões de barro paranenses — les puristes (Casarão, Madalozzo) refusent les substituts fonte/inox au motif que la terre cuite poreuse échange micro-vapeurs avec la pâte de scellement et imprime un goût terrien irremplaçable.
Le Barreado se boit traditionnellement avec vin rouge léger portugais ou vinho colonial Paraná (vinho de mesa local des serras gaúcha et catarinense, frutado peu tannique) qui dialogue avec la viande mijotée 20 h. Variante familiale Morretes : jus de raisin (suco de uva integral) servi froid, et eau-de-vie de banane (cachaça de banana) en digestif. ÉVITER les vins tanniques jeunes (cabernet sauvignon non vieilli) qui assèchent la bouche déjà longuement mijotée, et la cachaça blanche pure pendant le repas (saturerait le palais). Le quartier d'orange servi à part EST l'accord-rafraîchissement signature : l'acidité fruitée coupe le gras et nettoie la bouche entre les bouchées.
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Découper 2 kg de bœuf gélatineux (paleta, agulha ou peito) en cubes réguliers de 4-5 cm — la régularité garantit une cuisson homogène sur 20 h. Détailler 200 g de bacon en lardons épais de 1 cm. Émincer finement 3 oignons en lamelles, hacher 6 gousses d'ail, concasser au mortier 3 g de poivre noir en grains. Mesurer 5 g de cumin moulu (cominho), prévoir 5 feuilles de laurier et 20 g de sel marin. Hacher au dernier moment 1 bouquet de cheiro verde (persil plat + ciboule).
Tapisser le fond d'une panela de barro de 6-8 L (caldeirão de barro paranense, ou cocotte en fonte épaisse à défaut, en acceptant la perte de goût terre) avec la totalité des 200 g de lardons de bacon. Disposer ensuite par couches successives (minimum 3 strates) : une couche de cubes de bœuf, une couche d'oignons émincés, un peu d'ail haché, sel, cumin, poivre, 1-2 feuilles de laurier. Répéter jusqu'à épuisement. Verser 1,5 L d'eau froide pour tout juste recouvrir — ne pas noyer.
Dans un bol, mélanger 200 g de farinha de mandioca torréfiée avec 150 ml d'eau froide, en ajustant pour obtenir une pâte épaisse modelable comme une pâte à pain — ni trop sèche (fissurerait à la cuisson), ni trop humide (coulerait). Modeler un long boudin de pâte tout autour du rebord de la panela. Poser le couvercle de barro lourd dessus en pressant, et écraser le pâton entre le couvercle et la panela pour former un joint hermétique continu. Lisser à la main. Aucune vapeur ne doit pouvoir s'échapper.
Placer la panela scellée sur un feu fort pendant 1 heure exactement — l'eau intérieure monte à 100°C, la pression interne se stabilise, la pâte de scellement durcit comme une céramique. Baisser ensuite à feu TRÈS DOUX (braises de fogão à lenha ou plus petit feu de gazinière, idéalement avec diffuseur métallique sous la panela) pendant 19 heures. Surveiller toutes les 4-6 h : si une fuite de vapeur apparaît (sifflement, odeur), colmater immédiatement avec un nouveau pâton de farinha+eau. Ne jamais ouvrir le couvercle pendant la cuisson.
Après 20 h, retirer du feu, casser délicatement le sceau de farinha au couteau et soulever le couvercle. La viande doit s'effilocher à la cuillère, le bouillon est brun-doré concentré (le vrai test du barreado réussi). Ajouter le cheiro verde haché. Prélever environ 500 ml de bouillon chaud dans une casserole à part, y délayer progressivement 150 g de farinha de mandioca crue en remuant au fouet jusqu'à obtenir un pirão épais (consistance de polenta tendre).
Pendant l'ouverture, faire frire 4 bananes plantain mûres (banana-da-terra) coupées en rondelles épaisses de 1 cm dans 100 ml d'huile végétale chaude — 2 minutes par face, doré-caramel. Égoutter sur papier absorbant. Cuire 150 g de riz blanc nature à l'eau salée selon méthode brésilienne (riz d'abord revenu à l'ail à sec, puis cuit couvert). Couper 4 oranges juteuses en quartiers, sans peler — à servir telles quelles dans un ramequin.
Dans chaque assiette creuse, étaler 2-3 cuillerées de pirão épais (mélange bouillon + farinha). Déposer 1 louche généreuse de viande effilochée avec son bouillon par-dessus. Servir à part dans des ramequins : riz blanc, banane plantain frite caramélisée, farinha de mandioca crue (à saupoudrer au goût pour épaissir davantage), quartiers d'orange juteux. Chaque convive compose son assiette à sa main — c'est la convivialité paranense.
Le barreado se conserve 3 jours au réfrigérateur dans un récipient hermétique. Réchauffer à feu doux dans une casserole en ajoutant un filet d'eau chaude pour rendre le bouillon fluide. La viande qui a passé une nuit dans son bouillon développe encore plus de profondeur aromatique — c'est la signature des mutirões coloniaux, où le ragoût était mangé sur plusieurs jours sans perdre en qualité.
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