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Atlas Culinaire · Brésil · Amazonie & Norte
Le caldo sacrĂ© des Macuxi et Wapichana â bouillon brĂ»lant de poisson ou de caça moqueado relevĂ© d'une profusion de piments amazoniens, de cariru et de tucupi negro, mangĂ© avec le beiju de manioc, plat-totem ancestral de la cuisine indĂgena de Roraima reconnu patrimoine de Boa Vista
La Damurida cristallise TROIS points sensibles indĂgenas et identitaires. PEUPLE D'ORIGINE â paternitĂ© dĂ©battue : Portal AmazĂŽnia et la recette de rĂ©fĂ©rence rattachent la damurida Ă une « origine wapichana », tandis que Brasil de Fato et l'article ethnographique Xapuri.info l'attribuent en premier lieu au peuple Macuxi (« a damurida dos Macuxi »), le plat Ă©tant en rĂ©alitĂ© partagĂ© et revendiquĂ© comme sacrĂ© par les Macuxi, les Wapichana ET les Taurepang de Roraima ; lui assigner un seul peuple est rĂ©ducteur. INTENSITĂ DU PIQUANT â point non nĂ©gociable : selon les femmes indĂgenas interrogĂ©es (Brasil de Fato, Xapuri.info), sans la profusion de piments « nĂŁo Ă© Damurida » â le caractĂšre brĂ»lant n'est pas un assaisonnement mais l'identitĂ© mĂȘme du plat ; les versions adoucies pour palais non indĂgenas trahissent l'essence du caldo. JIQUITAIA, UN PIMENT QUI N'EST PAS DE RORAIMA â prĂ©cision documentĂ©e : la jiquitaia (mĂ©lange de piments sĂ©chĂ©s au soleil et pilĂ©s avec du sel) souvent citĂ©e dans la damurida vient Ă l'origine du peuple Baniwa du noroeste de l'Amazonas (et des confins Colombie/Venezuela), pas des Macuxi/Wapichana de Roraima â son intĂ©gration illustre la circulation des saveurs amazoniennes, mais les puristes roraimenses privilĂ©gient les piments locaux frais (murupi, olho-de-peixe, pimenta-de-cheiro, canaimĂ©). Acteurs : peuples Macuxi, Wapichana et Taurepang ; reconnaissance PatrimĂŽnio Cultural e Imaterial de Boa Vista ; Festival Wapichana-Macuxi de Damurida (Roraima, 2010) ; femmes indĂgenas gardiennes de la recette. URL adossĂ©e : https://www.brasildefato.com.br/2020/12/03/damurida-cariru-caxiri-gerimu-e-tucupi-conheca-a-original-culinaria-de-roraima/
La Damurida se mange comme caldo central du repas, avec du beiju de manioc qui tempĂšre le feu des piments. Accord indĂgena traditionnel : le caxiri (boisson fermentĂ©e de manioc des peuples de Roraima) ou l'aluĂĄ (boisson lĂ©gĂšrement fermentĂ©e de maĂŻs/manioc) qui rafraĂźchissent et apaisent le palais embrasĂ©. Variante non-alcoolisĂ©e signature : suco de cupuaçu trĂšs frais, eau de coco, ou un jus d'açaĂ amazonien â leur douceur tempĂšre l'ardeur des piments. ĂVITER les boissons gazeuses sucrĂ©es (amplifient la sensation de brĂ»lure) et l'alcool fort (sature le palais dĂ©jĂ sollicitĂ©). Le lait ou une bouchĂ©e de beiju coupent la capsaĂŻcine bien mieux que l'eau. Pour les palais novices, garder de l'eau de coco Ă portĂ©e â mais les gardiennes de la recette rappellent qu'on apprend la damurida en s'habituant au feu, pas en le fuyant.
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Nettoyer le poisson (frottĂ© de citron, rincĂ©). Selon la tradition, le moquear : le sĂ©cher-fumer lentement au-dessus de la braise jusqu'Ă ce qu'il raffermisse et prenne le goĂ»t de fumĂ©e ancestral. Ă dĂ©faut de braise, le fumer-sĂ©cher lĂ©gĂšrement au four bas (90°C, porte entrouverte) 30-40 min. Le moqueamento, nĂ© du besoin de conserver la protĂ©ine lors des longues marches indĂgenas, donne Ă la damurida son goĂ»t caractĂ©ristique.
Verser 1 L de tucupi (jus de mandioca-brava) dans une grande marmite et le faire BOUILLIR à gros bouillons au moins 20-30 minutes. Cette ébullition prolongée est OBLIGATOIRE : le tucupi cru contient de l'acide cyanhydrique (cyanure) et n'est sûr qu'aprÚs cuisson abondante. Incorporer 2 c.à .s. de tucupi negro (tucupi déjà longuement réduit et noirci). Ne jamais goûter le tucupi avant ébullition complÚte.
Ajouter au tucupi bouilli 500 mL d'eau, puis la profusion de piments : 4 murupi, 6 olho-de-peixe, 3 pimenta-de-cheiro (et, si on en utilise, 1 c.Ă .s. de jiquitaia). Manipuler les piments avec des gants. Faire bouillir 30 minutes pour que le caldo s'imprĂšgne du feu et des arĂŽmes. C'est ici que se joue l'identitĂ© de la damurida : le piquant n'est pas un assaisonnement, c'est le plat â « sem pimenta, nĂŁo Ă© Damurida ».
Plonger le poisson (ou la caça) moqueado dans le caldo brûlant et bien pimenté. Laisser mijoter environ 10 minutes pour que la protéine se réhydrate, libÚre ses sucs fumés et s'imprÚgne du feu des piments. Le poisson moqueado tient mieux que le poisson frais et donne le goût ancestral. Rectifier le sel.
Incorporer 200 g de cariru (folha amazĂŽnica, Ă dĂ©faut caruru) lavĂ© et grossiĂšrement Ă©mincĂ©. Cuire 5 minutes â il doit fondre dans le caldo sans se rĂ©duire en bouillie. Le cariru est le « verde » obligatoire de la damurida, son lĂ©gume-feuille identitaire, Ă ne pas remplacer par n'importe quelle verdure.
Couper le feu. Parsemer de chicĂłria amazĂŽnica (coentro-de-folha-larga) ou de coentro hachĂ© et mĂ©langer. Couvrir et laisser reposer 5 minutes pour que les arĂŽmes infusent. Le caldo doit ĂȘtre brĂ»lant, sombre, ardent et parfumĂ© â l'Ăąme amazonienne dans une marmite. GoĂ»ter et ajuster sel et piment une derniĂšre fois.
Pendant le repos, prĂ©parer (ou rĂ©chauffer) les beijus : Ă©taler la goma/massa de manioc en fine galette dans une poĂȘle chaude sĂšche, laisser prendre 1-2 minutes par face jusqu'Ă ce que la galette se tienne. Le beiju est l'accompagnement OBLIGATOIRE de la damurida : on le trempe dans le caldo, il porte le plat et tempĂšre le feu des piments.
Servir la damurida brĂ»lante dans des bols, avec les beijus de manioc Ă part pour tremper. Chacun mange en alternant gorgĂ©es de caldo ardent et bouchĂ©es de beiju qui apaisent le palais. Plat de partage communautaire et sacrĂ© pour les peuples Macuxi, Wapichana et Taurepang â moment de nourrir le corps et, selon les gardiennes, de « fortifier l'Ăąme auprĂšs des ancĂȘtres ». Garder du cupuaçu ou de l'eau de coco Ă portĂ©e pour les palais novices.
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