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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Un rouleau de printemps qu'on a cessé de rouler : bún, crevette et poitrine tombés dans le bol, noyés d'un bouillon acidulé au tamarin et coiffés d'une cuillerée de fèves de soja broyées aux arachides.
La presse nationale répète une explication unique : le mot dà serait la prononciation méridionale du verbe và, ce geste de porter le bol à la bouche et d'y pousser le contenu à la baguette comme on le fait du riz, VietnamNet écrivant textuellement que les gens du Sud mangent en và/lùa như cơm et que và est devenu dà ou già par déformation.
Or la personne à qui la télévision de Vĩnh Long a décerné en 2004 le Danh hiệu truyền thống pour ce plat, Trịnh Thị Ngọc Nữ, qui tient la quán Ngọc Nữ de l'ấp Chợ Cũ à Mỹ Xuyên depuis près de trente ans, en donne une autre : interrogée par Báo Sóc Trăng, elle explique que le gỏi vient de gỏi cuốn et non de gỏi giấm, et que le nom complet était bún gỏi và rau, raccourci parce qu'il était trop long (https://baosoctrang.org.vn/van-hoa-the-thao/202104/nho-bun-goi-da-my-xuyen-3c31f5e/).
Dans sa bouche, và est le mot et, pas le verbe enfourner.
Les deux versions s'accordent sur un seul point, décisif : le plat descend bien du gỏi cuốn qu'on a cessé de rouler.
Deuxième désaccord, matériel celui-là : Báo Sóc Trăng et VnExpress décrivent une cuillerée de tương hột xay nhuyễn với đậu phộng rang cùng với tỏi phi, fèves de soja fermentées broyées avec arachides grillées et ail frit, tandis que les échoppes saïgonnaises remplacent le tương xay par du mắm ruốc et ajoutent côtes et oreilles de porc (https://vnexpress.net/bun-goi-da-dac-san-ken-khach-cua-nguoi-soc-trang-4486444.html) — à ce stade ce n'est plus le même bol.
Enfin, la distinction locale qu'on manque toujours : les deux autres bún emblématiques de Sóc Trăng, le bún mắm et le bún nước lèo, se bâtissent sur le mắm de poisson fermenté ; le bún gỏi dà de Mỹ Xuyên n'en contient pas — son acidité vient du nước cốt me et son corps du soja broyé.
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Faites tremper les os et les travers une demi-heure dans de l'eau froide salée, puis blanchissez-les cinq minutes à l'eau bouillante et jetez cette première eau sans regret. Rincez ensuite chaque os sous le robinet en frottant pour ôter l'écume coagulée qui s'accroche aux articulations. C'est un geste ingrat mais c'est lui qui décide de la limpidité finale : un bún gỏi dà se sert dans un bouillon clair où l'on voit la crevette au fond du bol, et aucun écumage ultérieur ne rattrape des os mal blanchis. Si votre eau de blanchiment reste rose et mousseuse, prolongez le trempage de vingt minutes plutôt que d'enchaîner.
Le pourquoiLe blanchiment coagule d'un coup les protéines solubles du sang et les fait remonter en écume compacte ; passé ce cap, elles ne se dispersent plus en fines particules dans le bouillon.
Remettez les os dans deux litres et demi d'eau froide, portez lentement à la limite de l'ébullition puis maintenez un frémissement paresseux, une bulle qui monte de temps en temps et rien de plus. Écumez toutes les dix minutes pendant la première demi-heure, jusqu'à ce que la surface reste nette. Vous devez voir le liquide se colorer très légèrement en jaune paille et sentir une odeur douce de porc, sans note âcre. Comptez quarante-cinq minutes minimum ; si le bouillon se trouble et blanchit, c'est que vous avez laissé bouillir — baissez immédiatement, laissez retomber et écumez, le mal est partiellement réversible dans le premier quart d'heure.
Le pourquoiUne ébullition vive émulsionne le gras fondu dans l'eau et fragmente les protéines en micelles qui diffusent la lumière — c'est exactement le mécanisme du bouillon laiteux, à éviter ici.
Plongez la poitrine de porc entière dans le bouillon frémissant et laissez-la vingt-cinq minutes, jusqu'à ce qu'une pique traverse sans résistance ; sortez-la et plongez-la aussitôt dans de l'eau glacée. Pochez ensuite les crevettes entières deux à trois minutes seulement, jusqu'à ce qu'elles virent au rose orangé et se recourbent en C — au-delà, elles se recroquevillent en O et deviennent caoutchouteuses. Décortiquez-les, puis remettez têtes et carapaces dix minutes dans le bouillon avant de tout filtrer au chinois fin. C'est ce recyclage des carapaces qui sépare un bouillon de quán d'un bouillon de maison ; si vous les jetez, il vous manquera irrémédiablement la note iodée que ni le nước mắm ni le sucre ne remplacent.
Le pourquoiLes carapaces de crevette concentrent l'astaxanthine et les nucléotides sapides ; une courte infusion les libère, tandis qu'une cuisson prolongée de la chair, elle, dénature la myosine et durcit le muscle.
Délayez la pulpe de tamarin dans une louche de bouillon chaud, écrasez-la à la fourchette puis passez-la au tamis fin en pressant bien pour ne garder que le jus épais. Versez ce nước cốt me dans le bouillon filtré par petites quantités, en goûtant à chaque ajout, puis seulement ensuite le nước mắm, le sucre de roche et le sel. La cible est un bouillon nettement plus acide qu'un bún bò mais moins qu'un canh chua : l'acidité doit se sentir en attaque puis s'effacer derrière la douceur de la crevette. S'il vous semble plat, ce n'est presque jamais un manque de sel mais un manque de tamarin ; s'il devient agressif, une pincée de sucre de roche referme l'acidité sans la masquer.
Le pourquoiL'acide tartrique du tamarin abaisse le pH autour de 4,5 ; à ce niveau, les récepteurs du salé et du sucré se déplacent sensiblement, d'où l'obligation d'acidifier avant d'assaisonner.
Égouttez les fèves de soja fermentées, réservez un peu de leur saumure, puis pilez-les au mortier avec les trois quarts des arachides grillées jusqu'à obtenir une pâte grumeleuse et non une purée lisse. Faites chauffer l'huile neutre à feu doux, jetez-y la pâte, le sucre et une cuillerée de saumure, et remuez trois à quatre minutes : la sauce épaissit, fonce légèrement et l'odeur passe du soja cru au grillé. Incorporez enfin l'ail frit et son huile hors du feu. Vous visez une texture de sable mouillé qui tient sur la cuillère et se délite dans le bouillon ; si elle est trop épaisse, détendez avec de la saumure et non avec de l'eau, qui la fadirait.
Le pourquoiLa cuisson courte de la pâte déclenche des réactions de Maillard entre les acides aminés libres du soja fermenté et les sucres ajoutés, ce qui construit la profondeur grillée absente de la pâte crue.
Tranchez la poitrine froide en lamelles de deux millimètres, en travers de la fibre, en gardant la couenne et le gras solidaires du maigre. Fendez les crevettes décortiquées en deux dans la longueur et retirez le boyau noir d'un coup d'ongle. Ciselez la laitue en fines lanières, effeuillez le rau răm et la coriandre longue, rincez les pousses de soja à l'eau glacée et essorez-les à fond. Toute cette garniture doit être froide et sèche au moment du dressage : une herbe encore ruisselante dilue le bouillon dans le bol et casse l'acidité qu'on vient de régler au dixième.
Le pourquoiTrancher en travers de la fibre raccourcit les faisceaux musculaires et réduit la force de mastication ; sur une poitrine pochée, cela évite la sensation filandreuse à froid.
Passez le bún trente secondes dans l'eau bouillante, égouttez énergiquement et déposez-le au fond du bol. Ajoutez par-dessus la laitue ciselée, les pousses de soja, les lamelles de poitrine et les crevettes ouvertes, disposées en éventail pour qu'on les voie. L'ordre compte : les crudités sous les viandes se réchauffent sans cuire quand arrive le bouillon, tandis que placées au-dessus elles flotteraient et deviendraient molles. Le bol doit être rempli aux deux tiers avant le liquide ; s'il est déjà plein, retirez du bún plutôt que d'économiser le bouillon, c'est lui qui porte le plat.
Le pourquoiLe passage éclair du bún à l'eau bouillante regélatinise la surface des fils et rince l'amidon de surface, ce qui empêche le bouillon de s'épaissir et de se troubler dans le bol.
Portez le bouillon à quatre-vingt-quinze degrés, juste sous l'ébullition, et versez-le en pluie sur le bol monté jusqu'à recouvrir la garniture aux trois quarts. Déposez alors seulement, au centre, une cuillerée bombée de soja broyé aux arachides, quelques éclats d'arachide entiers, un trait de sa tế et un quartier de citron vert à part. Servez immédiatement et mangez à la manière qui a donné son nom au plat : on ne trempe pas, on soulève le bol et on pousse le contenu à la baguette, en dissolvant progressivement la cuillerée de sauce dans le bouillon. Si vous mélangez la sauce dès le départ, le bouillon devient opaque et tous les bols suivants auront le même goût uniforme du début à la fin, ce qui est précisément ce que la construction du plat cherche à éviter.
Le pourquoiLe tương xay déposé en surface et non incorporé crée un gradient de concentration : les premières bouchées sont acidulées et claires, les dernières riches et grasses, ce qui prolonge la perception aromatique.
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Sourcer ou se taire
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