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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Une feuille de riz assez fine pour laisser passer le jour, roulée encore chaude et noyée sous trois sauces qui changent d'identité à chaque ville de Malaisie.
Le chroniqueur Dato' Lee Weng Kong (拿督李永光) tranche la question dans son article du 24 avril 2020 sur le magazine malaisien Firewatch (firewatch.my) — « 槟城猪肠粉,是唯一的猪肠粉,全采用酱料来配搭的 », le chee cheong fun de Penang est le seul à se manger entièrement à la sauce, tandis que le centre et le sud de la péninsule l'accompagnent de garnitures solides (tofu farci, boulettes de poisson, couenne de porc frite).
Joyce Koh, dans le guide publié par Time Out Kuala Lumpur le 9 décembre 2016, cartographie précisément les styles et attribue à Ipoh le « mushroom gravy » aux champignons shiitake, poulet effiloché et piments verts marinés, à Penang le « har gou » brun foncé de pâte de crevettes, à Kampar le « tim zheong » rouge, et à Teluk Intan un rouleau farci de navet confit et de crevettes séchées — cinq plats différents sous un seul nom.
Le relevé de terrain confirme ce partage : l'article de Perak GoGoGo du 16 août 2025 consacré à l'échoppe Kiong Nam (琼南猪肠粉), tenue depuis 33 ans par Yu Shi Li (尤世利) dans le kopitiam Kiong Nam d'Ipoh, énumère les sauces maison « 甜酱、辣酱、咖哩猪皮、咖哩鸡与冬菇汁 » — sauce sucrée, piment, curry de couenne, curry de poulet et jus de champignons noirs — et aucune trace de hae ko ; de même, le relevé de Tony (Johor Kaki) du 30 novembre 2018 sur l'institution Pasir Pinji (兵如港豬腸粉), tenue par la famille Yu depuis près de soixante-dix ans, liste sauce sucrée, sauce piquante, sauce soja, huile d'échalote, piment vert mariné, échalotes frites et sésame, en notant l'absence remarquable de curry.
La seconde méprise est étymologique : « chee cheong » (猪肠) signifie littéralement « intestin de porc » et ne décrit que la forme annelée du rouleau tranché, jamais un ingrédient — il n'y a pas un gramme de porc dans la pâte, et la version d'Ipoh peut se servir strictement végétale.
Enfin, aucune fiche consacrée à ce plat n'a pu être retrouvée sur le portail patrimonial officiel Pemetaan Budaya de la JKKN au 4 août 2026, ni par recherche site-restreinte ni par énumération de la catégorie Makanan Tradisional — sans que cette absence soit démontrable, le moteur du portail renvoyant zéro résultat pour des fiches qui existent, tel le pasembor de la fiche 1370.
En l'état, le chee cheong fun est un patrimoine de kopitiam documenté par la presse chinoise de Malaisie, et non par le registre de l'État.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Tamisez ensemble la farine de riz, la fécule de tapioca, l'amidon de blé et la fécule de maïs dans un grand saladier, ajoutez le sel, puis versez l'eau froide en trois fois en fouettant sans relâche jusqu'à obtenir un liquide parfaitement lisse, de la consistance d'une crème anglaise très fluide. Chaque amidon joue un rôle distinct et c'est leur proportion, pas leur nature, qui fait la texture : la farine de riz porte le goût, le tapioca donne l'élasticité qui permettra de rouler, l'amidon de blé apporte la translucidité satinée, la fécule de maïs empêche la feuille de sécher trop vite. Passez la pâte au chinois fin pour éliminer les grumeaux, car un grumeau donnera un point épais qui ne cuira pas et fera se déchirer la feuille au raclage. Incorporez enfin quinze millilitres d'huile d'arachide, qui lubrifie le gel et facilite le décollement. Si la pâte reste granuleuse malgré le tamisage, mixez-la trente secondes au mixeur plongeant, puis laissez retomber la mousse avant de continuer.
Le pourquoiChaque amidon a une température de gélatinisation différente — environ 70 °C pour le tapioca, 75 °C pour l'amidon de blé, 80 °C pour l'amidon de riz. Le mélange gélifie donc en cascade et non d'un bloc, ce qui produit un gel composite souple au lieu d'un gel rigide et cassant.
Couvrez le saladier d'un linge et laissez la pâte reposer trente minutes à température ambiante, sans la toucher. Ce repos n'est pas un caprice : les granules d'amidon, encore secs au cœur, s'hydratent lentement et de façon homogène, ce qui abaisse le seuil de gélatinisation et donne une feuille lisse au lieu d'une feuille marbrée de zones opaques. Vous verrez inévitablement les amidons sédimenter et former un dépôt blanc et compact au fond du saladier tandis qu'une eau grise surnage : c'est normal, et c'est précisément pourquoi il faudra refouetter énergiquement avant chaque louche. Au bout de trente minutes, remuez à la main jusqu'à ce que le dépôt soit entièrement remis en suspension et que la densité redevienne uniforme. Si vous avez laissé reposer plus de deux heures, le dépôt se compacte et il faut le décoller à la spatule avant de fouetter, sans quoi vous verserez de l'eau claire.
Le pourquoiL'hydratation des granules d'amidon est diffusionnelle et lente à froid ; un repos permet à l'eau d'atteindre le cœur des grains, ce qui rend le gonflement synchrone au chauffage et évite les hétérogénéités de texture.
Émincez les échalotes en lamelles très régulières d'un millimètre, rincez les crevettes séchées à l'eau tiède puis hachez-les grossièrement et épongez-les bien. Faites chauffer l'huile d'arachide dans un wok à feu moyen, à 140 °C seulement, et jetez-y les échalotes : elles doivent frémir doucement en un chapelet de bulles fines, pas grésiller violemment. Remuez sans arrêt pendant huit à dix minutes, jusqu'à ce qu'elles prennent une couleur blond noisette, puis retirez-les à l'écumoire alors qu'elles sont encore un ton plus claires que la couleur voulue, car elles continuent de brunir hors du bain. Faites frire les crevettes séchées deux minutes dans la même huile jusqu'à ce qu'elles embaument, puis réservez l'huile parfumée : cette huile d'échalote est un condiment à part entière et se verse sur le rouleau au dressage. Si les échalotes ont légèrement noirci, plongez immédiatement la casserole dans un bain d'eau froide pour stopper la cuisson et triez les lamelles les plus sombres.
Le pourquoiÀ feu doux et prolongé, l'eau des échalotes s'évapore avant que les sucres ne brunissent, ce qui laisse le temps aux réactions de Maillard entre acides aminés et sucres réducteurs de développer les composés soufrés torréfiés — le parfum même de la cuisine de rue d'Ipoh.
Dans une petite casserole, faites fondre le sucre de palme râpé avec l'eau à feu doux, puis ajoutez la sauce hoisin et la sauce soja claire et fouettez jusqu'à obtenir une sauce brun-rouge homogène. Portez à léger frémissement une minute, puis liez avec la fécule de maïs délayée dans une cuillère d'eau froide et laissez épaissir trente secondes. La sauce doit napper franchement, à peu près comme un caramel tiède, car elle est destinée à être versée sur un rouleau glissant : trop liquide, elle coulera au fond du bol sans jamais adhérer. Goûtez et corrigez : elle doit être nettement sucrée mais fermée par le salé du soja, jamais écœurante. Si elle a trop épaissi en refroidissant, rallongez-la d'une cuillère d'eau chaude et refouettez, jamais d'eau froide qui ferait grumeler la fécule.
Le pourquoiL'empesage de la fécule au-delà de 85 °C fait gonfler et éclater les granules qui libèrent leur amylose : la viscosité obtenue permet à la sauce de rester en film sur la surface huilée du rouleau au lieu de glisser.
Faites tremper les shiitake séchés vingt minutes dans l'eau tiède, puis pressez-les au-dessus du bol pour récupérer tout le liquide et filtrez cette eau de trempage à travers un linge fin afin d'éliminer le sable. Ôtez les pieds durs, taillez les chapeaux en fines lanières et faites-les revenir deux minutes dans une cuillère d'huile d'échalote jusqu'à ce qu'ils sentent le sous-bois grillé. Versez l'eau de trempage filtrée, la sauce d'huître, la sauce soja et le sucre, puis laissez réduire dix minutes à petit frémissement avant de lier avec la fécule délayée. C'est cette sauce, et non une sauce de crevettes, qui identifie un chee cheong fun d'Ipoh dans la typologie établie par Time Out Kuala Lumpur, et l'échoppe Kiong Nam la sert depuis trente-trois ans sous le nom de 冬菇汁. Si le jus vous paraît plat, une pointe de poivre blanc concassé et cinq gouttes d'huile de sésame le relèvent sans le dénaturer.
Le pourquoiLe guanosine monophosphate libéré par le shiitake séché et le glutamate de la sauce d'huître se potentialisent : la perception d'umami du mélange est plusieurs fois supérieure à la somme des deux pris séparément.
Égouttez les piments séchés réhydratés, épépinez-les à moitié selon la force voulue, et broyez-les au mortier ou au petit mixeur avec l'ail et la moitié des crevettes séchées frites jusqu'à obtenir une pâte encore un peu granuleuse. Faites-la revenir six à huit minutes dans trois cuillerées d'huile d'échalote, à feu moyen, en remuant constamment. Le sambal est cuit quand l'huile se sépare et remonte en flaque rouge vif sur les bords de la pâte — c'est le repère universel de la cuisine malaisienne, le fameux « pecah minyak ». Salez très légèrement, car les crevettes séchées apportent déjà du sel, et laissez tiédir avant de servir. Si le sambal accroche au fond avant que l'huile ne se sépare, ajoutez une cuillerée d'huile et baissez le feu, plutôt que d'ajouter de l'eau qui repartirait le cycle à zéro.
Le pourquoiLa capsaïcine est liposoluble : elle ne se diffuse et ne se perçoit pleinement qu'une fois extraite dans le corps gras, ce qui explique qu'un sambal cru pique de façon plate et agressive alors qu'un sambal cuit à l'huile pique en rondeur et en longueur.
Portez une grande marmite à ébullition franche et tendez un carré de coton fin ou de mousseline bien tendu sur le panier vapeur, ou à défaut posez-y un moule métallique rectangulaire à bords bas huilé au pinceau. Refouettez la pâte, versez-en une louche fine en inclinant le support pour l'étaler en une couche de deux millimètres à peine, couvrez et laissez cuire deux minutes à la vapeur la plus vive possible. Le repère est connu de tous les artisans de Penang cité par le quotidien Kwong Wah Yit Poh : la surface doit se boursoufler de grosses cloques — 粉皮表面得发泡 — faute de quoi la feuille reste collée à la toile et se déchire au décollement. Décollez la feuille en la tirant lentement par un coin, à plat, sur un plan de travail légèrement huilé, jamais en la soulevant par le milieu. Si une feuille se déchire, ne la jetez pas : roulez-la quand même, les morceaux se soudent entre eux à la coupe.
Le pourquoiÀ 100 °C et en atmosphère saturée, les granules d'amidon absorbent l'eau et éclatent — c'est la gélatinisation — transformant la suspension laiteuse en un gel translucide cohésif. Les cloques signalent que la vapeur a traversé toute l'épaisseur et que la gélatinisation est complète jusqu'au cœur.
Dès que la feuille est décollée et encore brûlante, roulez-la sur elle-même en un boudin serré mais sans écraser, en vous aidant d'une corne ou du dos d'une spatule huilée, puis laissez-la reposer soudure en dessous. La fenêtre est étroite : au-delà de deux ou trois minutes, l'amidon rétrograde, la feuille se raidit et se fend en accordéon au lieu de s'enrouler. Tronçonnez ensuite les rouleaux en segments de trois centimètres avec un couteau huilé ou, comme le font les artisans, avec une simple lame de bois : la section montre alors des cercles concentriques irréguliers, et c'est exactement cette image d'intestin de porc en coupe qui a donné son nom au plat — 猪肠 signifie intestin de porc, sans qu'il y ait le moindre porc dans la recette. Empilez les tronçons dans un bol tiède, sans les tasser. Si les rouleaux collent entre eux, badigeonnez-les d'un rien d'huile d'échalote au pinceau plutôt que de les décoller de force.
Le pourquoiLa rétrogradation de l'amylose commence dès que le gel descend sous 60 °C : les chaînes linéaires se réassocient en zones cristallines qui rigidifient la feuille et la rendent cassante. Rouler à chaud fige la forme avant que ce réseau ne se soit installé.
Disposez les tronçons dans une assiette creuse tiède, versez d'abord une cuillerée généreuse de jus de champignons noirs, puis un trait de sauce sucrée rouge en zigzag, puis une pointe de sambal sur le côté afin que chacun dose lui-même son piquant. Arrosez d'une cuillerée d'huile d'échalote, éparpillez les échalotes frites, les crevettes séchées frites restantes et les graines de sésame grillées, et posez les piments verts marinés en bordure. Servez immédiatement, à température tiède : c'est un plat qui ne se réchauffe pas et qui perd la moitié de sa texture en dix minutes. À Ipoh comme à Kuala Lumpur, l'assiette s'accompagne presque toujours de yong tau foo frit — voir la fiche MY054 — piqué dans le même bouillon et trempé dans les mêmes sauces. Si l'assiette a attendu et que les rouleaux se sont raidis, dix secondes de vapeur douce les remettent en état, jamais le micro-ondes.
Le pourquoiLe contraste de textures est le cœur du plat : le gel d'amidon glissant et neutre sert de support à des éléments croustillants et déshydratés, et le sucre, l'acide du vinaigre et le piquant se répartissent en couches successives plutôt que mélangés.
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Sourcer ou se taire
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