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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Noires de mélasse de panela, parfumées au girofle et au zeste : au Cauca, on les appelle aussi « liberales », et ce n'est pas un hasard
Dans le Cauca, les cucas se dĂ©doublent : l'inventaire du Ministerio de Cultura recense d'un cĂŽtĂ© des « cucas » Ă©laborĂ©es « Ă partir d'un melado Ă©pais de panela, de farine de blĂ©, d'Ćufs, de beurre, de clous de girofle et de cannelle » (SĂĄnchez & SĂĄnchez, « Paseo de Olla », MinCultura, 2012, p.
413 ; Ordóñez, « Gran Libro de la Cocina Colombiana », MinCultura, 2012, p.
147), et de l'autre, pour PopayĂĄn, des « cucas (peras) », galettes de farine de blĂ©, lait, Ćufs, beurre et essence d'ananas, avec une porteuse nommĂ©e, Esperanza Ortega (GobernaciĂłn du Cauca, rapport 2006).
Les premiĂšres sont noires, les secondes claires et rouges â et cette couleur rouge leur a valu le surnom de « liberales », en rĂ©fĂ©rence Ă la couleur du Parti libĂ©ral colombien.
Le point est tranché : à Popayån, demander des cucas ne dit pas de quel biscuit on parle.
DeuxiĂšme point, rĂ©gional : la version du ChocĂł, Ă©galement inventoriĂ©e, se fait sans Ćufs ni beurre, avec de la levure chimique, du bicarbonate et des zestes rĂąpĂ©s de citron ET d'orange (Paseo de Olla, p.
414).
Elle est plus sĂšche, plus parfumĂ©e et se garde bien plus longtemps â c'est un biscuit de conservation, lĂ oĂč la caucana est un biscuit de goĂ»ter.
TroisiĂšme point, philologique : le mot « cuca » vient de l'anglais « cookie », et le foyer d'origine est situĂ© dans le Valle del Cauca â ce qui rappelle que les galettes noires colombiennes sont un produit de commerce et d'Ă©change, pas une survivance prĂ©colombienne.
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Mettre la panela rùpée, l'eau, les clous de girofle et la cannelle dans une casserole et chauffer à feu moyen en remuant jusqu'à dissolution complÚte, puis laisser réduire dix minutes. La cible est un sirop épais, presque noir, qui nappe la cuillÚre et file entre les doigts. Retirer les épices entiÚres. Trop liquide, il donnera une pùte impossible à travailler ; trop réduit, il durcira en refroidissant et il faudra le rallonger d'une cuillerée d'eau chaude.
Le pourquoiLa concentration en sucre du melado détermine directement l'hydratation de la farine : trop d'eau donne une pùte collante, trop peu une pùte sableuse.
Verser le melado dans un grand saladier et le laisser refroidir jusqu'Ă tempĂ©rature ambiante. C'est un temps mort, et c'est un temps obligatoire. La cible est un sirop tiĂšde au plus, qui ne fume plus et qu'on peut toucher du doigt. VersĂ© brĂ»lant sur la farine, il gĂ©latinise partiellement l'amidon et la pĂąte devient Ă©lastique et translucide â les cucas cuisent alors dures et vitreuses au lieu d'ĂȘtre sablĂ©es.
Le pourquoiAu-dessus de 60 °C, les granules d'amidon de la farine gélatinisent au contact du sirop et forment une structure élastique incompatible avec la texture sablée recherchée.
Incorporer au melado froid le beurre ramolli, les Ćufs battus, le sel et les zestes si l'on fait la version chocoana. Ajouter ensuite la farine mĂ©langĂ©e Ă la levure et au bicarbonate, en trois fois, en travaillant Ă la spatule puis Ă la main. La cible est une pĂąte souple, brun trĂšs foncĂ©, qui se tient sans coller aux doigts. Elle raffermit en reposant : ne pas ajouter de farine sous prĂ©texte qu'elle colle encore au bout de deux minutes.
Le pourquoiLe bicarbonate rĂ©agit avec l'aciditĂ© rĂ©siduelle de la panela en libĂ©rant du COâ et en fonçant la pĂąte par rĂ©action alcaline sur les sucres.
Envelopper la pĂąte et la laisser reposer une heure au rĂ©frigĂ©rateur. La cible est une pĂąte ferme, facile Ă Ă©taler, qui ne colle plus. Ce repos est ce qui rend le travail possible : le beurre raffermit, la farine finit de s'hydrater et la pĂąte cesse de fuir sous le rouleau. Une pĂąte non reposĂ©e s'Ă©tale mal et il faut la fariner sans arrĂȘt, ce qui la ruine.
Le pourquoiLe refroidissement recristallise les matiĂšres grasses et achĂšve l'hydratation de la farine, ce qui donne une pĂąte plastique et non collante.
Ătaler la pĂąte entre deux feuilles de papier cuisson sur une Ă©paisseur de cinq millimĂštres, puis dĂ©couper des disques Ă l'emporte-piĂšce ou au verre. Les ranger espacĂ©s sur une plaque. La cible est un disque rĂ©gulier, de cinq millimĂštres, aux bords nets. Les cucas gonflent peu mais s'Ă©talent un peu : trop fines, elles brĂ»lent ; trop Ă©paisses, elles restent molles au centre.
Le pourquoiL'épaisseur détermine le gradient thermique : au-delà de sept millimÚtres le centre reste en dessous du seuil de déshydratation avant que la surface ne brûle.
Enfourner Ă 180 °C pour douze Ă quinze minutes. Les cucas gonflent lĂ©gĂšrement, se fissurent en surface et se raffermissent sur les bords. La cible est un biscuit encore souple au centre quand on le sort â il durcit en refroidissant. Attendre qu'il soit dur dans le four est l'erreur classique : la cuca sera cassante comme du verre une fois froide.
Le pourquoiLes sucres du melado continuent de cristalliser en refroidissant, ce qui durcit le biscuit bien aprĂšs la sortie du four.
Laisser refroidir complĂštement sur grille et servir avec un cafĂ© con leche â l'accord constant, du Cauca au ChocĂł. La cible est une galette noire, dense, parfumĂ©e au girofle et Ă la cannelle, qui se trempe sans se dĂ©liter. Les cucas se conservent trois semaines dans une boĂźte hermĂ©tique, et la version chocoana, sans Ćufs ni beurre, tient nettement plus longtemps : c'est un biscuit de conservation autant que de goĂ»ter.
Le pourquoiLes sucres invertis de la panela sont hygroscopiques : ils captent et cÚdent l'humidité ambiante, ce qui rend la texture de la cuca réversible.
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Sourcer ou se taire
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