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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Le porc que la Malaisie a rendu plus gras, plus sucré et plus noir qu'à Hong Kong — un laquage au maltose poussé jusqu'à la limite du brûlé, sur une poitrine à cinq couches.
D'abord le sucre : Ming Pao Weekly (明周文化, Hong Kong, 18 octobre 2022) republie la formule de 陳夢因 dans « 食經 », un 豉味叉燒 de poitrine monté au haricot de soja noir fermenté — « 五花肉一斤、豆豉五錢 » — sans une once de maltose, preuve que le char siew d'origine était salé ; dans le même article, le chef vétéran 李文基, du 富嘉閣, attribue explicitement le virage sucré à un calcul commercial, « 從前燒臘店為招攬生意,於是想出以 『甜』為主導的『蜜汁叉燒』吸引小孩 », avec ajout de riz rouge fermenté (紅麯米) pour colorer.
Ensuite, la Malaisie a poussé ce virage plus loin que Hong Kong : Bee Yinn Low, native de Penang (Rasa Malaysia), fait entrer 100 g de sucre plus du maltose dans la marinade d'une seule livre de poitrine à 50 % de gras, et Linda Ooi, née à Kuala Lumpur (Malaysian Chinese Kitchen), décrit le char siew de son enfance à Petaling Jaya comme fait « with pork belly and the dark brown sticky glaze was quite sweet ».
La contre-position existe sur place et elle est nommée : dans Sin Chew Daily Perak du 20 juin 2020, le rôtisseur 郑汉宗, installé au 冬菇亭 de Ipoh Garden, revendique une « 大酒楼煮法 » qu'il définit lui-même comme « 不会过甜过焦,带一些咸 » — un refus assumé du standard local trop sucré et trop noirci, dans la ville même où ce standard règne.
Enfin le colorant : la notice Wikipédia anglophone constate que le rouge, obtenu à l'origine par le riz rouge fermenté et le nam yu, est « now commonly replaced by artificial red food coloring », tandis que Nyonya Cooking impose le cube de fu yu rouge précisément pour remplacer ce colorant de synthèse.
Le juge de paix est visuel et il est à la portée de n'importe quel client : un rouge vif qui s'arrête net à la surface de la tranche trahit le colorant, un brun-acajou qui pénètre de deux à trois millimètres dans la chair trahit le nam yu et la longue marinade.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Posez la poitrine côté couenne vers le bas et retirez la couenne au couteau bien aiguisé en laissant environ un demi-centimètre de gras blanc — cette couche est celle qui fondra et arrosera la chair de l'intérieur pendant le rôtissage. Détaillez ensuite la pièce dans le sens de la longueur en lanières de 5 à 6 cm de large sur 4 cm d'épaisseur, jamais plus fines, car une lanière trop mince se dessèche avant que le laquage ait pris. Vous devez voir sur la tranche les cinq strates alternées de gras et de maigre qui donnent au 五花肉 son nom — si votre morceau n'en montre que deux ou trois, il vient du bas de poitrine et donnera un char siew sec. Frottez chaque lanière avec la cuillerée de gros sel puis rincez-la à l'eau froide et épongez-la soigneusement au papier absorbant, jusqu'à ce que la surface n'accroche plus les doigts. Si votre boucher ne vend que de la poitrine avec os, faites-la désosser et gardez les os pour un bouillon — ne tentez pas de rôtir la lanière avec l'os, la cuisson deviendrait impossible à contrôler.
Le pourquoiUne épaisseur de 4 cm place le centre géométrique de la lanière à 2 cm de chaque face, distance que la chaleur d'un four à 200 °C franchit en environ trente minutes. C'est exactement le temps qu'il faut au collagène de la poitrine pour commencer à se gélatiniser sans que les fibres de myosine des faces exposées ne se rétractent jusqu'à l'assèchement.
Écrasez les 30 g de tofu fermenté rouge à la fourchette dans un grand saladier, avec une cuillerée de leur saumure rouge, jusqu'à obtenir une purée lisse sans le moindre grumeau — un fragment de cube non écrasé donnera une tache trop salée sur la viande finie. Incorporez la hoisin, le sucre, les deux sauces soja, l'ail haché, le cinq-épices, le poivre blanc et l'huile de sésame, puis versez le vin de riz en dernier et fouettez jusqu'à ce que le sucre soit entièrement dissous — l'odeur qui monte doit être franchement anisée, avec une pointe de fermenté salé derrière. La pâte doit avoir la consistance d'une crème épaisse qui nappe le dos d'une cuillère sans couler ; si elle est trop liquide, elle glissera de la viande pendant la nuit au lieu de l'imprégner. Goûtez-la du bout du doigt : elle doit être franchement trop salée et trop sucrée à elle seule, car elle va assaisonner un kilo de viande. Si elle vous paraît plate, c'est le nam yu qui manque — ajoutez un demi-cube plutôt que du sel.
Le pourquoiLe nam yu est un tofu fermenté par Monascus purpureus, la levure du riz rouge, dont la protéolyse libère des acides aminés libres — glutamate en tête — et des peptides qui portent l'umami. C'est cette charge d'acides aminés libres qui alimentera la réaction de Maillard en surface pendant le rôtissage, bien plus efficacement que du sucre seul.
Déposez les lanières dans le saladier et massez-les à pleines mains pendant deux bonnes minutes, en insistant sur les tranches où le maigre est à nu, car c'est par là que la marinade pénètre — la surface grasse, elle, ne prend presque rien. Transférez le tout dans un sac de congélation à fermeture zip, chassez l'air en plongeant le sac dans l'eau jusqu'au ras de la fermeture, et posez-le à plat au réfrigérateur, sur la clayette la plus froide. Retournez le sac deux ou trois fois en cours de nuit ; vous verrez la viande passer du rose au brun-rouge et perdre son aspect translucide. Au bout de douze heures, une entaille au couteau doit montrer une couleur qui a pénétré de deux à trois millimètres sous la surface — c'est le repère qui distingue une vraie marinade d'un simple badigeonnage. Si vous n'avez pas douze heures devant vous, quatre suffisent à la rigueur, comme le concède Linda Ooi, mais la couleur restera superficielle et vous perdrez l'argument même du char siew au nam yu.
Le pourquoiLa diffusion du sel dans le muscle suit une loi de Fick : elle est lente et proportionnelle à la racine carrée du temps. Douze heures permettent au chlorure de sodium de dénaturer partiellement les protéines myofibrillaires, ce qui augmente leur capacité de rétention d'eau — la viande sort donc plus juteuse, indépendamment de tout effet de goût.
Placez le pot de maltose dans un bol d'eau très chaude cinq minutes, le temps qu'il devienne prélevable — froid, il a la consistance d'un caramel dur et vous tordrez votre cuillère. Huilez légèrement la cuillère avant d'y plonger, geste recommandé par Tasting Table, sinon le maltose y restera collé en bloc. Faites-le fondre dans une petite casserole avec les 30 ml d'eau bouillante et les 4 cuillerées de marinade réservée, sur feu doux, en remuant jusqu'à obtenir un sirop brun brillant qui coule en ruban épais de la cuillère. Il ne doit surtout pas bouillir : au-delà de la simple dissolution, il se concentrerait et brûlerait au premier contact avec le four. Si le sirop fige en refroidissant pendant que la viande cuit, remettez-le dix secondes sur le feu au moment de badigeonner plutôt que de l'allonger d'eau.
Le pourquoiLe maltose ne contient que du glucose, sans fructose, et son pouvoir sucrant est de 30 à 60 % inférieur à celui du saccharose : il apporte donc de la matière collante et brillante sans ajouter de sucrosité. Sa viscosité, dix fois supérieure à celle d'un sirop ordinaire, lui permet de rester en film sur une surface verticale au lieu de couler dans le plat.
Préchauffez le four à 200 °C en chaleur tournante et posez sur la sole une plaque à rebord remplie d'un bon centimètre d'eau bouillante. Suspendez les lanières égouttées à des crochets en S accrochés à la grille du haut, espacées d'au moins trois centimètres pour que l'air circule entre elles — à défaut de crochets, posez-les sur une grille placée directement au-dessus de la plaque d'eau. Faites-les rôtir vingt-cinq minutes sans y toucher : la surface doit passer du brun-rouge humide à un brun mat, et les premières gouttes de gras doivent commencer à tomber dans l'eau en grésillant brièvement. L'odeur qui sort du four à ce stade est encore franchement anisée, pas encore caramélisée — le sucre n'a pas commencé son travail. Si vous voyez de la fumée bleue apparaître avant vingt minutes, c'est que l'eau de la plaque s'est évaporée : rajoutez-en une tasse immédiatement.
Le pourquoiL'eau sous la viande maintient l'atmosphère du four au-dessus de 60 % d'humidité relative pendant la première phase. Cela retarde la formation d'une croûte imperméable et laisse la chaleur pénétrer par conduction plutôt que de dessécher la surface, tout en empêchant le sucre tombé de dépasser son point de fumée sur une plaque brûlante.
Sortez la grille, retournez les lanières sur leurs crochets pour exposer la face opposée, et badigeonnez-les d'une première couche fine de sirop de maltose au pinceau, en insistant sur les arêtes et les extrémités, qui sont les zones qui noirciront et qui font tout le caractère du char siew. Remettez au four quinze minutes ; la couleur va virer du brun mat à l'acajou luisant, et l'odeur change de registre — l'anis passe derrière et le caramel prend le dessus. Vous devez entendre un léger grésillement continu, signe que le gras fond et que le sirop réduit à la surface. Contrôlez à cœur avec un thermomètre à sonde : visez 68 à 70 °C au centre de la lanière la plus épaisse, pas davantage, car le char siew se termine sous le gril. Si la surface fonce trop vite alors que le cœur est encore à 55 °C, baissez le four à 180 °C et couvrez lâchement d'une feuille d'aluminium le temps de rattraper.
Le pourquoiEntre 140 et 165 °C en surface, la réaction de Maillard entre les acides aminés libérés par le nam yu et les sucres réducteurs du maltose produit les mélanoïdines brunes et les pyrazines qui donnent l'odeur de rôti. C'est une réaction distincte de la caramélisation pure du sucre, qui, elle, démarre plus haut et sans azote.
Passez le four en position gril, remontez la grille à environ quinze centimètres de la résistance et badigeonnez généreusement les lanières d'une deuxième puis d'une troisième couche de sirop, à deux ou trois minutes d'intervalle, en retournant à chaque fois. C'est ici que le char siew devient malaisien : vous cherchez de vraies zones noircies sur les arêtes et les crêtes, pas une dorure uniforme, ce que Johor Kaki décrit comme un « reddish coat with a glazing sheen and a bit of charring at the edges ». Restez devant le four sans le quitter des yeux, la porte entrouverte si votre gril ne se coupe pas autrement, car le passage de l'acajou au noir amer se joue en moins d'une minute. Le laquage est réussi quand la surface est franchement collante et qu'un doigt propre y laisse une empreinte brillante. Si une zone vire au noir mat et sec, elle est perdue — coupez-la au moment de trancher plutôt que d'essayer de la sauver.
Le pourquoiSous le gril, le rayonnement infrarouge porte la surface bien au-delà de 170 °C, seuil de caramélisation du glucose du maltose. Le sucre se déshydrate puis polymérise en composés colorés et amers, et c'est cette amertume contrôlée sur les seules arêtes qui équilibre le sucre massif de la marinade.
Sortez les lanières et laissez-les reposer dix minutes sur une grille, jamais sur une assiette, afin que l'air circule sous la pièce et que le laquage ne se ramollisse pas dans son propre jus. Tranchez ensuite perpendiculairement à la fibre, en biais et sur environ un demi-centimètre d'épaisseur : la tranche doit montrer un liseré brun-rouge de deux à trois millimètres à la périphérie et un cœur rosé, tandis qu'une chair uniformément grise signale une surcuisson. Disposez les tranches en éventail sur du riz blanc chaud, ajoutez quelques rondelles de concombre cru pour la fraîcheur et les cives, puis nappez d'une cuillerée de sirop restant réchauffé — c'est la présentation du char siew fan que Wikipédia décrit comme le service standard en Malaisie et à Singapour, avec concombre et sauce sucrée. Gardez au moins un tiers de la production pour le lendemain : le char siew se coupe encore mieux froid, et c'est sous cette forme qu'il rejoint le wonton mee, le kolo mee de Kuching ou le riz en claypot. Si le laquage a durci au réfrigérateur, dix secondes de vapeur au-dessus d'une casserole le rendent de nouveau souple, sans cuire davantage la viande.
Le pourquoiPendant le repos, la pression interne créée par la contraction des fibres retombe et les jus, chassés vers le centre par le gradient thermique, se redistribuent dans toute l'épaisseur. La température à cœur monte encore de deux à trois degrés par inertie, ce qui achève la cuisson sans dessèchement.
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Sourcer ou se taire
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