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Atlas Culinaire · Vatican · Europe
Les pĂątes du pape â la carbonara anoblie et allĂ©gĂ©e pour le Cardinal Pacelli, futur Pie XII : le seul plat dotĂ© d'un lien nommĂ© Ă la papautĂ©
Le Vatican n'a pas de cuisine nationale : 0,44 kmÂČ sans terroir, sa table est restĂ©e romaine. La Fettuccine alla Papalina n'est donc pas une « gastronomie vaticane » mais le seul plat romain dotĂ© d'un lien nommĂ© Ă la papautĂ© â et ce lien mĂȘme est contestĂ©. L'attribution la plus documentĂ©e (Livio Jannattoni, La cucina romana e del Lazio, Newton Compton) la crĂ©dite Ă Cesaretto Simmi, patron du Ristorante del Colonnato (via del Mascherino), qui ravitaillait les cuisines vaticanes et Ă qui le Cardinal Eugenio Pacelli â futur Pie XII â aurait commandĂ© vers 1935 une « pasta un po' speciale » ; mais cette histoire est transmise par la famille du restaurant (les hĂ©ritiers Simmi tiennent aujourd'hui La Cisterna), non par une archive vaticane, ce qui la classe comme lĂ©gende d'origine plus que comme fait Ă©tabli. Trois points techniques sont rĂ©ellement dĂ©battus : (1) le jambon â Jannattoni et la version « originale » imposent le prosciutto CRUDO, tandis que les versions familiales et modernes (Cucchiaio d'Argento) emploient le prosciutto COTTO, que La Cucina Italiana juge « absolument appropriĂ© » ; (2) les petits pois et la crĂšme, absents de la recette princeps, sont des ajouts ultĂ©rieurs tolĂ©rĂ©s mais honnis des puristes ; (3) le paradoxe chronologique â si la papalina « dĂ©rive » de la carbonara, elle ne peut dater des annĂ©es 1930 puisque la carbonara n'est documentĂ©e qu'aprĂšs 1944, ce qui pousse Jannattoni Ă la thĂšse inverse : la papalina serait l'ANCĂTRE de la carbonara, non sa variante anoblie.
Un blanc romain des Castelli Romani â Frascati Superiore sec â ou un Cesanese rouge lĂ©ger du Latium. Le beurre et l'Ćuf appellent un vin vif qui tranche le gras.
Plat de notoriété résiduelle, qualifié de « piatto dimenticato » (plat oublié) de la cuisine romaine par La Cucina Italiana, éclipsé par la carbonara. On le trouve surtout dans quelques osterie de Borgo, Trastevere et Testaccio, et chez La Cisterna tenu par les héritiers Simmi. Sa célébrité tient au lien papal plus qu'à une présence quotidienne sur les tables.
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Cassez les Ćufs dans un grand saladier, ajoutez le parmigiano reggiano rĂąpĂ© et une gĂ©nĂ©reuse mouture de poivre noir. Battez lĂ©gĂšrement Ă la fourchette jusqu'Ă un appareil homogĂšne, sans excĂšs d'air. C'est cette crĂšme â chauffĂ©e seulement par la chaleur rĂ©siduelle des pĂątes â qui hĂ©rite de la carbonara, le seul Ă©lĂ©ment que Simmi a conservĂ© tel quel.
Ămincez trĂšs finement l'oignon blanc, le plus rĂ©guliĂšrement possible pour qu'il fonde sans colorer. DĂ©taillez le prosciutto cotto en petits dĂ©s (a quadratini), pas en lamelles : il doit rester en bouche sans dominer. Ici se joue l'arbitrage d'authenticitĂ© â cotto pour la version digeste « papale », crudo pour la version Jannattoni dite originale.
Faites fondre le beurre dans une large sauteuse Ă feu doux. Ajoutez l'oignon et laissez-le devenir translucide sans prendre couleur, en remuant. Ce soffritto au beurre est la rupture franche avec la carbonara, qui ne connaĂźt ni beurre ni oignon : c'est la douceur que recherchait le Cardinal Pacelli.
Pour la version aux petits pois, ajoutez-les maintenant à l'oignon fondu, couvrez et laissez cuire à feu doux en mouillant d'un peu d'eau de cuisson. Rappelez-vous que cet ajout n'est pas d'origine : les puristes romains le considÚrent comme une licence du XXe siÚcle tardif. Sautez cette étape pour la version princeps.
Ajoutez les dĂ©s de prosciutto au beurre et faites-les juste raidir une Ă deux minutes, sans les dessĂ©cher. Le jambon ne doit pas croustiller comme un lardon : il s'agit d'un plat raffinĂ© et digeste, pas d'une carbonara musclĂ©e. Coupez le feu et laissez tiĂ©dir lĂ©gĂšrement la poĂȘle.
Pendant ce temps, portez une grande casserole d'eau salée à ébullition et cuisez les fettuccine al dente (les fraßches demandent 2 à 4 minutes seulement). Prélevez une louche d'eau de cuisson avant d'égoutter. Réservez cette eau amidonnée : c'est l'arme de lissage de la sauce.
Versez les fettuccine Ă©gouttĂ©es dans la sauteuse tiĂšde avec le jambon (et les pois), mĂ©langez, puis incorporez la crĂšme d'Ćufs au parmesan HORS du feu en remuant vivement. La chaleur rĂ©siduelle suffit Ă napper sans cuire l'Ćuf. DĂ©tendez avec un filet d'eau de cuisson jusqu'Ă une crĂšme brillante et fluide.
Servez immĂ©diatement dans des assiettes chaudes, avec un voile de parmesan et un tour de moulin Ă poivre. Le plat ne supporte pas l'attente : une pĂąte Ă l'Ćuf refroidie se ternit et durcit en quelques minutes. C'est la table d'hĂŽtes de marque romaine dans toute sa simplicitĂ© raffinĂ©e.
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