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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Le curry de poisson des Nyonya de Penang, où l'huile qui remonte sur le rempah décide de tout avant même que le tamarin n'entre en scène.
La fiche « Asam Pedas » du registre Pemetaan Budaya du Jabatan Kebudayaan dan Kesenian Negara (JKKN, notice 957) rattache explicitement le plat à Melaka et au Johor, et décrit un procédé où le rempah est mis à revenir puis immédiatement noyé dans un bouillon que l'on complète d'eau de tamarin, de légumes et de poisson — la cuisson se joue dans le liquide.
Le recueil Nyonya Flavours, fruit de deux années de collecte de la State Chinese (Penang) Association avec Star Publications sous la direction de June Wong, impose au contraire pour le gulai tumis penangais que la pâte d'épices soit frite dans l'huile jusqu'à ce que celle-ci se sépare, « pour en tirer le parfum et la couleur » — c'est ce tumis prolongé, et non le tamarin, qui donne son nom au plat et sa robe rouge brique à la sauce.
La ligne aromatique diverge aussi : chef Florence Tan, Nyonya de Melaka qui a promu cette cuisine pendant cinquante ans, monte son gerang asam melakien aux feuilles de combava, quand la version penangaise revendique le daun kesum (Persicaria odorata) et le bouton de bunga kantan — un ajout que Wikipédia signale comme parfois refusé par les cuisiniers malais conservateurs, qui estiment qu'il déséquilibre l'accord herbacé d'origine.
Enfin l'acidité elle-même n'est pas la même : les Nyonya de Penang doublent le tamarin de tranches séchées d'asam gelugor, fruit de Garcinia atroviridis décrit par le Malaysia Biodiversity Information System (MyBIS) comme un acidifiant « extrêmement acide » issu d'un arbre qui n'a rien à voir avec le tamarinier, et qui a donné son nom au district penangais de Gelugor.
Deux plats cousins, donc, mais un état d'origine différent, une technique tranchée (huile séparée contre bouillon), un herbier différent et un acide de plus du côté de Penang.
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Frottez les tronçons de raie ou de thazard avec une cuillère à café de gros sel et une cuillère à café de curcuma en poudre, puis laissez-les reposer vingt minutes au frais avant de les rincer et de les éponger. Ce frottage n'est pas cosmétique : le sel tire l'eau de surface et raffermit les protéines de la chair, tandis que le curcuma neutralise l'odeur ammoniaquée que les poissons cartilagineux comme la raie développent en quelques heures. Vous verrez le mucus translucide se détacher en filaments et l'eau de rinçage passer du trouble au clair, et vous sentirez l'odeur virer du marin agressif au marin franc. La cible est une chair mate, jaune pâle, sèche au toucher, qui ne colle plus aux doigts. Si l'odeur d'ammoniaque persiste après rinçage, faites tremper dix minutes dans de l'eau additionnée de deux cuillères à soupe de jus de tamarin puis rincez de nouveau — et si elle résiste encore, le poisson n'est plus assez frais pour ce plat.
Le pourquoiLe sel dénature partiellement les protéines de surface et abaisse l'activité de l'eau, ce qui limite la conversion de l'oxyde de triméthylamine en triméthylamine, molécule responsable de l'odeur de poisson avancé, particulièrement rapide chez les élasmobranches qui stockent de l'urée dans leurs tissus.
Enveloppez les 15 g de belacan dans une feuille de papier cuisson et faites-le griller à sec dans une poêle chaude deux à trois minutes par face, pendant que les piments secs épépinés trempent dans un bol d'eau très chaude. Le grillage est obligatoire parce qu'il volatilise les amines les plus agressives de la pâte de crevette fermentée et déclenche des réactions de Maillard entre les acides aminés libres et les sucres résiduels, ce qui transforme une odeur de vase en parfum de crevette torréfiée. Vous entendrez le papier crépiter faiblement, l'odeur envahira la cuisine en une minute, et le bloc passera du brun humide et souple au brun grisé qui s'effrite entre les doigts. Les piments, eux, doivent redevenir souples et charnus, reprendre une couleur rouge sombre brillante, et se plier sans casser. Si votre belacan brûle et sent le caramel amer, jetez-le et recommencez avec un feu plus doux, car cette amertume traversera tout le plat.
Le pourquoiLe grillage provoque des réactions de Maillard et volatilise la triméthylamine et les amines biogènes de la crevette fermentée ; le trempage des piments réhydrate leurs parois cellulaires, ce qui permet un broyage en pâte lisse et libère les caroténoïdes responsables de la couleur.
Passez au mixeur, dans cet ordre, les piments égouttés, les échalotes, l'ail, la citronnelle émincée, le curcuma frais, le galanga, les noix de bancoul et enfin le belacan grillé émietté, en ajoutant une à deux cuillères à soupe d'eau seulement si la lame patine. L'ordre compte : les ingrédients fibreux comme la citronnelle et le galanga doivent être attaqués quand la cuve contient déjà de la matière humide, sinon ils échappent aux lames et restent en filaments qui se retrouveront sous la dent. Le mélange passe du rouge vif hétérogène à une pâte homogène orangé foncé, épaisse comme une purée serrée, qui laisse une trace nette quand on y passe la spatule. La cible est une pâte sans le moindre point blanc d'échalote ni fibre de citronnelle visible, capable de tenir en tas sur une cuillère. Si vous avez ajouté trop d'eau et obtenu une soupe, ce n'est pas perdu : allongez simplement le temps de tumis à l'étape suivante jusqu'à ce que l'excédent s'évapore et que l'huile ressorte.
Le pourquoiLe broyage rompt les parois cellulaires et libère les composés liposolubles — capsaïcine, curcumine, caroténoïdes, huiles essentielles du galanga et de la citronnelle — qui ne pourront diffuser dans la sauce qu'à travers la phase grasse lors de la friture.
Faites chauffer les 120 ml d'huile dans un wok ou une sauteuse à fond épais, versez tout le rempah et faites-le revenir à feu doux à moyen en remuant sans arrêt pendant douze à quinze minutes : c'est le geste qui donne son nom au plat et le sépare de l'asam pedas malais, où le rempah est mouillé bien plus tôt. Le but est de cuire les échalotes et l'ail jusqu'à disparition de leur âpreté sulfurée, de torréfier les épices dans le gras, et surtout d'atteindre le stade pecah minyak où l'émulsion se casse et où l'huile rouge ressort à la surface. Au début la pâte bouillonne bruyamment en projetant de la vapeur, puis le bruit devient plus mat et grésillant, la couleur fonce du orangé au brique profond, et une pellicule d'huile teintée de rouge apparaît sur les bords et au centre. La cible est atteinte quand vous pouvez creuser un sillon à la spatule et que l'huile s'y écoule immédiatement, comme une flaque. Si le rempah accroche et brunit trop vite, baissez le feu et ajoutez une cuillère à soupe d'huile plutôt que d'eau — l'eau relance la cuisson à la vapeur et vous fait repartir de zéro.
Le pourquoiLa friture prolongée élimine l'eau libre jusqu'à rupture de l'émulsion eau-huile-solides ; l'huile relarguée devient alors le solvant des pigments et arômes liposolubles, ce qui fixe la couleur et le parfum du curry, tandis que la chaleur sèche déclenche les réactions de Maillard sur les sucres et acides aminés des échalotes.
Malaxez la pulpe de tamarin dans les 600 ml d'eau tiède, passez au chinois en pressant bien, puis versez ce jus sur le rempah frit avec les trois tranches d'asam gelugor, le sucre de palme et le sel, et laissez frémir douze minutes à découvert. Les deux acidifiants ne font pas le même travail : le tamarin apporte une acidité ronde et fruitée immédiate, l'asam gelugor une acidité plus tranchante et persistante qui se libère lentement, et c'est leur superposition qui signe le style penangais. Vous verrez la sauce passer du rouge opaque au rouge translucide et brillant, l'huile remonter de nouveau en perles à la surface, et le volume se réduire d'environ un cinquième. La cible est une sauce qui nappe légèrement la cuillère, franchement acide mais avec une pointe sucrée en arrière-bouche. Si elle vous paraît agressive, retirez immédiatement les tranches de gelugor et ajoutez cinq grammes de sucre de palme ; si elle est trop molle, laissez les tranches deux minutes de plus plutôt que d'ajouter du jus de citron, qui donnerait une acidité verte étrangère au plat.
Le pourquoiL'acide tartrique du tamarin et les acides citrique, malique et hydroxycitrique de Garcinia atroviridis abaissent le pH de la sauce sous 4, ce qui va coaguler les protéines du poisson plus vite et de façon plus ferme qu'en milieu neutre.
Ajoutez d'abord les tronçons d'aubergine, laissez-les quatre minutes, puis les gombos entiers et les quartiers de tomate pour deux minutes de plus, sans jamais couvrir la casserole. L'ordre suit la densité et la teneur en eau : l'aubergine, spongieuse, doit avoir le temps d'absorber la sauce et de devenir fondante, tandis que les gombos ne demandent qu'un passage court et doivent rester croquants. Le refus de couvrir n'est pas un détail : les gombos entiers, pédoncule paré sans entamer la gousse, ne libèrent leur mucilage que si on les blesse ou si on les étouffe à la vapeur. Vous verrez l'aubergine virer du blanc au rouge translucide et s'affaisser légèrement, les gombos passer au vert olive vif, et la sauce épaissir imperceptiblement. Si la sauce a trop réduit, ajoutez cinquante millilitres d'eau chaude plutôt que de l'eau froide, qui casserait l'ébullition et ferait retomber l'émulsion d'huile.
Le pourquoiLe mucilage du gombo est un polysaccharide hydrosoluble libéré par section des cellules et par cuisson prolongée en milieu humide clos ; le laisser entier et à découvert en milieu acide limite fortement cette libération.
Glissez les tronçons de poisson dans la sauce frémissante en une seule couche, baissez le feu pour que la surface tremble sans bouillonner, et laissez cuire cinq à six minutes en ne retournant les morceaux qu'une seule fois, à la spatule, à mi-cuisson. On ne remue jamais un gulai tumis à la cuillère : la chair de raie ou de thazard se sépare en lamelles dès qu'elle est cuite et un tour de cuillère la réduit en charpie dans la sauce. Le frémissement doux compte autant que le temps, parce qu'une ébullition franche fait se contracter brutalement les fibres et expulse l'eau de la chair, qui devient sèche tout en diluant la sauce. Vous verrez la chair passer du translucide à l'opaque nacré depuis les bords, et la ligne de cuisson progresser visiblement vers le centre du morceau. La cible est un cœur qui vient de tourner opaque et se détache en lamelles sous la pointe d'un couteau sans résistance ; si un morceau reste translucide au centre, laissez-le trente secondes de plus hors du feu, la chaleur résiduelle de la sauce suffira.
Le pourquoiLes protéines myofibrillaires du poisson coagulent entre 50 et 60 °C, et le milieu acide de la sauce accélère cette dénaturation ; au-delà, la contraction du collagène expulse l'eau intracellulaire et assèche la chair irrémédiablement.
Éteignez le feu, retirez les tranches d'asam gelugor, dispersez la bunga kantan émincée très fin et les feuilles de daun kesum effeuillées, couvrez et laissez reposer dix minutes avant de servir. Ces deux herbes sont des aromates volatils : leurs huiles essentielles se dégradent en quelques minutes à l'ébullition et il faut au contraire les laisser infuser dans une sauce chaude mais immobile pour qu'elles parfument sans cuire. Le repos joue un second rôle, celui de laisser la sauce pénétrer les fibres du poisson et l'aubergine absorber ce qu'elle peut encore prendre, si bien que le plat est meilleur tiède que brûlant. Vous sentirez monter d'abord la note florale et légèrement résineuse de la fleur de gingembre, puis l'odeur poivrée et citronnée du daun kesum, et la sauce en surface aura pris une nappe d'huile rouge parfaitement lisse. Si le parfum de bunga kantan vous semble faible, ajoutez quelques lamelles crues au dressage plutôt que de rallumer le feu, qui les rendrait savonneuses.
Le pourquoiLes monoterpènes et sesquiterpènes de la bunga kantan et les aldéhydes du daun kesum sont hautement volatils et se perdent au-dessus de 90 °C ; l'infusion hors du feu maximise leur extraction dans la phase grasse sans les évaporer.
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Sourcer ou se taire
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