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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Le plat national sami : de la viande de renne, de l'eau, des pommes de terre, des carottes, et rien d'autre que le temps â celui d'un mariage qui dure trois jours et pour lequel on abat vingt-cinq rennes.
La question de la liaison est plus vive encore : les versions publiĂ©es par la filiĂšre renne norvĂ©gienne mĂȘlent d'emblĂ©e un dĂ©cilitre et demi de farine Ă la viande crue, tandis que Matprat, l'office norvĂ©gien de la viande et de l'Ćuf, la dĂ©laye Ă part dans trois dĂ©cilitres d'eau, et que le Store norske leksikon ne prĂ©sente la farine que comme un ajout de « certaines recettes » â autrement dit, le bidos Ă©pais et le bidos clair sont deux Ă©coles, et Matprat constate qu'il existe plusieurs maniĂšres de le faire et que les familles se disputent sur celle qui serait la bonne.
Le troisiĂšme point de friction est le gras : le nyretalg, la graisse de rognon, est donnĂ© comme traditionnel et responsable de l'arĂŽme, mais prĂ©sentĂ© comme facultatif par les recettes destinĂ©es au grand public, qui lui substituent du beurre â alors que la publication du Sametinget suĂ©dois, « Samisk mat » (mai 2010), rappelle que les anciens tenaient la graisse de renne pour un aliment nĂ©cessaire, riche en omĂ©ga-3, et non pour un supplĂ©ment.
Enfin le principe mĂȘme du plat est un principe de non-gaspillage plus qu'une recette : la viande vient de tout l'animal et non des morceaux nobles, les os Ă viande entrent dans le bouillon, les tendons y cuisent avant d'ĂȘtre retirĂ©s â ce qui explique qu'un mariage sami de 2017 en SĂĄpmi ait produit quelque huit cents litres de bidos pour deux mille convives Ă partir de vingt-cinq rennes.
Une derniĂšre fragilitĂ© doit ĂȘtre dite : le bidos est un plat de tout le SĂĄpmi, mais la documentation institutionnelle la plus accessible est norvĂ©gienne, la partie suĂ©doise du SĂĄpmi Ă©tant moins Ă©crite sur ce plat prĂ©cis que sur le suovas.
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Couper la viande de renne en cubes d'environ trois centimĂštres de cĂŽtĂ©, en gardant volontairement des morceaux de provenances diffĂ©rentes â Ă©paule, collier, chutes â puisque le principe du bidos est d'utiliser tout l'animal et non les piĂšces nobles. Laisser les tendons qui entourent certains morceaux : ils cuiront dans le bouillon pour leur apport nutritif et se retireront avant le service. Une viande de renne prĂȘte Ă cuire est d'un rouge sombre presque brun, ferme au doigt, sans odeur forte. La cible est un tas de cubes rĂ©guliers qui coloreront tous Ă la mĂȘme vitesse. Si l'on part d'un rĂŽti roulĂ© du commerce, le dĂ©rouler entiĂšrement et le dĂ©biter : les recettes natives le donnent explicitement comme Ă©quivalent acceptable.
Le pourquoiMélanger les morceaux fait précisément la qualité du bidos : le collier et l'épaule, riches en collagÚne, se gélatinisent en une heure et demie et donnent au bouillon sa tenue, ce que des morceaux nobles maigres ne feraient jamais.
Faire fondre la graisse de rognon de renne â ou le beurre Ă dĂ©faut â dans une grande marmite Ă fond Ă©pais, Ă feu vif. Y dĂ©poser une petite partie de la viande seulement, en couche unique, et la laisser prendre couleur sans y toucher avant de la retourner ; dĂ©barrasser, puis recommencer avec la fournĂ©e suivante. Les recettes natives insistent sur ce fractionnement, exactement comme pour le renskav, et pour la mĂȘme raison : le renne est si maigre qu'une marmite chargĂ©e fait chuter la tempĂ©rature et la viande bout au lieu de dorer. Ă l'oreille, chaque fournĂ©e doit grĂ©siller sans interruption ; Ă l'Ćil, les faces prennent un brun profond et le fond de la marmite se tapisse de sucs. La cible est une viande colorĂ©e sur toutes ses faces et un fond de marmite brun foncĂ©, pas noir. Si le fond commence Ă brĂ»ler entre deux fournĂ©es, dĂ©glacer d'un fond d'eau, rĂ©server ce jus et repartir sur une marmite propre : un sucs carbonisĂ© rendra tout le bidos amer.
Le pourquoiLes réactions de Maillard entre les acides aminés de la viande et ses sucres réducteurs ne démarrent qu'au-delà de cent quarante degrés en surface, ce qui suppose que l'eau se soit évaporée. Une marmite surchargée maintient une atmosphÚre saturée de vapeur et plafonne à cent degrés : aucune coloration, aucun de ces composés bruns qui feront le goût du bouillon.
Remettre toute la viande dans la marmite avec les os Ă viande si l'on en a, verser l'eau â un litre trois pour un kilo de viande, pas davantage â et gratter le fond pour dĂ©coller les sucs. Porter Ă frĂ©missement, Ă©cumer la mousse grise qui monte les premiĂšres minutes, puis couvrir et laisser aller Ă tout petit feu une heure Ă une heure et quart. Le liquide doit Ă peine bouger. Pendant ce temps l'odeur passe du rĂŽti au bouillon, le bouillon fonce et prend du corps, et la viande cesse de rĂ©sister Ă la fourchette. La cible est un morceau qu'on Ă©crase entre deux doigts sans force mais qui ne s'est pas dĂ©fait en filaments. Si le niveau baisse trop, ajouter un peu d'eau chaude plutĂŽt que froide, qui stopperait net la cuisson du collagĂšne.
Le pourquoiLe collagĂšne des morceaux de travail se convertit en gĂ©latine Ă partir d'environ soixante-dix degrĂ©s, lentement, et c'est cette gĂ©latine qui donne au bouillon de bidos son nappage et sa tenue en bouche. Une Ă©bullition franche accĂ©lĂ©rerait la contraction des fibres musculaires plus vite que la conversion du collagĂšne : la viande deviendrait sĂšche avant d'ĂȘtre tendre.
Pour qui n'a pas farinĂ© la viande crue, l'heure est venue : dĂ©layer la farine dans trois dĂ©cilitres d'eau froide en fouettant jusqu'Ă disparition complĂšte des grumeaux, puis verser ce mĂ©lange en filet dans le bouillon frĂ©missant sans cesser de remuer. Laisser cuire au moins cinq minutes pour que le goĂ»t de farine crue disparaisse. Le bouillon s'opacifie, prend une couleur brun clair et nappe la cuillĂšre. La cible est une liaison discrĂšte : le bidos n'est pas une sauce, il reste une soupe de viande Ă©paissie. Si des grumeaux se forment malgrĂ© tout, passer une louche de bouillon au chinois et la remettre â ou renoncer Ă la liaison, ce que fait de toute façon une partie des familles.
Le pourquoiLes granules d'amidon de blĂ© n'absorbent l'eau et ne gonflent qu'au-delĂ de soixante degrĂ©s ; dĂ©layĂ©s Ă froid puis versĂ©s dans un liquide chaud, ils se dispersent avant de gĂ©latiniser, alors que jetĂ©s secs dans le chaud ils s'agglomĂšrent instantanĂ©ment en une croĂ»te impermĂ©able â c'est exactement le mĂ©canisme du grumeau.
Quand la viande est tendre, ajouter les pommes de terre en quartiers, les carottes en rondelles Ă©paisses et l'oignon si l'on en met, et poursuivre Ă couvert une vingtaine de minutes, jusqu'Ă ce que la pointe d'un couteau entre dans la pomme de terre sans forcer. Cet ordre n'est pas nĂ©gociable : la pomme de terre cuit en vingt minutes, le renne en soixante-quinze, et les mettre ensemble revient Ă dissoudre les lĂ©gumes dans le bouillon. Les quartiers doivent rester entiers et lĂ©gĂšrement fermes au centre, la carotte encore un peu croquante. Saler et poivrer maintenant, jamais avant, le bouillon ayant beaucoup rĂ©duit. Si les pommes de terre se dĂ©litent malgrĂ© tout, ce n'est pas dramatique â elles lient le bidos â mais le plat perd la mĂąche qui fait sa structure.
Le pourquoiLa pomme de terre perd la cohésion de ses parois cellulaires quand la pectine qui les cimente s'hydrolyse, phénomÚne qui s'emballe aprÚs une vingtaine de minutes en milieu frémissant. Au-delà , les cellules se séparent et le quartier devient purée.
Servir le bidos fumant dans des assiettes creuses, viande, lĂ©gumes et bouillon ensemble, avec sur la table du pain complet fraĂźchement cuit â idĂ©alement un gĂĄhkku sami â, du beurre en quantitĂ© et un pot d'airelles. Toutes les sources natives donnent ce trio comme faisant partie du plat et non comme un Ă -cĂŽtĂ©. On mange le bidos Ă la cuillĂšre et l'on sauce le bouillon avec le pain beurrĂ©. La cible est une assiette oĂč le bouillon nappe sans noyer, et oĂč chaque cuillerĂ©e prend de la viande, un morceau de lĂ©gume et du liquide. Si le bidos a Ă©tĂ© fait la veille, le rĂ©chauffer doucement sans jamais le faire bouillir : il sera meilleur, la gĂ©latine ayant eu le temps de se rĂ©partir.
Le pourquoiL'aciditĂ© de l'airelle, riche en acide benzoĂŻque, tranche la perception ferreuse de la viande de gibier â un composĂ© liĂ© Ă la myoglobine, trĂšs prĂ©sente chez le renne â et c'est pourquoi elle accompagne systĂ©matiquement le renne dans tout le Nord.
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