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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
La curuba, ce fruit de la passion des hauteurs andines, montĂ©e en mousse pĂąle et servie glacĂ©e â le dessert que BoyacĂĄ oppose aux flans et aux dulces de leche
L'inventaire du Ministerio de Cultura recense pour la municipalitĂ© de Nuevo LeĂłn (BoyacĂĄ) l'« Esponjado de curuba », dĂ©crit comme un dessert de pulpe de curuba, blancs d'Ćufs, sucre et gĂ©latine, servi froid (Ordóñez Caicedo, « Gran Libro de la Cocina Colombiana », MinCultura, 2012, p.
409).
La curuba â Passiflora tripartita var.
mollissima, le « banana passionfruit » des anglophones â est une passiflore de haute altitude qui pousse entre 1 800 et 3 200 mĂštres : c'est un fruit d'altiplano, pas de terre chaude.
Substituer du fruit de la passion tropical (gulupa, maracuyå) donne un autre dessert, plus parfumé et bien plus acide, que les cuisiniÚres boyacenses ne reconnaissent pas comme un esponjado de curuba.
DeuxiĂšme point tranchĂ© : le mot « esponjado » dĂ©signe la TEXTURE, pas la recette â Ă©ponge, mousse.
C'est ce qui le distingue du flan et du gelatina, tous deux prĂ©sents dans le mĂȘme inventaire : l'esponjado doit garder l'air incorporĂ© par les blancs, et une gĂ©latine dosĂ©e trop fort le transforme prĂ©cisĂ©ment en ce qu'il n'est pas, une gelĂ©e compacte.
TroisiĂšme point : la curuba se consomme aussi en sorbete (jus au lait), boisson quotidienne de l'altiplano â l'esponjado en est la version montĂ©e, celle des dimanches et des fĂȘtes de famille.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Couper les curubas en deux dans la longueur et récupérer la pulpe et les graines à la cuillÚre. Réunir le tout dans un bol avec l'eau tiÚde et malaxer à la main pour décoller la pulpe des graines. La cible est une pulpe orangée liquide dans laquelle les graines nagent librement. Si les curubas sont un peu vertes, elles rendront peu de pulpe et beaucoup de fibre : les laisser deux jours de plus à température ambiante plutÎt que de forcer.
Le pourquoiLa pulpe de curuba adhĂšre fortement Ă l'arille qui entoure chaque graine ; le malaxage manuel dans un peu d'eau tiĂšde la libĂšre sans briser les graines.
Verser le contenu du bol dans un tamis fin posĂ© sur un saladier et presser Ă la maryse pour extraire tout le jus. Jeter les graines. On doit obtenir environ 500 ml de pulpe tamisĂ©e, d'un orangĂ© pĂąle, franchement acide. La cible est un liquide sans aucun fragment de graine ni fibre. GoĂ»ter Ă ce stade : c'est maintenant qu'on dĂ©cide si les 220 g de sucre suffisent, une curuba de montagne pouvant ĂȘtre bien plus acide qu'une curuba de marchĂ©.
Le pourquoiLes graines de curuba contiennent des composés phénoliques amers ; le tamisage sans broyage les retient intacts et ne laisse passer que la pulpe et son acidité citrique.
Saupoudrer la gĂ©latine sur les 80 ml d'eau froide et laisser gonfler cinq minutes sans remuer. La chauffer ensuite au bain-marie ou quelques secondes Ă feu trĂšs doux jusqu'Ă ce qu'elle soit parfaitement limpide â surtout pas bouillante. La cible est un liquide clair et fluide, sans grumeau ni fil. Une gĂ©latine portĂ©e Ă Ă©bullition perd une partie de son pouvoir gĂ©lifiant, et l'esponjado ne prendra jamais correctement.
Le pourquoiLe collagÚne hydrolysé de la gélatine se dénature au-delà de 80 °C et perd son pouvoir de former un réseau tridimensionnel en refroidissant.
Ajouter 120 g de sucre Ă la pulpe tamisĂ©e et remuer jusqu'Ă dissolution complĂšte â le reste, 100 g, ira dans les blancs. Incorporer alors la gĂ©latine dissoute, tempĂ©rĂ©e comme indiquĂ©, en filet et en fouettant. La cible est une base sucrĂ©e-acide, homogĂšne, encore parfaitement liquide et Ă tempĂ©rature ambiante. La laisser refroidir sans la mettre au froid : elle ne doit surtout pas commencer Ă prendre avant l'arrivĂ©e des blancs.
Le pourquoiLe sucre dissous abaisse le point de prise de la gĂ©latine et retarde la gĂ©lification, ce qui laisse la fenĂȘtre nĂ©cessaire pour incorporer les blancs.
Monter les six blancs avec la pincĂ©e de sel jusqu'au bec d'oiseau, puis serrer en versant les 100 g de sucre restants en trois fois, sans cesser de fouetter. La cible est une meringue brillante, ferme, qui tient au fouet retournĂ© sans glisser. Les blancs doivent ĂȘtre Ă tempĂ©rature ambiante : sortis du froid, ils montent moins et retombent plus vite, ce qui est fatal pour un dessert qui n'a que l'air des blancs pour tenir.
Le pourquoiLe sucre ajoutĂ© progressivement stabilise le rĂ©seau protĂ©ique des blancs en se liant Ă l'eau, ce qui empĂȘche la mousse de suinter avant la prise de la gĂ©latine.
Incorporer un tiers des blancs dans la base Ă la curuba en fouettant franchement, pour la dĂ©tendre. Ajouter ensuite le reste en deux fois, Ă la maryse, en pliant de bas en haut et en tournant le saladier â jamais en tournant comme une pĂąte. La cible est une mousse homogĂšne, d'un jaune trĂšs pĂąle, aĂ©rienne, sans traĂźnĂ©e blanche. C'est l'Ă©tape qui dĂ©cide du dessert : trop travaillĂ©e, la mousse retombe et l'esponjado devient un flan acide.
Le pourquoiLes bulles d'air emprisonnées dans les blancs sont fragiles ; chaque geste circulaire les cisaille alors que le pliage vertical les déplace en bloc.
Verser la mousse dans un moule ou dans huit coupes individuelles, lisser à peine la surface et filmer au contact. Réfrigérer quatre heures minimum, idéalement une nuit. La cible est une mousse prise mais tremblante, qui garde l'empreinte de la cuillÚre sans couler. Si aprÚs quatre heures elle est encore liquide, la gélatine a été surchauffée ou sous-dosée : le rattrapage consiste à la refondre doucement, à ajouter un demi-sachet dissous et à remonter des blancs frais.
Le pourquoiLe réseau de gélatine se forme en refroidissant sous 15 °C et emprisonne l'air des blancs, ce qui fixe définitivement le volume obtenu au pliage.
Sortir l'esponjado au moment de servir et le dĂ©corer de lamelles de curuba fraĂźche et des deux cuillerĂ©es de pulpe brute rĂ©servĂ©es. La cible est un dessert glacĂ©, pĂąle, franchement acide sous la douceur, qui fond en bouche. Il se conserve deux jours au frais, filmĂ© â au troisiĂšme, la mousse rend un peu d'eau et l'aciditĂ© de la curuba commence Ă attaquer la gĂ©latine. Ne jamais le servir chambrĂ© : c'est le froid qui tient le dessert autant que la gĂ©latine.
Le pourquoiLa gélatine fond autour de 30 °C ; la tenue du dessert dépend donc directement de sa température de service, pas seulement du dosage.
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Sourcer ou se taire
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