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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Le classique le plus mal nommé de la vitrine suédoise : un rouleau de meringue aux noisettes fourré de crÚme fouettée et de quartiers de mandarine, né dans le SmÄland et baptisé d'aprÚs une capitale qui ne l'a jamais connu.
Dick Harrison, professeur d'histoire Ă l'universitĂ© de Lund, Ă©crivait le 22 janvier 2015 sur son Historieblogg du Svenska Dagbladet que la Budapestrulle est « ett svenskt bakverk frĂ„n 1900-talet » dont « som upphovsman utpekas i regel Ingvar Strid, en konditor i Vetlanda » â avant d'ajouter aussitĂŽt « om nĂ„gon lĂ€sare har annan information mottages den tacksamt ».
Un historien professionnel qui sollicite ses lecteurs, c'est l'aveu que l'attribution circule partout sans ĂȘtre Ă©tayĂ©e nulle part.
La date de 1948, souvent recopiĂ©e, ne repose sur aucune source : le seul tĂ©moignage direct est celui de Strid lui-mĂȘme, filmĂ© en 1992, dĂ©clarant avoir inventĂ© la pĂątisserie « il y a environ 23 ans », soit vers 1969 â chiffre que la WikipĂ©dia anglophone porte d'ailleurs sous la mention « better source needed ».
Le SAOB ne tranche pas, et il faut le dire : la requĂȘte « budapest » n'y rend aucun article, tandis que le fascicule couvrant marĂ€ng, imprimĂ© en 1943 (spalt M 381, band 17), inventorie huit composĂ©s â marĂ€ngbakelse, marĂ€ngtĂ„rta, marĂ€ngmassa attestĂ©e chez Hagdahl dĂšs 1879 â sans le moindre budapest.
Les deux dates candidates tombant aprÚs ce fascicule, l'absence ne borne que ceci : le mot n'était pas installé en suédois avant 1943, ce qui ruine toute thÚse d'importation ancienne.
Reste le voisin hongrois, l'Esterhåzy torta, créée par les pùtissiers de Budapest à la fin du XIXe siÚcle : Harrison la juge « högst osÀkert » comme inspiration, les différences étant « betydande ».
Sauf qu'il compare l'EsterhĂĄzy Ă la version moderne.
Or Strid raconte que sa création initiale était « un petit rouleau à la crÚme au beurre » appelé Budapest, passé plus tard « à plus grande échelle, avec de la crÚme fouettée ».
Meringue de fruits secs sans farine, crÚme au beurre, chocolat : l'original suédois et le gùteau hongrois partagent alors tout sauf la géométrie, disques empilés d'un cÎté, rouleau de l'autre.
L'écart que Harrison mesure en 2015 est celui qu'a creusé la crÚme fouettée, pas celui qu'a laissé Ingvar Strid.
Enfin, l'inventaire du patrimoine vivant de l'Isof, qui admet pourtant la polkagrisbakning et la gummekaka, ne référence aucune pùtisserie de konditori : ni budapestbakelse, ni bakelse tout court.
Le Centrum för NÀringslivshistoria, archive de référence de l'histoire économique suédoise, rend zéro résultat sur le mot.
Le négatif est national, et il est qualifié.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Sortir les blancs d'Ćufs une heure Ă l'avance et prĂ©chauffer le four Ă 175 °C en chaleur traditionnelle, ou 160 °C en chaleur tournante selon le dosage d'Arla. Tapisser une grande plaque de papier cuisson, peser la poudre de noisettes et la fĂ©cule, puis les mĂ©langer Ă sec dans un bol Ă part. Ce pesage sĂ©pare volontairement le sec du montage : une fois la meringue montĂ©e, chaque seconde passĂ©e Ă chercher un ingrĂ©dient la fait retomber. La poudre de noisettes doit ĂȘtre fluide et sentir franchement le fruit sec ; si elle s'agglomĂšre en boulettes grasses au doigt, elle a Ă©tĂ© moulue trop longtemps. La plaque prĂȘte, le four stabilisĂ© et le sec pesĂ©, la suite s'enchaĂźne sans arrĂȘt. Si la poudre a tournĂ© en pĂąte, la rĂ©cupĂ©rer en la dessĂ©chant cinq minutes au four Ă 150 °C puis en la retamisant.
Le pourquoiLa noisette apporte environ 61 % de matiĂšre grasse. Ce lipide s'interposera entre les protĂ©ines d'albumine et les cristaux de sucre, bridant la dĂ©shydratation complĂšte du rĂ©seau : c'est la raison technique pour laquelle une budapestmassa reste souple lĂ oĂč une meringue française pure devient cassante.
Dans un bol parfaitement dégraissé, fouetter les blancs jusqu'à un mousse ferme, puis ajouter le sucre en pluie, une cuillerée à la fois, en attendant chaque fois que les cristaux se soient dissous avant d'en remettre. La meringue doit finir brillante et tenir en bec d'oiseau au fouet. Le bruit du fouet change en cours de route : de liquide et claquant, il devient sourd et pùteux, signe que le réseau est en place. Prélever un peu de meringue entre deux doigts : elle ne doit pas crisser. Si elle crisse, le sucre n'est pas dissous et la meringue rendra un sirop à la cuisson ; continuer simplement de fouetter deux à trois minutes de plus.
Le pourquoiLe sucre dissous se lie à l'eau libre du blanc et augmente la viscosité de la phase aqueuse, ce qui ralentit le drainage entre les bulles et stabilise la mousse. Un sucre non dissous ne fait pas ce travail et ressort en sirop.
Verser le mĂ©lange noisettes-fĂ©cule sur la meringue et l'incorporer Ă la maryse, en soulevant depuis le fond du bol et en tournant le rĂ©cipient d'un quart de tour Ă chaque passage. Travailler vite et peu : la matiĂšre grasse de la noisette fait retomber la mousse Ă chaque tour de trop. La masse fonce lĂ©gĂšrement, prend un aspect satinĂ© plutĂŽt que brillant, et devient sensiblement plus lourde Ă la spatule. Elle est prĂȘte dĂšs qu'on ne voit plus de traĂźnĂ©e sĂšche, pas une seconde aprĂšs. Si elle a trop retombĂ© et coule au lieu de tenir, ne pas tenter de la refouetter : la pocher immĂ©diatement, le fond sera plus dense mais restera parfaitement roulable.
Le pourquoiLes lipides de la noisette sont tensioactifs et dĂ©stabilisent le film protĂ©ique qui entoure chaque bulle d'air. Chaque mouvement supplĂ©mentaire fait coalescer les bulles et perdre du volume â d'oĂč l'incorporation la plus brĂšve possible.
Remplir une poche munie d'une douille ronde de 8 Ă 10 mm et pocher la masse en longues bandes parallĂšles et jointives dans le sens de la longueur de la plaque, comme le dĂ©crit ICA ; Ă dĂ©faut de poche, l'Ă©taler Ă la spatule en lignes marquĂ©es. Cuire environ 20 minutes au milieu du four, puis ouvrir la porte pour laisser la vapeur s'Ă©chapper et poursuivre deux Ă trois minutes. Le fond doit ĂȘtre blond clair, sec au toucher, et les noisettes doivent embaumer le grillĂ©. La surface est prĂȘte quand elle ne colle plus au doigt tout en gardant une souplesse Ă©vidente sous la pression. Si elle est encore humide au centre, prolonger par tranches de deux minutes plutĂŽt que de monter la tempĂ©rature.
Le pourquoiOuvrir la porte Ă©vacue la vapeur saturante accumulĂ©e dans l'enceinte. Sans cette purge, l'eau se recondense sur la surface refroidie du fond et le ramollit, empĂȘchant la croĂ»te fine qui tient le rouleau.
Laisser le fond refroidir intĂ©gralement sur sa plaque â c'est l'Ă©tape que l'on saute et qu'il ne faut jamais sauter. Poser ensuite une feuille de papier cuisson neuve dessus, retourner l'ensemble d'un geste franc Ă l'aide d'une seconde plaque, puis dĂ©coller le papier de cuisson seulement une fois le fond bien froid, comme l'impose Arla. Le papier doit venir d'un seul tenant, en faisant un lĂ©ger bruit sec. Le fond retournĂ© prĂ©sente alors sa face lisse vers l'extĂ©rieur, prĂȘte Ă recevoir la garniture. S'il accroche par endroits, humecter trĂšs lĂ©gĂšrement le papier au dos avec un doigt mouillĂ© et patienter une minute avant de retirer.
Le pourquoiEn refroidissant, le sucre amorphe de la meringue reprend en rigidité et le réseau protéique coagulé se fige. Un fond chaud est encore plastique et se déchire sous son propre poids ; froid, il plie sans rompre.
Fouetter la crĂšme bien ferme, en rĂ©servant l'Ă©quivalent d'un fond de bol pour le dĂ©cor. L'Ă©taler sur toute la surface en laissant deux centimĂštres libres au bord opposĂ©, puis rĂ©partir les quartiers de mandarine trĂšs soigneusement Ă©gouttĂ©s. Rouler depuis le grand cĂŽtĂ© en s'aidant du papier cuisson glissĂ© dessous, en serrant rĂ©guliĂšrement plutĂŽt qu'en force. La meringue doit cĂ©der en souplesse avec quelques craquelures fines, qui sont normales et attendues. Le rouleau fini doit ĂȘtre plein, sans poche d'air au centre, et dĂ©posĂ© soudure vers le bas. S'il s'est franchement fendu, le ressouder Ă la crĂšme rĂ©servĂ©e puis masquer gĂ©nĂ©reusement au sucre glace : c'est le rattrapage que recommandent les sources natives.
Le pourquoiLa crĂšme fouettĂ©e est une mousse stabilisĂ©e par un rĂ©seau de cristaux de matiĂšre grasse. Au-dessus de 10 °C environ, ces cristaux fondent, le rĂ©seau lĂąche et la crĂšme rend son sĂ©rum â d'oĂč la crĂšme et le fond obligatoirement froids.
Fondre le chocolat noir doucement et le faire couler en filet fin en travers du rouleau, d'un mouvement de va-et-vient régulier. Laisser reposer au frais une trentaine de minutes, le temps que le chocolat prenne et que la meringue s'humidifie légÚrement au contact de la crÚme. Découper alors en huit parts avec un couteau bien aiguisé, essuyé entre chaque coupe. Poudrer de sucre glace au dernier moment. Chaque part doit tenir debout, dressée sur sa tranche comme dans les vitrines suédoises, et l'on peut la garnir d'une rosace de crÚme et d'un quartier de mandarine. Si les parts s'écrasent à la découpe, remettre le rouleau vingt minutes au réfrigérateur avant de reprendre.
Le pourquoiL'Ă©change d'eau entre la crĂšme et la meringue hygroscopique dissout partiellement le sucre de surface et transforme la texture. C'est une maturation contrĂŽlĂ©e, pas une dĂ©gradation â au-delĂ de 48 heures, en revanche, le fond s'effondre.
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Sourcer ou se taire
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