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Atlas Culinaire · Saint-Martin · Amériques
La reine des gâteaux de fête antillais : une base beurrée dense, imbibée de rhum, entièrement enrobée d'une crème de noix de cajou au lait concentré, servie en fines tranches lors des mariages du Dutch Caribbean.
Dans le Dutch Caribbean, on ne coupe jamais le bolo di cashupete en grosses parts : il est si riche qu'une lamelle suffit. En papiamento, bolo veut dire gâteau et cashupete, la noix de cajou, ce fruit venu du continent sud-américain que les îles ABC (Aruba, Bonaire, Curaçao) ont adopté au cœur de leur pâtisserie de fête. Le principe est immuable en deux temps : on cuit d'abord un bolo di manteka, le gâteau au beurre dense qui sert de socle à presque toutes les pâtisseries antillaises, puis on l'enrobe entièrement d'une crème épaisse de cajous moulus, de lait concentré sucré et de rhum. La texture de cette crème, entre la pâte d'amande et la polenta, fait toute la signature du gâteau.
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Préparation — Torréfaction des noix de cajou — Préchauffer le four à 170 °C (chaleur tournante). Étaler les 750 g de noix de cajou en une seule couche sur une plaque recouverte de papier cuisson. Enfourner 5 à 7 minutes jusqu'à ce qu'elles soient légèrement dorées et dégagent un parfum de noisette — surveiller attentivement car elles brûlent rapidement. Retirer du four, réserver 30 g de cajous entières pour la décoration, et laisser refroidir les 720 g restants complètement avant de les moudre.
Le pourquoiLa torréfaction chasse l'humidité résiduelle de la noix et déclenche les réactions de Maillard qui font naître les arômes de noisette grillée : sans elle, la crème reste plate, laiteuse et molle, avec une saveur de cajou crue et fade.
Préparation — Préparation du moule et du four — Beurrer généreusement un moule à charnière de 26 cm, tapisser le fond de papier cuisson, puis beurrer à nouveau le papier. Saupoudrer les bords de farine en tapotant pour éliminer l'excédent — ce double graissage est indispensable pour un démoulage propre. Porter le four à 175 °C (chaleur conventionnelle, sans ventilateur) pour que la base bolo di manteka cuise uniformément sans se dessécher sur les bords.
Le pourquoiLe bolo di manteka est un gâteau lourd et compact : sans un chemisage soigné, il colle et se casse au démoulage, et une chaleur trop vive dessèche ses bords avant que le cœur ne soit cuit.
Base — Bolo di manteka — Crémage beurre-sucre — Dans le bol d'un batteur électrique, travailler le beurre ramolli avec le sucre cristallisé et le sucre vanillé à vitesse moyenne pendant 4 minutes jusqu'à obtenir un mélange pâle, léger et aéré. Ajouter le sel et le zeste de citron râpé, puis continuer à battre 1 minute. Cette étape conditionne la texture finale du gâteau : un beurre insuffisamment crémé donnera une base dense sans alvéoles, incapable d'absorber correctement le sirop de trempage.
Le pourquoiBattre longuement le beurre avec le sucre incorpore des milliers de bulles d'air : ce sont elles qui, dilatées à la cuisson, aèrent une pâte naturellement dense et lui permettront plus tard de boire le sirop d'imbibage.
Base — Bolo di manteka — Incorporation des oeufs et de la farine — Ajouter les 6 oeufs un par un à vitesse maximale, en attendant que chaque oeuf soit parfaitement intégré avant le suivant — ne pas précipiter cette étape sous peine de faire trancher l'émulsion. Ajouter le jus de citron et l'extrait de vanille. Tamiser ensemble la farine et la levure chimique, puis les incorporer délicatement à la spatule en trois fois, par mouvement d'enveloppement (ne pas battre). Verser la pâte dans le moule préparé et lisser la surface. Enfourner à 175 °C pendant 55 à 60 minutes — un cure-dent planté au centre doit ressortir sec.
Le pourquoiAjouter les œufs un à un laisse le temps à chacun de s'émulsionner dans le corps gras ; incorporer la farine en pluie et à la spatule évite de développer le gluten, qui rendrait la mie caoutchouteuse.
Crème de cajou — Broyage des cajous et sirop de base — Broyer les 720 g de cajous torréfiés et refroidis dans un robot coupe puissant jusqu'à obtenir une poudre très fine — quasi-farineuse, sans gros morceaux qui risqueraient de lacérer le gâteau lors de l'étalement. Dans une casserole à fond épais, porter à ébullition le sucre avec les 500 ml d'eau, puis réduire à feu moyen et laisser frémir environ 10 minutes jusqu'à ce qu'environ 100 ml d'eau se soient évaporés et que le sirop nappe légèrement une cuillère — le sucre doit être entièrement dissous, sans cristaux visibles.
Le pourquoiUne poudre de cajou très fine donne une crème lisse et tartinable ; le sirop réduit concentre le sucre et fournit la base liquide dans laquelle les noix vont gonfler et lier sans coller au fond.
Crème de cajou — Cuisson de la crème de cajou — Réduire le feu et incorporer le lait concentré sucré dans le sirop chaud en remuant constamment, puis ajouter le rhum et l'extrait de vanille. Verser les cajous moulus d'un coup et remuer vigoureusement au fouet. Maintenir une cuisson douce pendant 10 à 12 minutes, en remuant sans interruption avec une cuillère en bois : la crème va s'assombrir légèrement, épaissir et prendre la consistance d'une polenta ferme. Hors du feu, incorporer le jus de citron (qui équilibre le sucre et fixe la couleur). Laisser refroidir à température ambiante — la crème reste tartinable environ 20 minutes après refroidissement.
Le pourquoiEn chauffant doucement, l'amidon et l'huile des cajous s'unissent au lait concentré pour épaissir la crème jusqu'à la texture de polenta ; le remuage constant empêche le fond, très sucré, d'attacher et de brûler.
Sirop de trempage — Préparation du sirop d'imbibage (optionnel mais recommandé) — Porter à ébullition 100 ml d'eau avec 100 g de sucre en remuant pour dissoudre, puis laisser refroidir complètement à température ambiante — au moins 15 minutes. Ajouter ensuite les 50 ml de rhum hors feu : ajouter l'alcool à un sirop chaud le ferait s'évaporer inutilement. Ce sirop d'imbibage, appelé "trempeersiroop" dans la tradition antillaise, compense la densité du bolo di manteka et apporte une note alcoolisée supplémentaire qui s'harmonise avec la crème de cajou.
Le pourquoiLe bolo di manteka est dense et plutôt sec de nature : le sirop le désaltère de l'intérieur, l'assouplit et fait le pont aromatique avec le rhum de la crème.
Montage et décoration — Découpe, assemblage et finition — Une fois le bolo di manteka complètement refroidi (au moins 1 heure), le couper horizontalement en trois disques d'épaisseur égale à l'aide d'un couteau à lame longue. Badigeonner généreusement chaque disque de sirop de trempage au pinceau. Étaler la moitié de la crème de cajou encore tiède entre les deux couches intérieures. Recouvrir ensuite le dessus et les côtés du gâteau avec la crème restante, en lissant avec une palette ou le dos d'une cuillère trempée dans de l'eau chaude. Décorer sans attendre avec les cerises confites et les cajous entières réservés — la crème sèche rapidement et l'adhérence sera moins bonne après 10 minutes. Réfrigérer au moins 2 heures avant de découper en 16 fines tranches.
Le pourquoiCouper le gâteau froid en disques réguliers, les imbiber puis les enrober de crème tiède permet à celle-ci d'adhérer et de coller les couches ensemble avant de figer ; travaillée froide, elle déchirerait la mie.
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