Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Belgique · Wallonie & Ardennes
La gaufre wallonne dense et caramélisée, dont la première recette écrite, retrouvée en 1893, portait de la cannelle et du sucre candi
Quand la Wallonie vous reçoit, elle ne fait pas dans la dentelle : elle vous glisse entre les mains une gaufre tiède, dense et irrégulière, dont les nids de sucre caramélisé craquent doucement sous la dent. On la mange debout, à la main, sans assiette et sans chantilly. Elle n'a rien à voir avec celle de Bruxelles.
Trois querelles entourent la gaufre de Liège.
✦ Choisissez votre école ✦
La version que font la Confrérie La Strème et les baraques de Liège : pâte briochée très riche et sucre perlé qui fond en nids caramélisés. C'est celle que vous avez mangée rue du Pont.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Émiettez la levure fraîche dans le lait tiède avec la mélasse, ou à défaut la cassonade brune. Remuez du bout des doigts jusqu'à ce qu'il ne reste plus un grumeau, puis laissez ce mélange tranquille un quart d'heure, près d'une source de chaleur douce.
Le pourquoiLa mélasse est la signature de la recette officielle de la Confrérie La Strème : elle apporte le sucre rapide dont la levure a besoin et un fond de goût sombre que le sucre blanc ne donne pas. [Recette officielle de la Confrérie de la gaufre liégeoise La Strème, publiée par l'Office du tourisme de Liège]
Réunissez la farine et le sel dans un grand saladier, creusez un puits, versez-y le levain, les œufs et la cannelle si vous la mettez. Ramenez la farine vers le centre du bout des doigts, puis travaillez la pâte dix bonnes minutes. Elle doit devenir ferme, collante et pourtant maniable.
Le pourquoiToute la différence avec Bruxelles tient là : la bruxelloise est une pâte liquide allégée aux blancs montés, la liégeoise est une pâte à brioche qu'on pétrit. [Pierre Leclercq, Centre de Gastronomie Historique de l'Université de Liège, RTBF, 12 janvier 2022]
Ajoutez le beurre ramolli, en pommade et jamais fondu, par petites noix, en attendant que chacune disparaisse avant la suivante. La pâte va se défaire, se lustrer, sembler un instant impossible. Continuez : au bout de huit à dix minutes elle redevient lisse, souple et brillante.
Le pourquoiDeux cent cinquante grammes de beurre pour cinq cents de farine, soit la moitié du poids de farine, c'est le taux sur lequel convergent la Confrérie et la Raffinerie Tirlemontoise. C'est ce gras qui donne à la gaufre sa densité de brioche. [Convergence des deux références natives : Confrérie La Strème (500 g pour 1 kg) et Raffinerie Tirlemontoise (400 g pour 750 g)]
Couvrez d'un linge propre et laissez pousser à l'abri des courants d'air jusqu'à ce que la pâte double. Comptez une heure à une heure et demie dans une cuisine tempérée, davantage si elle est fraîche.
Le pourquoiLa levée est la seule étape que le froid ou la chaleur de votre maison décalent vraiment. Les Belges, note le livre Wallonie cuisine et traditions, ne conçoivent guère la pâtisserie de ménage sans levure : c'est un réflexe de pays. [Wallonie, cuisine et traditions, recettes du terroir et histoires gourmandes, 1996]
Rompez la pâte d'un coup de poing pour en chasser le gaz. Versez le sucre perlé et ramenez la pâte sur elle même quatre ou cinq fois seulement, juste de quoi répartir les grains. Divisez ensuite en pâtons d'environ cent grammes que vous roulez en boules.
Le pourquoiLe sucre perlé est le dernier venu de cette histoire : la recette de 1893 employait du candi, celle du Larousse de 1938 du sucre en poudre. Il ne s'impose qu'après les années 1920, quand l'industrie sucrière belge sait le produire. [Pierre Leclercq, Le Petit Lancelot, 26 septembre 2022 ; recette de Léon Roty, 1er janvier 1893 ; Larousse gastronomique, 1938]
Posez les boules sur un plan légèrement fariné, couvrez, et laissez les se détendre quinze minutes pendant que le fer chauffe.
Le pourquoiUne pâte qui sort du façonnage est tendue : elle résisterait au fer et la gaufre resterait compacte. Ce repos court la relâche sans relancer une vraie pousse. [Recette de la Raffinerie Tirlemontoise, qui prescrit quinze minutes de repos avant la cuisson]
Déposez un pâton au centre du fer bien chaud, fermez sans écraser, et laissez faire trois à cinq minutes. Vous allez entendre le sucre siffler puis chanter, et la cuisine va se remplir d'une odeur de beurre et de caramel. N'ouvrez pas avant la fin : la gaufre a besoin de se sceller.
Le pourquoiLe saccharose fond puis brunit au contact des plaques : ce sont ces nids de sucre fondu, et non un ajout de caramel, qui font le goût du plat. Le fer traditionnel compte vingt quatre alvéoles, ni plus ni moins. [Fédération Wallonie-Bruxelles, fiche Patrimoine vivant n°4 ; Office du tourisme de Liège]
Posez la gaufre une minute sur une grille, le temps que le caramel fige un peu et que la vapeur s'échappe. Puis mangez la à la main, tiède, sans rien dessus. Le sucre a déjà tout fait.
Le pourquoiC'est ainsi qu'elle se mange en Wallonie, dans les baraques, sur les foires et les marchés de fin d'année. La chantilly et les fruits appartiennent à la gaufre de Bruxelles, pas à celle ci. [Fédération Wallonie-Bruxelles, fiche Patrimoine vivant n°4 ; Office du tourisme de Liège ; RTBF, 13 février 2022]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
♔ Cette recette n'a jamais été testée par la communauté. Soyez le premier à fermer la couronne.
Même famille de pâte levée et de sucre dense. Le cramique appartient au groupe des douceurs wallonnes nées de la betterave de Hesbaye et du sucre de Tirlemont : cramique, craquelin, bouquètes, cougnou, galettes du Nouvel An. La gaufre de Liège en est la version cuite au fer plutôt qu'au four.
Voir la recette →CousineLe cousin du calendrier. Le Dictionnaire liégeois de Jean Haust, en 1933, note qu'au nouvel an on fait les galèts, la gaufre dure. La gaufre et le cougnou occupent la même place dans les fêtes de fin d'année liégeoises, aux côtés des fruits confits, des massepains et des spéculoos.
Voir la recette →CousineLa voisine du nord. Le stroopwafel néerlandais partage le fer et la logique du sucre, mais il inverse la solution : là où Liège enfouit ses grains de sucre dans la pâte avant cuisson, Gouda cuit une gaufre fine puis la fend pour la garnir de sirop. Deux réponses au même désir.
Voir la recette →CousineParenté lointaine, assumée comme telle. Les vafler norvégiennes relèvent de la même grande famille des pâtes cuites entre deux fers alvéolés, que Le Cannaméliste français décrivait déjà en 1751. Aucun lien historique direct avec Liège n'est documenté : c'est un air de famille, pas une filiation.
Voir la recette →CousineLa sœur ennemie, et elles n'ont aucun ancêtre commun. La liégeoise est un pâton briché au sucre perlé qu'on écrase dans le fer et qu'on mange nature, en marchant. La bruxelloise est une pâte coulante, rectangulaire, qui ne se suffit pas à elle-même et sert de support. Leurs histoires ne se croisent qu'une fois : en 1893, la même revue professionnelle imprime la première recette liégeoise le 1er janvier, et une recette dite de Bruxelles le 1er février.
Voir la recette →La parenté la plus troublante, et elle se prouve par les chiffres. Le gâteau de Verviers, tel que le donne le livre Wallonie cuisine et traditions, aligne 250 g de farine, 125 g de beurre, 125 g de sucre candi ou perlé et une pincée de cannelle. La gaufre liégeoise de Léon Roty, en 1893, alignait 300 g de farine, 125 g de beurre, 125 g de sucre candi et une pincée de cannelle. À la farine près, c'est la même pâte. L'une va au moule, l'autre au fer.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.