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Atlas Culinaire · Canada · Québec
Tartinade de porc hachĂ© confit dans son propre gras, parfumĂ©e au clou de girofle et Ă la cannelle â l'incontournable du dĂ©jeuner quĂ©bĂ©cois, servie froide sur des rĂŽties.
Les cretons naissent de la nĂ©cessitĂ© paysanne : Ă l'automne, quand on abattait le cochon, il fallait tirer parti de chaque parcelle et surtout conserver la viande pour l'hiver. Le porc hachĂ©, longuement mijotĂ© dans son propre gras avec de l'oignon et des Ă©pices douces, se figeait en une tartinade que le froid de la cave â puis du garde-manger â prĂ©servait des semaines durant. C'est cette logique de confisage et de conservation qui a façonnĂ© le plat, transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration dans les familles canadiennes-françaises, chacune gardant sa proportion de gras, son dosage d'Ă©pices, son secret de texture.
Débat porc pur contre porc-veau/volaille (cette derniÚre devrait se nommer cretonnade), question du liant (chapelure/avoine contre gras seul), et confusion fréquente avec les rillettes françaises dont les cretons se distinguent par un grain plus fin et des épices douces-sucrées.
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Dans une grande casserole Ă fond Ă©pais (idĂ©alement en fonte), faire fondre le saindoux Ă feu doux-moyen. Ajouter l'oignon finement hachĂ© et cuire 8-10 minutes en remuant jusqu'Ă ce qu'il soit translucide et fondant â jamais dorĂ© ni colorĂ©. Si l'on utilise de l'ail, l'ajouter les 2 derniĂšres minutes. L'oignon doit disparaĂźtre complĂštement dans les cretons en cours de cuisson et ne plus ĂȘtre perceptible Ă la dĂ©gustation.
Le pourquoiLe saindoux fondu d'abord crée le bain gras dans lequel la viande va confire plutÎt que frire ; l'oignon sué à feu doux libÚre ses sucres et sa pectine, qui se fondront dans la masse sans jamais apporter l'amertume d'une coloration.
Ajouter le porc hachĂ© dans la casserole avec le gras et les oignons. Augmenter lĂ©gĂšrement le feu et travailler la viande Ă la cuillĂšre de bois pour la dĂ©faire en petits grains le plus finement possible â aucun grumeau ne doit subsister. Cette Ă©tape prend 5-8 minutes de travail actif. La viande doit ĂȘtre complĂštement Ă©miettĂ©e avant d'ajouter les liquides, sinon les grumeaux resteront tels quels pendant toute la cuisson.
Le pourquoiDĂ©faire la viande en grains les plus fins possible AVANT qu'elle ne prenne la chaleur est dĂ©cisif : une fois le collagĂšne saisi, les amas se soudent et ne se dĂ©feront plus â c'est maintenant que se joue la texture sableuse recherchĂ©e.
Verser le lait chaud sur la viande. Ajouter cannelle, clou de girofle moulu, poivre et sel. Bien mĂ©langer. La prĂ©paration doit ĂȘtre assez liquide Ă ce stade â c'est normal, tout le liquide va s'Ă©vaporer durant les 2 heures de cuisson. Porter Ă trĂšs lĂ©gĂšre Ă©bullition, puis RĂDUIRE le feu au minimum absolu. Les cretons doivent mijoter Ă peine, avec seulement de lĂ©gers frĂ©missements â jamais bouillir agressivement.
Le pourquoiLe lait apporte l'eau qui dissout les Ă©pices et les diffuse dans toute la viande tout en l'empĂȘchant de frire ; son Ă©vaporation lente concentrera les saveurs. Le clou de girofle est la note-signature, la cannelle sa doublure douce.
Laisser mijoter à découvert ou semi-couvert pendant 2 heures complÚtes. Remuer toutes les 10-15 minutes pour éviter que le fond n'attache. Au fil des 2 heures, le liquide va progressivement s'évaporer, la viande va confire dans son propre gras, et la texture deviendra de plus en plus sÚche et granuleuse. La couleur passe du rose-gris au beige-crÚme, légÚrement doré.
Le pourquoiLe confisage lent dans le gras attendrit la viande et l'imprÚgne d'épices, pendant que l'eau du lait s'évapore peu à peu : c'est cette longue réduction qui donne aux cretons leur grain sec et leur onctuosité froide.
Quand les cretons ont la texture sÚche-granuleuse souhaitée et qu'il ne reste plus de liquide visible, goûter et ajuster sel, poivre et épices. Si la texture est jugée trop 'coulante' (trop de gras libre), incorporer la chapelure fine et mélanger 2 minutes supplémentaires sur feu doux jusqu'à absorption. La chapelure absorbe le gras et raffermit la texture pour la version rurale. Pour la version 'pure' sans chapelure, passer directement au moulage.
Le pourquoiLe gras figé anesthésie le palais : un assaisonnement parfait à chaud paraßtra fade une fois froid. Il faut donc goûter chaud en visant un cran au-dessus. La chapelure, elle, absorbe le gras libre et raffermit la version rurale.
Verser les cretons chauds dans de petits ramequins en terre cuite, bocaux en verre ou bols, en pressant lĂ©gĂšrement pour Ă©liminer les bulles d'air. Lisser la surface. Laisser refroidir 30 minutes Ă tempĂ©rature ambiante, puis couvrir d'une fine couche de saindoux fondu (facultatif â conserve plus longtemps) ou d'un film alimentaire. RĂ©frigĂ©rer au moins 4 heures avant de servir â les cretons doivent ĂȘtre complĂštement figĂ©s et froids.
Le pourquoiPresser la préparation chasse les poches d'air qui, sinon, oxyderaient et ranciraient le gras ; une fine couche de saindoux fondu coulée dessus forme un joint hermétique qui prolonge nettement la conservation.
Sortir les cretons du rĂ©frigĂ©rateur 5 minutes avant de servir. Tartiner gĂ©nĂ©reusement sur des rĂŽties beurrĂ©es (pain blanc de mie tranchĂ© ou pain de campagne) â les cretons doivent ĂȘtre froids et fermes, jamais chauds. Le dĂ©jeuner quĂ©bĂ©cois classique : jus d'orange, cafĂ©, rĂŽties aux cretons, Ćufs au bacon. En version traditionelle rurale, accompagner de moutarde forte et de cornichons pour couper la richesse du gras de porc.
Le pourquoiLe froid raffermit le gras et fixe la tartinabilitĂ© : c'est l'Ă©tat oĂč les cretons donnent le meilleur. TiĂšdes, ils coulent et le gras devient lourd et Ă©cĆurant en bouche.
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Variante par la viande : lorsque la prĂ©paration est faite de veau ou de volaille plutĂŽt que de porc, elle prend en toute rigueur le nom de cretonnade â distinction rĂ©elle mais souvent nĂ©gligĂ©e, mĂȘme en français.
Pas encore dans l'AtlasVariante diasporique : chez les Franco-Américains de Nouvelle-Angleterre, les cretons survivent sous les noms de gorton ou corton.
Pas encore dans l'AtlasCousine française directe : mĂȘme principe de porc gras longuement mijotĂ© et figĂ© en tartinade. Les cretons s'en distinguent par un grain plus fin (viande hachĂ©e, non effilochĂ©e Ă la fourchette) et des Ă©pices douces (clou, cannelle) absentes des rillettes, ce qui leur a valu le surnom de « rillettes des pauvres ».
Pas encore dans l'AtlasCousine de terroir : autre pilier de la charcuterie quĂ©bĂ©coise du cochon, nĂ©e de la mĂȘme culture rurale du porc Ă©picĂ© (clou, cannelle) et de la table des fĂȘtes canadienne-française.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
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