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Atlas Culinaire · Canada · Maritimes & Acadie
RagoĂ»t acadien rĂ©confortant de poulet et de lĂ©gumes-racines, parfumĂ© Ă la sarriette et couronnĂ© de boulettes de pĂąte (« poutines » ou « grands-pĂšres ») pochĂ©es Ă la vapeur du bouillon â l'emblĂšme de la table acadienne.
Le fricot est le plat qui dit « Acadie » en un seul mot. Le terme vient du français du XVIIIá” siĂšcle, oĂč « fricot » dĂ©signait d'abord un festin, puis un ragoĂ»t de viande â et c'est bien ce qu'il est restĂ© : une soupe-ragoĂ»t gĂ©nĂ©reuse de pommes de terre, d'oignons et de la viande qu'on avait sous la main, le plus souvent une poule de basse-cour. Autrefois, on ne tuait une volaille que pour les grandes occasions ; le fricot Ă©tait le plat des frolics, des corvĂ©es et des veillĂ©es, celui qu'on mettait sur le feu quand la visite arrivait. Ce qui le rend inimitable, c'est la sarriette (summer savory), herbe presque sacrĂ©e de la cuisine acadienne : « si y'a pas d'sarriette, c'est pas un fricot », dit-on lĂ -bas. Cette omniprĂ©sence n'est pas un hasard : pendant le Grand DĂ©rangement, Ă partir de 1755, les familles acadiennes cachĂ©es dans les bois cultivaient cette herbe rustique qui poussait Ă peu prĂšs partout, et elle est devenue l'Ăąme aromatique de tout un rĂ©pertoire. CouronnĂ© de boulettes de pĂąte pochĂ©es Ă la vapeur du bouillon â les « poutines » ou « grands-pĂšres » â, le fricot se sert encore aujourd'hui en grande marmite posĂ©e au centre de la table, notamment le 15 aoĂ»t, fĂȘte nationale de l'Acadie, du Nouveau-Brunswick Ă l'Ăle-du-Prince-Ădouard et Ă la Nouvelle-Ăcosse.
Le fricot cristallise les fiertés de village, et les querelles sont réelles.
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Placer le poulet entier dans une grande marmite. Couvrir de 2 litres d'eau froide. Ajouter l'oignon coupĂ© en deux avec sa peau, les feuilles de laurier et une pincĂ©e de sel. Porter Ă Ă©bullition Ă feu moyen-vif. DĂšs l'apparition de la mousse grisĂątre, l'Ă©cumer soigneusement et rĂ©guliĂšrement pendant les 15 premiĂšres minutes â cette Ă©tape est capitale pour avoir un bouillon clair et propre. RĂ©duire Ă feu doux et laisser frĂ©mir 45-50 minutes jusqu'Ă ce que le poulet soit cuit Ă cĆur.
Le pourquoiUne volaille entiÚre, avec sa carcasse, ses ailes et sa peau, libÚre lentement collagÚne et gélatine : c'est ce qui donne au bouillon sa texture souple et nappante, sans la moindre fécule. Le pochage doux extrait le goût sans durcir la chair, et l'écumage retire les protéines coagulées qui, sinon, troubleraient le liquide.
Retirer le poulet avec une Ă©cumoire et le laisser tiĂ©dir 10 minutes sur une planche. Filtrer le bouillon Ă travers une passoire fine et le remettre dans la marmite. Pendant ce temps, dĂ©sosser le poulet Ă la main â retirer toutes la peau et les os, effilocher grossiĂšrement la chair en morceaux de 3-4 cm (ni trop fins ni trop gros). RĂ©server la viande. Le bouillon filtrĂ©, maintenant dorĂ© et aromatique, est la base du fricot.
Le pourquoiLe repos laisse les jus se redistribuer dans la chair. Filtrer retire éclats d'os et impuretés pour un bouillon net. Effilocher à la main, dans le sens des fibres, donne des morceaux irréguliers qui accrochent le bouillon bien mieux que des cubes taillés au couteau.
Porter le bouillon filtrĂ© Ă Ă©bullition. Ajouter l'oignon Ă©mincĂ©, les carottes en rondelles, le cĂ©leri, et le navet si utilisĂ©. Cuire 10 minutes Ă frĂ©missement. Ajouter ensuite les pommes de terre en dĂ©s et cuire encore 10 minutes â les pommes de terre doivent ĂȘtre presque cuites mais tenir encore lĂ©gĂšrement sous la fourchette (elles continuent Ă cuire avec les boulettes). Remettre la viande effilochĂ©e dans le bouillon. GoĂ»ter le bouillon et saler-poivrer modĂ©rĂ©ment.
Le pourquoiOn échelonne les légumes durs puis tendres pour qu'ils finissent ensemble. L'amidon qui s'échappe des pommes de terre donne du corps au bouillon. On rend la viande tard pour qu'elle ne se défasse pas en morceaux minuscules.
Dans un bol, mĂ©langer farine, poudre Ă pĂąte et sel. Ajouter le beurre froid en dĂ©s et effriter rapidement avec le bout des doigts jusqu'Ă texture sableuse. Verser le lait et mĂ©langer avec une fourchette juste assez pour rassembler la pĂąte â elle doit ĂȘtre souple et lĂ©gĂšrement collante mais pas liquide. Ne pas pĂ©trir. La pĂąte est prĂȘte quand elle tient en boule et ne s'Ă©tale plus d'elle-mĂȘme. En Acadie, ces boulettes s'appellent 'poutines Ă trou' (littĂ©ralement 'petites boules Ă trous' en vieux français acadien â la vapeur crĂ©e des tunnels dans la pĂąte).
Le pourquoiLa poudre à pùte et un mélange minimal donnent des boulettes légÚres, soulevées par la vapeur et le gaz. Le beurre froid coupé dans la farine crée des poches feuilletées. Trop travailler développe le gluten et donne des boulettes caoutchouteuses et lourdes.
S'assurer que le fricot est Ă frĂ©missement actif (pas bouillonnant, pas faible â juste actif). Avec une cuillĂšre Ă soupe, dĂ©poser des boulettes de pĂąte Ă la surface du fricot en les espaçant de 3-4 cm â elles vont gonfler. Ne pas remuer. Couvrir immĂ©diatement avec un couvercle hermĂ©tique. Cuire 15 minutes Ă couvert sans soulever le couvercle. La vapeur du fricot cuit le dessus des boulettes pendant que le bouillon cuit le dessous.
Le pourquoiLes boulettes cuisent autant par la vapeur emprisonnĂ©e que par le bouillon. Un couvercle hermĂ©tique retient une couche de vapeur qui prend le dessus des boulettes ; le soulever fait retomber la levĂ©e et laisse un cĆur gommeux.
AprĂšs 15 minutes, vĂ©rifier la cuisson des boulettes (cure-dent propre). Elles doivent ĂȘtre gonflĂ©es, lĂ©gĂšrement dorĂ©es sur le dessus et fermes Ă la pression. Ajouter la sarriette fraĂźche hachĂ©e directement dans le fricot et remuer trĂšs doucement pour l'incorporer sans casser les boulettes. GoĂ»ter et rectifier le sel et le poivre. Le bouillon doit ĂȘtre lĂ©gĂšrement liĂ© par les fĂ©cules des pommes de terre et la pĂąte des boulettes â dorĂ©, parfumĂ© Ă la sarriette, avec une belle profondeur.
Le pourquoiLes huiles aromatiques de la sarriette sont volatiles : ajoutĂ©e en fin de cuisson, elle reste vive, poivrĂ©e et rĂ©sineuse â la signature de la cuisine acadienne. Trop tĂŽt, elle se fond dans le bouillon et perd son identitĂ©.
Le fricot se sert traditionnellement directement de la marmite, posĂ©e au centre de la table. Chaque convive reçoit une ou deux poutines Ă trou dans un bol creux, entourĂ©es de lĂ©gumes et de poulet effilochĂ©, nappĂ©es d'un bouillon gĂ©nĂ©reux et dorĂ©. Pain blanc moelleux pour le bouillon â Ă©lĂ©ment indispensable. Le fricot est LE plat du 15 aoĂ»t, FĂȘte nationale de l'Acadie (Assomption) : toutes les familles acadiennes du Nouveau-Brunswick, de l'Ăle-du-Prince-Ădouard et de la Nouvelle-Ăcosse en prĂ©parent de grandes marmites pour les rassemblements communautaires.
Le pourquoiLe fricot est une nourriture de partage : la marmite au milieu de la table, c'est tout l'esprit du plat. Le bouillon est le trĂ©sor, d'oĂč le pain indispensable pour le saucer. Quelques minutes de repos laissent les saveurs se poser.
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MĂȘme geste que les boulettes du fricot â une pĂąte levĂ©e Ă la poudre Ă pĂąte pochĂ©e Ă couvert dans un liquide frĂ©missant â mais cĂŽtĂ© quĂ©bĂ©cois et en version dessert, dans un sirop d'Ă©rable au lieu d'un bouillon de volaille salĂ©.
Voir la recette âLe classique du Sud amĂ©ricain repose sur la mĂȘme idĂ©e : un bouillon de poulet liĂ©, couronnĂ© de boulettes de pĂąte pochĂ©es Ă la vapeur. Sans la sarriette identitaire, mais structurellement le parent anglo-amĂ©ricain du fricot.
Pas encore dans l'AtlasAprĂšs le Grand DĂ©rangement (1755), une partie des Acadiens s'Ă©tablit en Louisiane et devint les Cadiens (Cajuns). Le gumbo est l'hĂ©ritier lointain de ces foyers acadiens transplantĂ©s : mĂȘme logique de ragoĂ»t gĂ©nĂ©reux et communautaire, rĂ©inventĂ© avec le roux, le riz et les Ă©pices du Golfe.
Pas encore dans l'AtlasAutre grand classique de la table acadienne, nĂ©e du mĂȘme garde-manger (pomme de terre, porc salĂ©, sarriette). Une boule de pĂąte de pommes de terre rĂąpĂ©es et bouillies, cousine de terroir du fricot plutĂŽt que variante du mĂȘme plat.
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