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Atlas Culinaire · Autriche · Europe
Le beignet rond et duveteux du Carnaval autrichien, fourré de marmelade d'abricot, saupoudré de sucre glace et ceinturé de sa « ceinture » blanche claire signe d'une pùte parfaitement levée
Il y a dans Vienne, entre janvier et le mardi gras, une douceur qui enfle dans les vitrines et inonde l'air des boulangeries : le Faschingskrapfen, ce beignet doré à la ceinture pùle, fourré jusqu'à l'ùme de confiture d'abricots. On en vend des millions. On en discute comme d'une religion. Et derriÚre chaque bouchée, il y a cinq siÚcles d'histoire viennoise qui s'effilochent comme une mie chaude.
Le mot lui-mĂȘme est ancien. Krapfen vient du vieux haut-allemand chrapho, le crochet, la griffe â sans doute parce que les premiĂšres versions Ă©taient tordues, repliĂ©es, griffues, bien loin du globe parfait d'aujourd'hui. Mais dĂšs 1486, une ordonnance culinaire de la ville de Vienne encadrait le travail des Krapfenpacherinnen, les femmes qui faisaient frire les Krapfen pour les vendre dans les rues â preuve que le commerce du beignet Ă©tait dĂ©jĂ assez dĂ©veloppĂ© pour mĂ©riter une rĂ©glementation.
La lĂ©gende a prĂ©fĂ©rĂ© une autre origine, plus savoureuse. Vers 1690, une cuisiniĂšre viennoise nommĂ©e CĂ€cilia Krapf â Frau Cilly de son diminutif â aurait dĂ©couvert le beignet par accident, en jetant de colĂšre un morceau de pĂąte levĂ©e sur son apprentice farceur. La pĂąte aurait manquĂ© sa cible et atterri dans la graisse chaude. La dorure obtenue, la sphĂšre gonflĂ©e, la mie lĂ©gĂšre : Frau Krapf aurait eu l'intuition de la garder. Les historiens sont sceptiques â le prĂ©nom mĂȘme de cette femme est un peu trop commode â mais la lĂ©gende a traversĂ© les siĂšcles avec plus de vigueur que bien des faits attestĂ©s.
Ce qui est certain, c'est la gloire du Krapfen au XIXe siĂšcle. Durant le CongrĂšs de Vienne de 1815, qui rĂ©unit les tĂȘtes couronnĂ©es et les diplomates de toute l'Europe pendant des mois de bals et de banquets, on aurait consommĂ© quelque dix millions de Krapfen lors des seules rĂ©ceptions officielles. L'Europe se rĂ©conciliait autour des beignets autrichiens. Plus tĂŽt encore, sous le rĂšgne de Charles VI (1685-1740), les tirs au Krapfen â Krapfenstechen â animaient les festivitĂ©s de carnaval Ă la cour impĂ©riale.
Aujourd'hui, le Faschingskrapfen est dĂ©fini avec une prĂ©cision quasi juridique. Le Codex alimentaire autrichien (Ăsterreichisches Lebensmittelbuch, chapitre B 18) exige que la garniture de confiture d'abricots reprĂ©sente au moins 15 % du poids fini du Krapfen, et que toute autre garniture soit explicitement nommĂ©e. La Marillenmarmelade, confiture d'abricots passĂ©e au tamis pour obtenir une texture lisse et fluide, est l'Ăąme du Krapfen canonique â les versions Ă la vanille, au nougat ou au chocolat sont des dĂ©rivĂ©s qui doivent le dire.
Mais c'est la technique qui fascine le plus les initiés : la ceinture blanche, le fameux Ranftl ou heller Rand, cette bande pùle qui ceint le beignet à mi-hauteur. Elle n'est pas un défaut, elle est la preuve d'une friture réussie. Pour l'obtenir, le Krapfen doit flotter à la surface de l'huile chaude, non immergé. On le place d'abord à couvert, cÎté lisse vers le bas, pour que la vapeur enfle la pùte. Puis on le retourne une seule fois, et on retire le couvercle pour dorer l'autre face. La pùte qui est restée hors du bain reste blanche. Un trait de rhum dans la pùte double son rÎle : il rend la mie plus légÚre et aide le beignet à absorber moins de gras en s'évaporant à la chaleur. Avoir le Ranftl, c'est avoir su maßtriser la friture. Ne pas l'avoir, c'est avoir raté son Fasching.
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Ămietter la levure fraĂźche dans le lait tiĂšde avec une cuillĂšre de sucre. Laisser reposer 10 min jusqu'Ă l'apparition d'une mousse en surface, signe que la levure travaille. Le lait ne doit pas dĂ©passer 40°C.
Dans un grand saladier, rĂ©unir la farine tamisĂ©e, le reste du sucre, le sucre vanillĂ©, le sel, les jaunes d'Ćufs, le beurre mou, le zeste de citron, le rhum et le lait Ă la levure. PĂ©trir au crochet ou Ă la main 5-6 min jusqu'Ă une pĂąte souple, lisse et brillante qui se dĂ©tache des parois.
Couvrir le saladier d'un linge humide et laisser lever la pùte à température ambiante, à l'abri des courants d'air, environ 30-40 min jusqu'à ce qu'elle double de volume.
Dégazer la pùte, la diviser en pùtons de 50-60 g et les rouler en boules bien réguliÚres sur un plan légÚrement fariné. Aplatir trÚs légÚrement et déposer sur un linge fariné, l'écart suffisant entre chacune.
Saupoudrer les boules d'un voile de farine, les couvrir d'un linge humide et laisser pousser une seconde fois environ 15-20 min, jusqu'à ce qu'elles soient bien gonflées et légÚres.
Chauffer le bain de saindoux ou d'huile Ă 150-170°C. Y dĂ©poser dĂ©licatement les boules CĂTĂ LISSE VERS LE BAS, sans surcharger, et couvrir la marmite. Cuire 3-4 min Ă couvert : la pĂąte gonfle, flotte et commence Ă dorer par-dessous.
Retourner les Krapfen UNE SEULE FOIS et poursuivre la friture 3 min Ă dĂ©couvert, jusqu'Ă ce qu'ils soient dorĂ©s des deux cĂŽtĂ©s avec une ceinture blanche nette tout autour. Ăgoutter sur du papier absorbant.
Une fois les Krapfen refroidis, remplir une poche Ă douille fine et longue de marmelade d'abricot tamisĂ©e, piquer le beignet sur le cĂŽtĂ© et injecter une bonne dose de marmelade au cĆur.
Saupoudrer gĂ©nĂ©reusement de sucre glace juste avant de servir et dĂ©guster tiĂšde, le jour mĂȘme. Le Faschingskrapfen ne se garde pas : il est fait pour ĂȘtre mangĂ© frais, en pleine saison du Carnaval.
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