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Atlas Culinaire · Suède · Europe
La myrtille de forêt cuite sous une pluie de miettes beurrées, croustillantes au-dessus, violettes et bouillonnantes en dessous. Le dessert le plus fait de Suède l'été, et le seul dont la matière première se ramasse gratuitement en forêt.
Le Svenska Akademiens ordbok, à l'article PAJ (substantif 1, volume publié en 1952), donne le mot comme un emprunt à l'anglais « pie » et n'en connaît aucune attestation imprimée avant 1883 : elle figure chez l'auteur abrégé « Beckman Amer.
», que le dictionnaire signale expressément comme décrivant des usages américains, et le passage est méprisant — « une prétendue paj, une tarte aux fruits abominablement indigeste, de la plus simple espèce ».
Le mot n'est réhabilité qu'en 1884 chez « Langlet Husm.
» (« de plus fines paj, comme on dit »).
Or le même dictionnaire, à l'article BLÅBÄR publié dès 1917, enregistre déjà le composé BLÅBÄRS-KAKA, défini « gâteau de pâte et de myrtilles » et attesté chez Egerin, Hushålls- och kokbok, page 215, en 1733 : le geste — des myrtilles sauvages sous une pâte, au four — précède de cent cinquante ans le mot anglais qui le désigne aujourd'hui.
Le point tranché tient au silence des deux articles : ni celui de 1917 ni celui de 1952 ne portent le composé blåbärspaj, alors que l'article PAJ liste comme établis KRUSBÄRS-, RABARBER- et ÄPPEL-PAJ, et que l'article BLÅBÄR déroule quinze composés culinaires (‑kaka, ‑tårta, ‑soppa, ‑sylt, ‑gröt, ‑kräm, ‑mos…) sans jamais aboutir à la tarte.
La blåbärspaj n'est donc pas un dessert américain naturalisé : c'est une kaka suédoise du XVIIIᵉ siècle rebaptisée tardivement par un anglicisme — et rebaptisée au nom d'une baie que l'Amérique ne possède pas, puisque Livsmedelsverket tient deux entrées séparées, Blåbär (numéro 555, Vaccinium myrtillus L., analysé par l'agence dans son propre projet « 2010 Bär ») et Blåbär amerikanska (numéro 7042, Vaccinium corymbosum L., valeurs empruntées en 2022-23), classées sous deux codes LanguaL distincts, B2013 et B1491.
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Étaler les myrtilles sur un large plateau et retirer une à une les feuilles, les brindilles et les baies molles ou vertes — la cueillette au peigne en ramasse toujours. Ne les rincer que très brièvement sous un filet d'eau froide, puis les sécher à plat sur un linge : chaque goutte retenue par la peau finira dans le fond de la tarte. Les baies triées doivent rouler librement, mates, sans grappe collée ni jus au fond du plateau ; la pruine bleu-gris à leur surface est un bon signe, elle indique qu'elles n'ont pas été écrasées. Si l'on part de myrtilles surgelées, ne pas les décongeler du tout et les employer telles quelles, directement dans le moule. Si le tri a fait rendre du jus, l'égoutter franchement et augmenter la fécule d'une demi-cuillerée pour compenser.
Le pourquoiLa pellicule d'eau retenue par la peau ne s'évapore pas sous le couvercle de pâte : elle descend et dilue l'amidon censé lier le jus, ce qui détrempe la base du smultäcke.
Mélanger dans un grand saladier la farine, les flocons d'avoine, les deux sucres et le sel, puis jeter dedans le beurre coupé en petits dés, sorti du froid à l'instant. Écraser le beurre entre le pouce et les phalanges des doigts, jamais dans la paume, en soulevant le mélange pour l'aérer : le geste suédois se dit « nypa ihop », pincer ensemble. Le bruit doit rester sec, presque sableux, et le mélange doit passer en deux ou trois minutes de la poudre à des miettes irrégulières, de la taille d'un pois pour les plus grosses. La cible est une pâte qui tient un instant serrée dans le poing puis s'effrite d'elle-même quand on ouvre la main. Si le beurre commence à luire et à coller, tout arrêter et placer le saladier vingt minutes au réfrigérateur avant de reprendre.
Le pourquoiLe beurre froid reste en fragments solides dispersés dans la farine ; à la cuisson il fond et libère sa vapeur d'eau, creusant des cavités entre les grains. C'est cette structure lacunaire, et non le sucre, qui donne le croustillant en miettes.
Verser les myrtilles dans un saladier, saupoudrer le sucre et la fécule de pomme de terre, ajouter le zeste de citron, puis retourner à la spatule en soulevant par-dessous, sans jamais remuer en rond. Chaque baie doit ressortir voilée d'un fin dépôt blanc mat, comme givrée ; le fond du saladier doit rester sec, sans flaque violette. La cible est un mélange qui coule encore librement, pas une compote. Si les baies étaient surgelées, la fécule adhère toute seule au givre et le mélange se fait en trente secondes. Si du jus s'est formé malgré tout, ne pas le jeter mais ajouter une demi-cuillerée à soupe de fécule supplémentaire et enfourner sans attendre.
Le pourquoiChauffé au-delà de 65 °C dans le jus de la baie, l'amidon de pomme de terre gélatinise : ses granules gonflent, absorbent l'eau libérée par l'éclatement des cellules du fruit et la transforment en un sirop nappant au lieu d'une soupe.
Beurrer généreusement un moule à tarte réfractaire de 24 cm, en insistant sur l'angle entre le fond et la paroi, là où le sucre caramélisé colle le plus. Y verser les myrtilles farinées et les répartir d'une seule poussée de spatule en couche régulière, sans tasser : une couche d'environ deux centimètres et demi, plane, où l'on distingue encore les baies individuelles. Le moule doit être rempli aux deux tiers, jamais à ras bord, car la garniture va bouillonner. Si le fruit dépasse la moitié de la hauteur, retirer une poignée de baies plutôt que de risquer le débordement — un jus de myrtille brûlé au fond du four fume et parfume tout ce qui cuira ensuite.
Le pourquoiLe beurre du moule crée une interface grasse entre le sucre et la céramique ; sans elle, le sucre fondu au contact de la paroi cristallise en refroidissant et soude la tarte au plat.
Préchauffer le four à 200 °C en chaleur traditionnelle, puis répandre la smuldeg sur les baies en la laissant tomber de haut, entre les doigts écartés, de manière à couvrir toute la surface d'une couche irrégulière — les creux et les bosses sont voulus, ils donnent des zones plus dorées et d'autres plus tendres. Ne pas lisser, ne pas presser : le smultäcke doit rester une pluie de miettes posées, à travers laquelle on devine encore çà et là le violet du fruit. Enfourner immédiatement à mi-hauteur, sans laisser reposer le montage. Si les miettes se sont ressoudées en plaques pendant le repos au froid, les rompre entre les doigts au-dessus du moule avant de les répandre.
Le pourquoiUne couche de miettes non tassée reste perméable à la vapeur : l'eau du fruit s'échappe vers le haut au lieu de rester emprisonnée sous une croûte étanche, ce qui empêche le dessous du smultäcke de cuire à l'étouffée.
Laisser cuire de 25 à 30 minutes à 200 °C sans ouvrir la porte pendant les quinze premières minutes. La tarte est conduite non pas à la couleur seule, mais au double signal : le smultäcke prend une teinte blond doré, l'avoine grille et embaume, et surtout le jus se met à bouillonner sur tout le pourtour, en grosses bulles lentes d'un violet profond qui remontent entre les miettes. Tant que le bouillonnement se limite à un ou deux points, l'amidon n'a pas fini de gélatiniser et le jus restera liquide au refroidissement. Le centre, lui, doit rester légèrement plus pâle. Si le dessus dore trop vite alors que les bords ne bouillonnent pas encore, couvrir d'une feuille d'aluminium sans serrer et poursuivre dix minutes.
Le pourquoiLes sucres du smultäcke et les protéines de la farine engagent la réaction de Maillard et la caramélisation autour de 160 °C en surface, pendant qu'en dessous l'amidon de la fécule atteint enfin sa température de gélatinisation complète dans un jus qui bout.
Sortir le moule et le poser sur une grille, puis laisser reposer au moins vingt minutes : la tarte se mange tiède, jamais brûlante, et ce repos n'est pas une politesse mais une étape de cuisson — le jus, encore liquide à la sortie du four, prend en refroidissant. Pendant ce temps, tiédir la vaniljsås sans la faire bouillir et la présenter à part, dans un pichet, pour que chacun la verse lui-même. Découper des parts franches avec une lame large : une bonne part se tient debout, montre une couche de fruit brillante et compacte surmontée d'un smultäcke qui craque, et ne laisse qu'un mince filet de sirop violet dans l'assiette. Si le jus reste trop coulant, remettre la tarte dix minutes au four et prolonger le repos.
Le pourquoiEn refroidissant sous 60 °C, les chaînes d'amylose libérées par les granules de fécule se réassocient et figent le jus en gel : c'est la rétrogradation de l'amidon, et elle n'opère qu'à la baisse de température, pas au four.
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Sourcer ou se taire
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