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Atlas Culinaire · Suisse · Europe
La petite tartelette romande au fond sablĂ© garni de ganache au chocolat, coiffĂ©e d'un glaçage fondant vert lisse et d'une pastille de chocolat â une soucoupe volante de vitrine de boulangerie qui surprend tous les non-Romands
Il existe Ă GenĂšve une confiserie qui rĂ©sume Ă elle seule l'ambivalence de la Suisse romande : discrĂšte et singuliĂšre, provinciale et cosmopolite, sucrĂ©e et secrĂšte. Le carac est une tartelette de poche â un fond de pĂąte sablĂ©e, une ganache au chocolat, et sur le dessus un glaçage d'un vert pistache presque choquant, surmontĂ© d'une pastille de chocolat noir qui semble flotter. Rien dans cet objet ne suggĂšre l'austĂ©ritĂ© rĂ©formĂ©e de GenĂšve. Tout dans son allure Ă©voque plutĂŽt la Belle Ăpoque, une certaine idĂ©e du luxe discret rĂ©servĂ© aux villes [Patrimoine culinaire suisse, patrimoineculinaire.ch].
L'Ă©tymologie du mot reste mystĂ©rieuse â et c'est peut-ĂȘtre ce qui en fait le charme. La piste la plus sĂ©rieuse remonte Ă Joseph Favre, cuisinier genevois auteur du Dictionnaire universel de cuisine pratique (1894) : le mot « caraque » y dĂ©signe un cacao de qualitĂ© supĂ©rieure, issu des environs de Caracas, rĂ©putĂ© pour sa finesse aromatique. Le glissement phonĂ©tique de « caraque » à « carac » est plausible, et il serait logique qu'un chocolat d'exception ait donnĂ© son nom Ă la tartelette qui le met en scĂšne. Mais aucun document ne le prouve formellement [Joseph Favre, Dictionnaire universel de cuisine pratique, 1894].
L'histoire institutionnelle du carac commence dans les annĂ©es 1920, selon le tĂ©moignage d'un ancien pĂątissier citĂ© dans les archives du Patrimoine culinaire suisse : Ă cette Ă©poque, c'est un produit de luxe, connu uniquement dans les villes et dans les milieux aisĂ©s. Le cacao de qualitĂ©, le beurre, la crĂšme â rien de tout cela n'Ă©tait bon marchĂ©. La seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle voit le carac s'installer dĂ©finitivement dans les vitrines de toute la Romandie, devenir la madeleine des Romands selon l'expression consacrĂ©e, le gĂąteau de l'enfance que tout le monde retrouve un jour dans une boulangerie de village [Histoire et Historiettes, histoire-et-historiettes.ch].
Ce qui fait le carac, c'est la tension entre ses trois couches. Le fond sablĂ© â croustillant, lĂ©gĂšrement beurrĂ©, solide. La ganache â onctueuse, intense, chocolatĂ©e sans ĂȘtre lourde. Et ce glaçage vert qui n'a aucune justification gustative et toutes les justifications visuelles : il est lĂ pour qu'on le reconnaisse de loin, pour qu'il accroche l'Ćil dans la vitrine avant mĂȘme qu'on entre dans la boutique. Sa couleur est sa signature, pas son goĂ»t.
En 2025, l'AcadĂ©mie suisse du carac n'existait pas encore â mais le mot, lui, a fait son entrĂ©e dans l'Ă©dition 2026 du dictionnaire Le Robert, accompagnĂ© de la dĂ©finition officielle : « Tartelette garnie d'une ganache au chocolat et recouverte d'un glaçage de couleur verte surmontĂ© d'une pastille de chocolat ». Une consĂ©cration tardive pour une pĂątisserie qui, depuis un siĂšcle, se passait trĂšs bien des honneurs officiels [Le Matin, lematin.ch].
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Tamiser la farine avec le sucre glace, le sel et la poudre d'amandes. Sabler du bout des doigts avec le beurre froid en dés jusqu'à obtenir un sable grossier, puis lier avec l'oeuf sans trop travailler. Former une boule, filmer et réserver au frais.
Réserver la pùte sablée au réfrigérateur au moins 30 minutes pour qu'elle raffermisse et que le gluten se détende. Une pùte reposée s'abaisse mieux et garde sa forme dans les moules à tartelette.
Abaisser la pùte sur 3 mm, foncer 12 petits moules à tartelette beurrés, piquer les fonds à la fourchette. Cuire à blanc à 180°C pendant 18 à 20 minutes jusqu'à une coloration dorée. Laisser refroidir complÚtement avant de garnir.
Chauffer la crÚme jusqu'au frémissement, retirer du feu, verser sur le chocolat noir haché et laisser fondre une minute. Remuer au fouet du centre vers l'extérieur jusqu'à une ganache lisse et brillante, puis incorporer le beurre en parcelles et le kirsch.
Couler la ganache encore souple dans les fonds de tartelette refroidis, en laissant quelques millimÚtres sous le bord pour le glaçage. Lisser la surface à la spatule pour une assise plane qui recevra le fondant.
Réfrigérer les tartelettes garnies au moins 1 heure, jusqu'à ce que la ganache soit ferme et figée au toucher. Cette prise est indispensable avant le glaçage, faute de quoi le fondant glisserait.
Mélanger le sucre glace tamisé avec trÚs peu d'eau, ajoutée goutte à goutte, jusqu'à obtenir un fondant épais en ruban, ni trop liquide ni trop ferme. Incorporer quelques gouttes de colorant vert pour la couleur signature, sans détremper le fondant.
Napper chaque carac de fondant vert jusqu'au bord d'un seul geste, pour une surface lisse et brillante. Poser aussitÎt une pastille de chocolat noir au centre tant que le fondant est humide, puis réserver au frais jusqu'au service.
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