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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Le registre national n'en connaît aucune, la province en compte sept — et si l'on avait cherché le mot saucisse plutôt que le mot salaison, on serait passé à côté de six sur sept.
Chercher cette saucisse au registre national du patrimoine immatériel ne donne rien : ni sous le mot saucisse séchée, ni sous le mot saucisse, ni sous le nom du bourg qui en revendique l'invention, alors que le jambon de Jinhua y figure et que tous les condiments fermentés de ce volume y sont.
On pourrait en conclure que la charcuterie cantonaise n'est pas patrimonialisée.
Ce serait faux : au niveau provincial, le Guangdong compte sept inscriptions, et l'on ne les trouve qu'en cherchant le mot salaison, plus large.
Le registre range en effet ses fiches sous un chapeau commun, les techniques de salaison de style cantonais, si bien qu'une seule des sept porte le mot saucisse dans son titre.
Une absence nationale ne dit donc rien du niveau provincial, et un négatif doit toujours être daté du niveau où il a été constaté.
Le second débat porte sur l'invention, et là encore l'État s'abstient de trancher.
Le registre inscrit côte à côte deux récits de solidité très inégale.
Celui de Huangpu, à Zhongshan, est daté : l'invention y est située sous l'ère Guangxu, entre 1875 et 1908, un artisan est nommé, son descendant qui bâtit la première grande fabrique aussi, et le registre valide la filiation en rappelant que les grandes maisons cantonaises encore leaders aujourd'hui ont été fondées ou dirigées par des gens de ce bourg.
Celui de Houjie, à Dongguan, revendique la fin des Song du Sud et huit siècles d'ancienneté, mais le registre lui-même l'introduit par une formule qui signifie on raconte, et le seul appui documentaire qu'il cite est une monographie de district des années 1909 à 1911.
Sept siècles séparent la revendication de sa première attestation écrite.
Reste enfin une question de santé qu'il serait malhonnête de taire : les viandes transformées, catégorie à laquelle ce produit appartient par définition, sont classées cancérogènes du groupe un par le Centre international de recherche sur le cancer depuis octobre 2015.
Deux précisions s'imposent cependant : l'organisme ne nomme jamais ce produit en particulier, et le surcroît de risque de dix-huit pour cent par tranche quotidienne de cinquante grammes vaut pour la catégorie entière, pas pour cette saucisse mesurée en propre.
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Le maigre est pris dans le jambon postérieur et le gras dans le lard dorsal, comme le précisent les fiches du registre provincial. L'un et l'autre sont coupés au couteau en petits dés réguliers, jamais passés au hachoir. C'est le geste qui fait la texture caractéristique de cette saucisse : à la coupe, chaque morceau de maigre et chaque cube de gras restent distincts, ce que le registre décrit d'une formule en quatre caractères, le gras et le maigre nettement séparés. Une viande hachée donnerait une pâte homogène et une tout autre mâche.
Le pourquoiLes dés de gras conservés entiers fondent lentement à la cuisson finale et libèrent leur matière grasse dans le riz ou le légume, alors qu'un gras émulsionné par le hachoir se disperse dans la masse et ne nappe plus rien.
Les dés de viande sont mélangés au sel, au sucre, à l'alcool et à la sauce de soja de première extraction, puis laissés mariner. Le registre définit le style cantonais exactement par là : une salaison au parfum marqué de sucre et d'alcool, obtenue en mélangeant intimement sel, sucre, alcool et sauce à la viande coupée. Ces quatre ingrédients ne sont pas seulement des assaisonnements. Le sel et le sucre abaissent tous deux l'activité de l'eau, l'alcool à plus de cinquante degrés complète la barrière antimicrobienne, et c'est cette triple protection qui autorise une viande crue à sécher des semaines à l'air libre.
Le pourquoiLe sel solubilise les protéines myofibrillaires de surface, qui forment en séchant un liant naturel entre les dés ; sans cette étape, la saucisse se rétracte de façon désordonnée et laisse des poches d'air à l'intérieur.
Le boyau naturel, gratté et nettoyé juste avant l'emploi comme l'exige la fiche de Gaobu, est enfilé sur l'entonnoir et rempli régulièrement. Le remplissage doit être ferme mais pas tendu à l'excès : trop lâche, la saucisse se creusera en séchant et laissera des poches d'air où l'humidité s'accumulera ; trop serrée, le boyau éclatera au premier nouage ou au premier coup de soleil. On avance sans précipitation, en accompagnant le boyau de la main pour qu'il se remplisse sans se vriller.
Le pourquoiLe boyau naturel est une membrane perméable à la vapeur d'eau : c'est par lui que la saucisse va perdre son eau pendant tout le séchage, ce qu'un boyau synthétique étanche ne permettrait pas.
Le boudin rempli est piqué sur toute sa longueur à l'aiguille d'acier, dont la fiche de Gaobu donne même le diamètre, environ huit dixièmes de millimètre. Ces piqûres ont deux fonctions. Elles évacuent l'air emprisonné entre les dés de viande, qui formerait autant de poches où l'humidité stagnerait et où la moisissure s'installerait. Et elles ouvrent au séchage des chemins de sortie supplémentaires pour l'eau, ce qui accélère et régularise la déshydratation. C'est une opération que les fabricants industriels expédient et que les fiches patrimoniales, elles, comptent parmi les étapes canoniques.
Le pourquoiL'air emprisonné est le principal facteur de développement de moisissures internes dans une charcuterie séchée, parce qu'il crée des microcavités où l'humidité relative reste élevée alors que la surface, elle, a déjà séché.
Le boudin est divisé en tronçons courts par des ligatures régulières. La fiche de Gaobu donne la longueur, deux à trois centimètres, et surtout la raison : ce format court et trapu favorise une exposition uniforme à la lumière et à la chaleur sur toutes les faces. C'est de là que vient le dicton de Dongguan, que la saucisse y est courte et grosse, et c'est aussi de là que vient le nom de la saucisse du petit, un artisan de la fin des Qing dont les saucisses traînaient par terre quand il allait les vendre et dont la femme suggéra de les raccourcir.
Le pourquoiUn tronçon court a un rapport surface sur volume plus élevé qu'un long, ce qui accélère et surtout homogénéise le séchage ; c'est le même principe qui fait qu'un petit fromage s'affine plus vite qu'une grande meule.
Les chapelets sont suspendus à l'air libre, au soleil et au vent, dans une saison précise. Les fiches provinciales sont explicites : la production traditionnelle se fait à la saison sèche et peu pluvieuse de l'automne et de l'hiver, et le séchage au soleil se fait principalement au douzième mois lunaire. C'est l'étymologie même du nom du produit, ce douzième mois donnant son caractère au mot qui désigne toutes les salaisons chinoises. Le proverbe local le dit autrement : quand se lève le vent d'automne, on mange les salaisons. Ce n'est pas du folklore, c'est une contrainte technique — un air froid, sec et venteux déshydrate sans que la viande ait le temps de se gâter, ce qu'un air doux et humide ne permet pas.
Le pourquoiLa déshydratation abaisse l'activité de l'eau sous le seuil de développement de la plupart des bactéries d'altération ; combinée au sel, au sucre et à l'alcool déjà présents, elle stabilise le produit sans aucun traitement thermique.
Le séchage au soleil est achevé par une phase de séchage doux à la chaleur, que la fiche de Gaobu décrit d'une image très juste : on termine au feu doux jusqu'à ce que la saucisse soit translucide et sèche. Cette finition n'est pas une cuisson — la saucisse reste crue et devra être cuite avant d'être mangée — mais un achèvement de la déshydratation, qui stabilise le produit à cœur et lui donne son aspect définitif, brillant et ambré par transparence. C'est aussi elle qui permet une conservation longue, alors qu'un séchage arrêté trop tôt laisserait un cœur humide.
Le pourquoiUne chaleur douce et prolongée achève d'égaliser l'humidité entre le cœur et la surface par diffusion, alors qu'une chaleur vive sécherait la croûte et enfermerait l'eau à l'intérieur, défaut que les charcutiers appellent le croûtage.
La saucisse séchée n'est pas un saucisson : elle n'a pas été fermentée ni affinée, seulement déshydratée, et elle doit impérativement être cuite avant d'être mangée. L'usage cantonais le plus répandu est de la poser en biseau sur un riz en cocotte d'argile au moment où l'eau vient d'être absorbée, puis de couvrir dix minutes : le gras fond alors doucement et coule le long des grains. À la vapeur, dix à quinze minutes suffisent. Coupée fine et en biais, elle parfume aussi les légumes verts sautés et le riz gluant. Deux ou trois rondelles suffisent pour une assiette : c'est un condiment de viande, pas une portion de charcuterie.
Le pourquoiLa cuisson est ici une exigence sanitaire et non gustative : le séchage stabilise le produit mais ne le rend pas propre à la consommation crue, contrairement aux charcutières fermentées européennes qui passent par une acidification.
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Sourcer ou se taire
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