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Atlas Culinaire · Indonésie · Asie
Le roi des es tradisional indonĂ©siens : un bol dĂ©bordant oĂč la glace pilĂ©e disparaĂźt sous les fruits, la gelĂ©e d'herbe, le kolang-kaling et le cendol, le tout noyĂ© de santan et de sirop rouge Ă©carlate. Boisson-dessert reine des marchĂ©s et star absolue des tables de rupture du jeĂ»ne pendant le Ramadan, sans recette figĂ©e â chaque vendeur compose son propre assortiment.
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Verser le santan dans une casserole avec la feuille de pandan nouĂ©e et une bonne pincĂ©e de sel. Porter Ă tout petit frĂ©missement Ă feu moyen en remuant SANS INTERRUPTION avec une cuillĂšre en bois â le lait de coco ne doit jamais bouillir Ă gros bouillons, sous peine de trancher en une phase huileuse et grumeleuse. DĂšs l'apparition des premiĂšres bulles en bordure et que le liquide a lĂ©gĂšrement Ă©paissi, retirer du feu. Ce santan salĂ©-parfumĂ© est la base onctueuse de l'es campur de marchĂ© : le sel rĂ©veille le gras-sucrĂ© du coco et le pandan y dĂ©pose son parfum floral, exactement comme le font les vendeuses de pasar. Laisser refroidir complĂštement Ă tempĂ©rature ambiante, puis au rĂ©frigĂ©rateur â un santan tiĂšde ferait fondre la glace prĂ©maturĂ©ment au dressage.
Rincer abondamment les kolang-kaling (fruits translucides de l'arĂ©quier) sous l'eau froide, trois fois, pour Ă©liminer la saumure et l'odeur de fermentation. Les mettre dans une casserole d'eau avec une feuille de pandan et un trait de sirop rouge, porter Ă Ă©bullition et laisser cuire 15 Ă 20 minutes jusqu'Ă ce qu'ils deviennent tendres et lĂ©gĂšrement translucides-rosĂ©s. Cette cuisson est indispensable : crus ou mal rincĂ©s, les kolang-kaling restent durs, caoutchouteux et aigres, un dĂ©faut immĂ©diatement repĂ©rĂ© par tout IndonĂ©sien. Ăgoutter, laisser refroidir, puis Ă©mincer en fines tranches. Le kolang-kaling apporte cette texture croquante-fondante unique qui fait la signature de l'es campur et le distingue d'une simple coupe de fruits glacĂ©s.
Couper le jacquier (nangka) en fines laniĂšres, racler la chair de la jeune noix de coco (kelapa muda) en rubans Ă la cuillĂšre, dĂ©tailler l'avocat en dĂ©s ou le prĂ©lever Ă la cuillĂšre parisienne. Rincer et couper le cincau hitam en petits cubes rĂ©guliers, Ă©goutter le cendol vert, Ă©goutter les haricots rouges cuits. Disposer chaque garniture dans un bol sĂ©parĂ© â c'est le mise en place du vendeur d'es campur, qui compose ensuite chaque verre Ă la demande. La variĂ©tĂ© et la gĂ©nĂ©rositĂ© des garnitures font toute la diffĂ©rence : un es campur avare de garnitures n'est qu'une glace au sirop. RĂ©server le tout au frais jusqu'au montage. RĂ©server aussi l'eau de la jeune noix de coco, qu'on peut ajouter au santan pour l'allĂ©ger et le parfumer.
Juste avant de servir â pas une minute plus tĂŽt â piler ou rĂąper les glaçons au serutan es (rabot Ă glace) ou au blender par Ă -coups pour obtenir une glace finement neigeuse, l'es serut. La finesse de la glace compte : trop grossiĂšre, elle blesse la cuillĂšre et fond en gros morceaux ; rĂ©duite en neige, elle absorbe le sirop et le santan comme un granitĂ©. C'est le lit glacĂ© sur lequel repose tout l'Ă©difice de l'es campur. Travailler vite et garder la glace au congĂ©lateur jusqu'Ă la seconde du dressage. Dans les warung, le crissement du rabot Ă glace sur le bloc est le son signature de la prĂ©paration d'un es campur.
Dans un grand verre transparent ou un bol, disposer d'abord au fond une part des garnitures fibreuses et fruitĂ©es (kolang-kaling, cincau, cendol, nangka, kacang merah), puis la chair de jeune coco et l'avocat. Couvrir gĂ©nĂ©reusement de glace pilĂ©e en dĂŽme. Arroser le sirop rouge en filet, qui dĂ©gouline en veines Ă©carlates sur la neige blanche, puis napper du santan froid parfumĂ©. Terminer par un mince filet de susu kental manis si dĂ©sirĂ©. Le montage Ă©tagĂ©, jamais mĂ©langĂ©, rĂ©vĂšle la palette de couleurs â rouge du sirop, vert du cendol, noir du cincau, blanc de la glace et du coco â qui fait de l'es campur un dessert qu'on mange d'abord des yeux. Servir aussitĂŽt, cuillĂšre ET paille.
Apporter l'es campur Ă table sans attendre et inviter Ă consommer tout de suite, tant que la glace est encore ferme et le cendol Ă©lastique. Se dĂ©guste en alternant les bouchĂ©es de garnitures Ă la cuillĂšre et les gorgĂ©es de santan sucrĂ©-glacĂ© Ă la paille â la juxtaposition du froid intense, du crĂ©meux du coco, du croquant du kolang-kaling et du fondant des fruits est toute la magie du dessert. Au Ramadan, c'est LE takjil de rupture du jeĂ»ne : au coucher du soleil, le sucre rapide et la fraĂźcheur glacĂ©e redonnent instantanĂ©ment de l'Ă©nergie. En dehors du jeĂ»ne, on le savoure aux heures chaudes de l'aprĂšs-midi, entre 14h et 17h, moment oĂč les gerobak d'es campur ne dĂ©semplissent pas.
Adapter l'assortiment selon la tradition locale, car l'es campur n'a par définition aucune recette figée. à Jakarta, les Betawi ajoutent tapai singkong (manioc fermenté) et kacang merah pour une version rustique et rassasiante. à Bandung (Java Ouest), on privilégie une version plus fruitée et légÚre, proche de l'es oyen, riche en avocat, cincau et pacar cina. à Medan (Sumatra Nord), le tape ketan hijau (riz gluant vert fermenté) et un sirop de gula merah maison sont de rigueur. On peut aussi glisser vers l'es teler apparenté en misant sur le trio avocat-jacquier-jeune coco à la crÚme de coco. Chaque vendeur signe son es campur par son mélange : c'est un dessert d'auteur autant que de tradition.
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