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Atlas Culinaire · Autriche · Burgenland
Le petit pain salé feuilleté-levé du Burgenland aux grattons de saindoux, incisé en croisillon et doré à l'œuf, roi de l'apéritif au Heuriger
Chaque automne, quand le Burgenland abat ses cochons, une fumée de saindoux fondu flotte sur les cours de ferme. Des cubes de lard gras frémissent dans la marmite jusqu'à ce qu'ils rendent leur graisse et que ne restent plus que ces petits fragments croustillants, dorés et salés : les Grammeln — les graisserons, en langue d'oc culinaire. Et dans les maisons de Neusiedl à Oberwart, depuis des temps immémoriaux, on pétrit ces graisserons dans une pâte levée pour ne rien perdre. C'est le Grammelpogatscherl.
Le nom porte déjà en lui toute une géographie. Pogatscherl est le diminutif autrichien de Pogatschen, lui-même tiré du hongrois pogácsa — venu du latin focus, le foyer, l'âtre où l'on cuisait jadis ces galettes. Car le Grammelpogatscherl est le cousin direct du tepertős pogácsa magyar, la galette aux graisserons de la cuisine paysanne hongroise. Le Burgenland, ce corridor de plaines pannoniennes rattaché à l'Autriche seulement en 1921 après des siècles d'appartenance à la Couronne hongroise, est par nature un lieu de mémoire culinaire partagée. Ici, les recettes ne connaissent pas les frontières redessinées par les traités.
La parenté est officiellement reconnue côté hongrois : le tepertős pogácsa a obtenu en 2013 le statut européen de Spécialité Traditionnelle Garantie (STG), puis en février 2026 il est entré au registre des Hungarikum — le centième trésor national hongrois — consacrant une tradition que les sources datent des ménages nobles dès les années 1770 et de la cuisine paysanne du XIXe siècle, au cœur du disznótor, l'abattage du cochon familial où rien ne se perdait.
Côté autrichien, le geste est ancré dans la même économie du respect : les Grammeln naissent précisément du refus du gaspillage. On fait fondre le saindoux de porc (Schweineschmalz), on en tire la graisse liquide pour cuisiner, et les résidus solides, finement ou grossièrement hachés selon les familles, vont dans la pâte. Au Burgenland, certains cuisiniers comme Max Stiegl, du Gut Purbach, travaillent exclusivement avec le porc Mangalitza, race à laine grasse élevée dans la plaine pannonienne, dont les graisserons ont une finesse et une richesse particulières.
La formule n'est pas fixée : « In jedem Haus werden die Pogatscherl anders gebacken », dit ORF Burgenland — dans chaque maison on les cuit autrement. Pâte simplement levée ou feuilletée par pliages successifs à la manière du tepertős pogácsa, avec ou sans Sauerrahm (crème aigre), avec ou sans vin blanc, parfois relevée d'un peu de cumin des prés ou de paprika doux. La signature absolue, en revanche, est immuable : le croisillon gravé au couteau pointu sur le dessus avant d'enfourner, cette incision qui permet à la pâte de s'ouvrir, de gonfler librement, et de livrer une croûte feuilletée dorée sur un intérieur moelleux et savoureux. À Nikitsch, village burgenlandais-croate à la frontière hongroise, on les mange encore aujourd'hui à la place du pain avec la soupe aux haricots ou aux pois — fidélité de paysan, goût d'enfance qui traverse les frontières et les siècles.
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Délayer la levure fraîche émiettée dans le lait tiède avec le sucre et une cuillère de farine prélevée sur le total. Couvrir et laisser mousser 10-15 min, jusqu'à ce que le levain-minute (Dampfl) bulle franchement en surface.
Hacher les Grammeln au couteau ou au robot, en gardant volontairement un mélange de morceaux gros et fins. Ce contraste de texture est ce qui distingue la vraie fiche d'une simple brioche salée.
Dans un grand saladier, mélanger la farine restante, le sel, le saindoux ramolli, les œufs, la crème aigre puis le Dampfl. Pétrir jusqu'à une pâte souple et homogène, incorporer enfin les grattons hachés sans trop travailler.
Couvrir d'un linge et laisser pousser à température ambiante, à l'abri des courants d'air, environ 45 min à 1 h, jusqu'à ce que la pâte double de volume.
Abaisser la pâte en rectangle d'environ 1 cm sur un plan fariné. Pour la version feuilletée à la hongroise, plier en trois, reposer 30 min au froid et répéter 2-3 fois ; sinon abaisser directement à 1,5-2 cm.
Découper des disques de 4-5 cm à l'emporte-pièce rond. Les déposer sur une plaque chemisée, puis inciser le dessus en fin croisillon (gitterförmig) au couteau bien pointu, sans aller jusqu'au fond.
Laisser reprendre une seconde pousse de 30 min, le temps de préchauffer le four à 180-200°C (chaleur traditionnelle). Les pogatscherl doivent regonfler légèrement.
Badigeonner le dessus de jaune d'œuf battu en insistant dans les croisillons, puis parsemer de cumin et d'un peu de gros sel selon le goût.
Enfourner à mi-hauteur 15-20 min, jusqu'à ce que les Grammelpogatscherl soient bien dorés et que les croisillons ressortent. Laisser tiédir sur grille et servir tièdes, à l'apéritif.
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Sourcer ou se taire
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