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Atlas Culinaire · Sint Maarten · Amériques
Le grand plat de fĂȘte de la diaspora surinamaise de Sint Maarten : pomtajer rĂąpĂ© et acidulĂ© Ă l'orange amĂšre, poulet effilochĂ© et bĆuf salĂ©, gratinĂ© longuement Ă couvert puis dorĂ© Ă dĂ©couvert.
Le Pom n'est pas nĂ© Ă Sint Maarten : il y est arrivĂ© dans les valises de la diaspora surinamaise, sur le versant nĂ©erlandais de l'Ăźle binationale. Son berceau est le Suriname colonial du XVIIe siĂšcle, oĂč les planteurs judĂ©o-portugais, chassĂ©s de la pĂ©ninsule ibĂ©rique par l'Inquisition, tentĂšrent de reproduire un gratin de « pomme de terre » Ă la mode europĂ©enne. Mais la pomme de terre ne poussait pas sous les tropiques et coĂ»tait cher Ă importer. Ce sont, selon la tradition, les cuisiniĂšres afro-surinamaises des maisons juives qui trouvĂšrent la parade : remplacer le tubercule par la chair rĂąpĂ©e du pomtajer (Xanthosoma sagittifolium), ce cocoyam Ă la texture serrĂ©e qui, une fois acidulĂ© et longuement cuit, prend le liant fondant que l'on cherchait.
La paternité du Pom se dispute encore.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Ouvrez la boĂźte de bĆuf salĂ© (corned beef) et coupez-le en cubes de 3 cm. Placez-les dans un saladier et couvrez d'eau froide. Laissez tremper 15 min, Ă©gouttez, renouvelez l'eau froide et laissez tremper encore 15 min. Ăgouttez dĂ©finitivement, puis Ă©miettez grossiĂšrement Ă la fourchette en morceaux irrĂ©guliers de 1 Ă 2 cm. Ne salez pas Ă ce stade : la viande reste naturellement relevĂ©e.
Le pourquoiLe bĆuf salĂ© en conserve est trĂšs salĂ© (souvent 2 g de sel ou plus pour 100 g). Sans dessalage, il dĂ©sĂ©quilibre tout le plat, car il sera rejoint plus tard par le piccalilli et le jus de cuisson dĂ©jĂ assaisonnĂ©s.
Dans une grande cocotte, chauffez 2 c. à s. d'huile à feu vif. Saisissez les cuisses de poulet cÎté peau 5 min jusqu'à belle dorure, retournez et saisissez l'autre face 3 min. Ajoutez oignons, ail, céleri, thym, laurier et poivre. Versez le bouillon de poulet, portez à léger frémissement, couvrez et braisez 40 min à feu doux. Réservez le jus de cuisson (150 à 200 ml) : il entrera dans la masse du Pom. Effeuillez le poulet en filaments en retirant os, peau et cartilages.
Le pourquoiLe frémissement doux, sans gros bouillons, laisse le collagÚne du poulet fondre en gélatine sans crisper les fibres : la chair reste effilochable et tendre, et le jus servira de liant au plat.
ENFILEZ DES GANTS en caoutchouc ou en nitrile avant de manipuler le pomtajer cru. Pelez-le Ă l'Ă©conome (la peau est Ă©paisse), rincez, puis rĂąpez-le sur la grosse grille d'une rĂąpe ou au robot (1 Ă 2 min, il est ferme mais se rĂąpe vite). IMMĂDIATEMENT aprĂšs le dernier coup de rĂąpe, versez le jus d'orange amĂšre, le jus de citron, le sel et le poivre sur le pomtajer rĂąpĂ© et mĂ©langez dans un grand saladier pour enrober chaque filament. Le pomtajer cru garde une lĂ©gĂšre amertume qui disparaĂźtra Ă la cuisson.
Le pourquoiLes raphides d'oxalate de calcium du pomtajer irritent fortement la peau Ă cru, d'oĂč les gants. Et dĂšs que les cellules sont rompues, la chair s'oxyde et grise Ă l'air : l'acide des agrumes abaisse le pH et freine cette oxydation, exactement comme le citron sur une pomme coupĂ©e.
Dans un trĂšs grand saladier, rĂ©unissez le pomtajer rĂąpĂ© et acidulĂ©, le poulet effilochĂ©, le bĆuf salĂ© Ă©miettĂ© et dessalĂ©, le piccalilli Ă©gouttĂ© (hachĂ© grossiĂšrement si les morceaux sont gros), le jus de cuisson du poulet rĂ©servĂ© et une bonne rĂąpe de muscade. MĂ©langez dĂ©licatement Ă la main gantĂ©e ou Ă la grande cuillĂšre pour rĂ©partir tous les Ă©lĂ©ments sans Ă©craser le pomtajer. GoĂ»tez : la masse doit rester lĂ©gĂšrement sous-assaisonnĂ©e, car le bĆuf salĂ© et le piccalilli se rĂ©vĂšlent Ă la cuisson.
Le pourquoiLe jus de cuisson du poulet apporte sel, arÎmes et gélatine qui vont souder les trois composantes pendant la cuisson. Sans lui, le Pom cuit sec et se fragmente à la découpe.
Préchauffez le four à 175 °C (chaleur tournante). Beurrez généreusement un grand plat à bords hauts (pyrex ou fonte, qui retiennent la vapeur). Transférez-y la masse, égalisez la surface à la spatule, puis couvrez hermétiquement de papier aluminium (beurré cÎté intérieur pour éviter qu'il colle), plus le couvercle si le plat en a un. Enfournez 60 min et n'ouvrez pas pendant cette phase.
Le pourquoià couvert, le plat devient une chambre à vapeur : l'eau libérée par le pomtajer et le jus cuit le Pom de l'intérieur, uniformément, avant que la surface ne puisse sécher et croûter.
AprĂšs les 60 min Ă couvert, baissez le four Ă 150 °C. Retirez dĂ©licatement l'aluminium en vous mĂ©fiant de la vapeur brĂ»lante. Parsemez la surface de quelques noisettes de beurre, puis remettez au four Ă dĂ©couvert pour 60 min. La surface doit dorer progressivement et former une lĂ©gĂšre croĂ»te ambrĂ©e. Si elle reste pĂąle en fin de cuisson, terminez par 5 min Ă 200 °C ou sous le gril, Ă l'Ćil.
Le pourquoià 150 °C, la surface sÚche et caramélise doucement sans que le pomtajer ne brûle : c'est ce séchage lent qui donne la couleur dorée et la fine croûte caractéristiques du Pom.
Sortez le Pom du four et ne le découpez pas tout de suite. Laissez-le reposer à température ambiante 60 min minimum, posé sur une grille ou un dessous-de-plat (pas directement sur une surface froide, qui ferait condenser la vapeur sous le plat). Couvrez d'un linge sec. Découpez ensuite en parts généreuses, comme une lasagne, plutÎt qu'en tranches fines.
Le pourquoiEn refroidissant, la gélatine dissoute pendant la cuisson se resserre et lie les filaments de pomtajer entre eux : le Pom passe d'un état semi-liquide à une masse ferme qui se coupe en parts nettes.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
MĂȘme table de fĂȘte nĂ©erlando-caribĂ©enne du cĂŽtĂ© hollandais de l'Ăźle : ce gĂąteau de noix de cajou d'hĂ©ritage papiamento accompagne le registre festif dont le Pom est le grand plat salĂ©.
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Pas encore dans l'AtlasLe Pom de Sint Maarten est la version diaspora du plat national surinamais : mĂȘme trio pomtajer / poulet / agrume, mĂȘme cuisson au four. Sur le versant nĂ©erlandais de l'Ăźle, la communautĂ© surinamaise le prĂ©pare comme au pays, avec les ajouts locaux (piccalilli, bĆuf salĂ©).
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