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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Le cabri du canyon, le sang de sa pepitoria fourrĂ© dans la yuca, et une sauce au cafĂ© et au tabac â Santander mis en assiette et primĂ© pour ça
152-162).
La fiche officielle en donne les trois composants : cĂŽtes de cabri au four, yuca farcie de pepitoria, et une sauce au CAFĂ et Ă la FEUILLE DE TABAC.
Ce n'est donc pas un plat ancestral mais une composition contemporaine bĂątie sur des ingrĂ©dients santandereanos â et c'est prĂ©cisĂ©ment ce que la catĂ©gorie innovation rĂ©compense.
Le deuxiĂšme point est patrimonial et il fonde la lĂ©gitimitĂ© du plat : le cabri du cañón du Chicamocha est cataloguĂ© comme patrimoine gĂ©nĂ©tique, gastronomique et culturel de Colombie, et le couple cabro-pepitoria est, selon la coutume santandereana, indissociable â les deux se mangent ensemble.
Ce que l'innovation fait ici, c'est enfermer la pepitoria DANS la yuca au lieu de la servir à cÎté.
Le troisiÚme point est le plus surprenant et il divise : la sauce au café et à la feuille de tabac.
Santander est une terre de tabac autant que de cabri, mais intĂ©grer la feuille de tabac Ă une sauce reste inhabituel â c'est un choix d'auteur, assumĂ©, et il faut le prĂ©senter comme tel plutĂŽt que comme un usage traditionnel.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Mélanger l'ail écrasé, les graines de coriandre concassées, l'oignon et le persil hachés, le vinaigre, le sel et le poivre. Enduire les carrés de cÎtes de cabri de cette marinade, en poussant les doigts entre les cÎtes, filmer et laisser une nuit au frais. C'est l'adobo santandereano du cabro, tel que le décrit Ordóñez pour le Cabro Barichara. La cible est une viande dont la surface a légÚrement blanchi sous l'action du vinaigre et qui sent franchement l'ail et la coriandre. Au matin, la marinade doit avoir formé une petite mare au fond du plat.
Le pourquoiLe vinaigre dĂ©nature les protĂ©ines de surface et attendrit lĂ©gĂšrement une viande nerveuse, tandis que le sel, sur douze heures, migre au cĆur du muscle et amĂ©liore la rĂ©tention d'eau Ă la cuisson.
Essuyer les carrés, les enduire de saindoux et les enfourner à 230 °C pendant vingt minutes, jusqu'à ce qu'une croûte dorée se forme. Baisser ensuite à 140 °C, couvrir lùchement d'aluminium et poursuivre une heure et demie. Arroser toutes les vingt minutes. La cible est une viande dont la chair se détache de l'os d'une pression de fourchette, encore juteuse, sous une croûte franchement colorée. Le cabri est trÚs maigre : la double température est ce qui permet d'avoir à la fois la croûte et la tendreté, qu'une cuisson unique ne donne jamais.
Le pourquoiLa phase à haute température déclenche la réaction de Maillard en surface ; la phase basse convertit lentement le collagÚne en gélatine sans que les fibres, pauvres en gras, ne se contractent brutalement.
Ăplucher la yuca, retirer le fil ligneux central, la couper en tronçons de huit centimĂštres et la cuire Ă l'eau salĂ©e vingt-cinq Ă trente minutes, jusqu'Ă ce qu'une lame la traverse sans rĂ©sistance. Ăgoutter, laisser tiĂ©dir, puis creuser chaque tronçon Ă la cuillĂšre parisienne ou au couteau, en laissant une paroi d'un centimĂštre. RĂ©server la chair prĂ©levĂ©e. La cible est un tronçon de yuca creux, intact, aux parois rĂ©guliĂšres. Trop cuite, elle s'effondre au creusage ; pas assez, elle se fend.
Le pourquoiL'amidon de la yuca gélatinise à la cuisson puis rétrograde en refroidissant : c'est cette rigidification progressive qui rend la paroi assez ferme pour tenir une farce.
MĂ©langer la pepitoria prĂ©parĂ©e (voir CO132) avec la chair de yuca prĂ©levĂ©e et un peu de beurre, pour obtenir une farce compacte. Garnir gĂ©nĂ©reusement chaque tronçon creusĂ©, en tassant. Poser les yucas farcies sur une plaque beurrĂ©e. La cible est un tronçon rempli Ă ras bord, dont la farce affleure sans dĂ©border. C'est l'idĂ©e centrale du plat primĂ© : enfermer la pepitoria â qui se sert traditionnellement Ă cĂŽtĂ© du cabro â DANS la yuca, en la transformant d'accompagnement en garniture.
Le pourquoiLa chair de yuca Ă©crasĂ©e mĂ©langĂ©e Ă la pepitoria sert de liant : elle empĂȘche la farce, trĂšs riche et friable, de se dĂ©sagrĂ©ger Ă la cuisson au four.
Enfourner les yucas farcies Ă 200 °C quinze Ă vingt minutes, jusqu'Ă ce que la farce soit chaude Ă cĆur et que le dessus dore. Arroser Ă mi-cuisson d'un peu de gras de rĂŽtissage du cabri. La cible est une yuca Ă la paroi lĂ©gĂšrement croustillante et Ă la farce brĂ»lante et brillante. Ne pas prolonger : la yuca sĂšche vite au four et devient farineuse, ce qui est exactement ce qu'on ne veut pas sous une viande maigre. Sortir dĂšs que le dessus est dorĂ©.
Le pourquoiLa chaleur sĂšche du four dĂ©shydrate la surface de la yuca et caramĂ©lise les sucres de la pepitoria, ce qui crĂ©e un contraste de texture avec le cĆur fondant.
DĂ©glacer la plaque de rĂŽtissage au fond de cabri, filtrer, et faire rĂ©duire de moitiĂ© avec le cafĂ©. Ajouter la panela. Hors du feu, plonger la feuille de tabac sĂ©chĂ©e dans le liquide chaud, laisser infuser TROIS Ă CINQ MINUTES seulement, puis la retirer et la jeter. Remettre Ă feu trĂšs doux et monter au beurre froid en fouettant. La cible est une sauce brun sombre, brillante, nappante, dont l'amertume du cafĂ© est arrondie par la panela et prolongĂ©e par une note fumĂ©e-vĂ©gĂ©tale du tabac. GoĂ»ter avant et aprĂšs le tabac : la diffĂ©rence doit ĂȘtre perceptible sans ĂȘtre dominante.
Le pourquoiLes alcaloĂŻdes et composĂ©s phĂ©noliques de la feuille de tabac sont extrĂȘmement solubles Ă chaud ; une infusion brĂšve prĂ©lĂšve les notes aromatiques avant que l'amertume et l'astringence ne dominent.
DĂ©tailler les carrĂ©s en cĂŽtes individuelles. Dresser deux Ă trois cĂŽtes par assiette, poser un tronçon de yuca farcie Ă cĂŽtĂ©, et napper d'un cordon de sauce cafĂ©-tabac sans noyer. Servir avec une arepa santandereana. C'est un plat de concours devenu plat de restaurant Ă San Gil et Barichara, et il se prĂ©sente comme tel : trois Ă©lĂ©ments distincts, lisibles, dont le lien est le cabri. Annoncer la prĂ©sence de tabac dans la sauce, et prĂ©voir une version sans pour qui la refuse â c'est une question de courtoisie autant que de prudence.
Le pourquoiUne sauce trĂšs aromatique servie en cordon plutĂŽt qu'en nappe laisse au convive le contrĂŽle du dosage â indispensable pour un ingrĂ©dient aussi clivant que le tabac.
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Sourcer ou se taire
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