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Atlas Culinaire · Croatie · Istrie
La plus grande bête d'Istrie dans votre casserole — la race boškarin et ses 100 kilos de caractère
Le boškarin gulaš, c'est le grand ragoût de bœuf de l'Istrie intérieure, fait avec la viande de la bête-emblème de la péninsule : le boškarin, ce bœuf gris aux immenses cornes en lyre, autrefois animal de trait des paysans istriens, devenu une race protégée qu'on élève à nouveau pour sa chair. Sa viande dense demande des heures de cuisson douce, dans une sauce montée sur une longue fondue d'oignons rouges et le vin rouge du pays, le Teran, jusqu'à devenir grenat et fondante.
Gulaš ou žgvacet ? Les puristes istriens tiennent que le mot « gulaš » est un emprunt tardif au monde austro-hongrois, et que ce plat de bœuf mijoté au Teran s'appelle en vérité žgvacet, bien plus ancien.
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Sortez les cubes de boškarin 1 h avant de cuisiner pour qu'ils reviennent à température ambiante. Épongez chaque cube au papier absorbant, salez généreusement et poivrez toutes les faces.
Le pourquoiUne viande froide et humide fait chuter la température de la cocotte et bout au lieu de saisir ; sèche et tempérée, elle brunit vite et bien.
Chauffez l'huile d'olive dans une cocotte en fonte à feu très vif, jusqu'à légère fumée. Saisissez les cubes en 3 lots, sans les entasser, jusqu'à une croûte brun acajou (2-3 min par face). Réservez au chaud entre les lots.
Le pourquoiLa croûte de Maillard construit des centaines d'arômes qui feront toute la profondeur du gulaš ; entassés, les cubes rendent leur eau et bouillent au lieu de saisir.
Baissez à feu moyen-doux. Ajoutez les oignons rouges émincés fin avec une pincée de sel et cuisez 20 min en remuant, jusqu'à ce qu'ils soient fondants, translucides et à peine caramélisés. Ajoutez l'ail, le persil, la marjolaine, les clous de girofle et le laurier, puis 3 min de plus.
Le pourquoiC'est le cœur du žgvacet : les oignons fondus en confiture lient naturellement la sauce et leur douceur équilibre les tanins acides du Teran. Vingt minutes ne se remplacent pas par cinq.
Remettez les cubes sur les oignons. Ajoutez le concentré de tomate, mélangez 2 min, puis versez le Teran d'un coup et grattez vigoureusement les sucs du fond à la spatule. Ajoutez les os à moelle et le bouillon à hauteur de la viande. Portez à ébullition, écumez, puis baissez à feu doux.
Le pourquoiLe vin décolle les sucs caramélisés du fond — le plus concentré du goût — et lance la sauce ; les os à moelle lui donneront du corps et du liant.
Couvrez en laissant 2 cm d'ouverture et maintenez un frémissement très doux (2-3 bulles par seconde) 2 h 30 à 3 h. Agitez la cocotte en cercles toutes les 30 min — jamais de cuillère, qui casserait les cubes. Vérifiez le liquide toutes les 45 min et rallongez au bouillon chaud si besoin.
Le pourquoiLa cuisson lente fond le collagène de cette viande de travail en gélatine : c'est ce qui la rend fondante. À ébullition, les mêmes fibres se contractent, sèchent et filandrent.
Retirez les os et le laurier. Trop liquide, découvrez et réduisez 10-15 min ; trop épais, allongez d'un peu d'eau chaude. Version gastronomique (débattue) : hors du feu, faites fondre quelques carrés de chocolat noir à 85 %, qui appuient l'amertume et les tanins du Teran. Rectifiez sel et poivre.
Le pourquoiLa réduction ajuste la sauce à la nappe ; le chocolat, amer et tannique, prolonge le profil du Teran — une touche moderne, à assumer comme telle.
Servez dans des bols chauds, sauce généreuse sur la viande. L'accompagnement canonique de l'Istrie intérieure, ce sont les fuži maison ou les pljukanci, jamais des spaghettis ; à défaut, des gnocchis. Parsemez de persil, versez un verre du même Teran, et prévoyez du pain rustique pour saucer le bol jusqu'au fond.
Le pourquoiLes pâtes maison istriennes accrochent la sauce épaisse bien mieux que des pâtes lisses ; le même vin au verre qu'en cuisine, c'est le principe d'accord istrien.
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Les fuži sont l'accompagnement canonique du boškarin gulaš : les pâtes maison istriennes accrochent la sauce grenat au Teran. L'un appelle l'autre sur la table de l'Istrie intérieure.
Voir la recette →CousineLe lovački gulaš du Gorski kotar est le cousin forestier : même ragoût mijoté au vin, mais au gibier plutôt qu'au bœuf de trait istrien.
Voir la recette →Le nom « gulaš » vient du gulyás hongrois, ragoût de bœuf au paprika ; mais le žgvacet istrien, mijoté au vin et à l'oignon plutôt qu'au paprika, en diffère profondément malgré l'emprunt du mot.
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