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Atlas Culinaire · Maroc · Afrique
La dafina (دافينة), aussi appelée skhina (سخينة), est le plat du Shabbat de la communauté juive marocaine : préparée le vendredi après-midi, confiée au four communal du boulanger (ferrane) pour la nuit, et dégustée le samedi à midi, ses ingrédients caramélisent lentement en 15 à 18 heures sans qu'une seule allumette ne soit allumée le jour saint.
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Préparation (vendredi matin) — Faire tremper les pois chiches la veille — La veille au soir ou le vendredi matin tôt, recouvrir les pois chiches secs de trois fois leur volume d'eau froide. Laisser tremper 12 heures minimum. Les pois chiches gonflent et doublent de volume — c'est l'indicateur que l'amidon est correctement hydraté pour une cuisson longue. Ne pas utiliser de pois chiches en boîte : la longue cuisson de 15h crée une caramélisation inimitable des légumineuses sèches que les conserves ne peuvent reproduire. Les pois chiches trempés se rincent et égouttent avant la mise en cocotte.
Préparation (vendredi après-midi) — Disposer les couches dans la cocotte — Choisir une grande cocotte en fonte ou en terre cuite (idéalement) — la fonte diffuse la chaleur de manière homogène pendant les 15 heures de cuisson. Verser un fond d'huile d'olive ou un peu de smen fondu. ORDRE DES COUCHES traditionnel de Fès : (1) Pois chiches égouttés au fond — ils absorbent les jus de viande qui coulent. (2) Gros morceaux de viande bœuf et éventuellement le pied de bœuf. (3) Pommes de terre entières et patate douce. (4) Sac de riz ou d'orge en tulle. (5) Oignons en rondelles épaisses. (6) Ail en gousses. (7) Épices (curcuma, cumin, cannelle, gingembre, poivre, sel) saupoudrées sur l'ensemble. (8) Œufs entiers en coquille nichés entre les légumes. (9) Smen ou beurre en petits morceaux. (10) Eau chaude pour couvrir l'ensemble d'un doigt. Sceller hermétiquement avec le couvercle.
Cuisson longue — Mise au four à très basse température — 80 à 90 °C toute la nuit — Préchauffer le four à 90 °C (ou thermostat le plus bas possible — beaucoup de fours modernes s'arrêtent à 80 °C, ce qui est parfait). Placer la cocotte close dans le four. Pour les familles observantes : déposer la cocotte avant le coucher du soleil du vendredi (knisat Shabbat) — le four allumé AVANT le Shabbat peut rester en marche pendant le Shabbat sans contrevenir à la loi juive (l'interdiction porte sur allumer le feu, pas le maintenir). Cuire 15 à 18 heures sans ouvrir. À la sortie, les ingrédients sont caramélisés, le bouillon est gélatineux, la viande se défait à la fourchette. Les œufs en coquille ont développé un blanc brun caramel (hamine eggs) unique.
Préparation (vendredi après-midi) — Assaisonner et vérifier avant scellement — Avant de sceller la cocotte, goûter le bouillon en glissant une cuillère et en trempant dans le liquide — il doit être bien parfumé au curcuma, légèrement piquant au poivre, avec une note chaude de gingembre. Rectifier sel et épices car la longue cuisson concentre tout : un bouillon légèrement sous-salé à ce stade sera parfait après 15h ; un bouillon trop salé sera immangeable. Vérifier que les œufs en coquille ne sont pas fissurés — un œuf fissuré cuit en 15h se vide dans le bouillon et laisse une coquille vide. Vérifier que le sac de riz ou d'orge en tulle est bien noué. Ajouter un filet d'huile d'olive sur le dessus pour imperméabiliser légèrement les ingrédients de surface.
Service — Démoulage et service des couches séparées — Ouvrir la cocotte à table le samedi midi — l'ouverture rituelle dégage un nuage de vapeur dorée et parfumée qui est en soi un moment festif. Sortir délicatement les œufs en coquille (les disposer dans un bol séparé), le sac de riz ou d'orge (le dénouer et le mettre dans un bol), les pommes de terre. Disposer la viande dans le plat de service. Chaque convive se sert selon ses préférences : viande et bouillon dans l'assiette creuse, pomme de terre, riz, un œuf dont on retire la coquille à table. L'œuf hamine se mange entier ou écrasé dans le bouillon. Tout est servi chaud dans la tradition marocaine — les plats restent sur la table et chacun se resert.
Service — Rectifier l'assaisonnement final et servir le bouillon — Verser le bouillon gélatineux de la cocotte dans un bol de service séparé — il est l'essence même de la dafina, concentré de 15 heures de cuisson lente, d'une couleur ambré-dorée profonde grâce au curcuma et aux oignons caramélisés. Ce bouillon se sert dans de petits bols individuels à côté des assiettes de viande — certains convives y trempent leur pain hallah, d'autres y écrasent directement leur œuf hamine. Rectifier sel si nécessaire (avec parcimonie). Ajouter si souhaité quelques filaments de safran sur le bouillon chaud pour rehausser la couleur et l'arôme de service — geste des familles de Fès pour le Shabbat festif.
Service — L'œuf hamine — joyau caché de la dafina — Les œufs hamine (حمينة) sont la révélation de la dafina pour qui ne connaît pas ce plat. Après 15h à 80-90 °C, la coquille a bruni, le blanc a caramélisé en brun crème, le jaune est dense et fondant (ni coulant ni sec). La texture et le goût n'ont aucun équivalent : à la fois crémeux, légèrement sucré par la caramélisation des sucres de l'albumine, avec une persistance umami profonde. Peler à table, assaisonner d'une pincée de sel et de cumin — ou écraser dans le bouillon doré de la dafina. Joan Nathan les décrit dans Quiches, Kugels, and Couscous (p. 241) comme « l'un des trésors secrets de la cuisine juive séfarade, inconnu en dehors du Maghreb et du Proche-Orient ».
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Sourcer ou se taire
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