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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Une coque sèche et sablonneuse de sésame, un cœur de maltose qui coule encore froid, et une forme de sabot de cheval que seul le four-jarre vertical peut expliquer.
Bukit Tambun se trouve dans la Province Wellesley, partie continentale de l'État de Penang, et donne son nom au tambun biscuit, autre nom du tau sar pneah fourré aux haricots mungo — un nom dont le portail officiel MyPenang rapporte d'ailleurs qu'un descendant de la maison Him Heang le déclare purement inventé.
Tambun tout court est un faubourg d'Ipoh, dans l'État de Perak, à quelque trois cents kilomètres de là, et c'est celui-là que documente Free Malaysia Today le 21 février 2026 sous le titre « Heong Peng biscuits of Tambun », en localisant les ateliers « along Jalan Tambun Baru » et en nommant les artisans : Teoh Seng Nyap, quarante-sept ans, son beau-frère Liew Ming Foon, cinquante-quatre ans, et l'épouse de ce dernier Teoh Fei Looi, à la tête d'IXiang Biscuits and Confectionery depuis plus de quarante ans.
Deux Tambun, deux biscuits, deux États — et une confusion permanente dans les guides.
La deuxième querelle porte sur le berceau : Wikipédia fait naître le heong peng à Teluk Intan, dans le sud de Perak, tandis que toute la production visible et toute la couverture de presse se concentrent sur Ipoh, et singulièrement sur Gunung Rapat, où le magazine Neocha a documenté l'atelier 362 Heong Peah tenu par un certain Uncle Liow, présenté comme l'un des tout premiers ouvriers de la marque Yee Hup avant de s'établir à son compte.
La troisième divergence est technique et se lit à même les sources : Neocha décrit chez Uncle Liow quatre fours de brique cylindriques travaillant à 300 °C, quand le reportage du quotidien sinophone Sin Chew Daily du 16 septembre 2024, consacré à Liao Mingkuan — le même Liew Ming Foon, l'atelier 爱乡 étant l'IXiang de Free Malaysia Today — mesure ses cuves à environ 250 °C après refroidissement à l'eau.
Sur un point en revanche Liao Mingkuan est catégorique et tranche un débat que les visiteurs posent sans cesse, celui du combustible : il refuse le charbon de bois noir au profit des seules coques de coco, parce que « 黑炭经过焚烧后, 黑灰会沾到饼上,不及椰壳干净 » — le charbon noir, une fois brûlé, dépose une cendre grise sur les biscuits, il n'est pas aussi propre que la coque de coco.
C'est le même artisan qui livre l'explication du nom hokkien du biscuit, 馬蹄酥, le sabot de cheval : « 因为馅料是麦芽,贴到炉壁烘烤时,麦芽会从高处往下流,最后烘出来的饼形如马蹄 » — parce que la farce est du maltose, quand on colle le biscuit à la paroi du four, le maltose coule du haut vers le bas, et le biscuit sort avec la forme d'un sabot.
Le nom du gâteau est donc la trace d'une contrainte physique de la cuisson verticale, ce qu'aucune fabrication industrielle en four horizontal ne peut plus produire.
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Faites griller la farine à sec dans une poêle épaisse à feu moyen-doux, en remuant sans arrêt, jusqu'à ce qu'elle prenne une couleur de sable mouillé et dégage une odeur franche de biscuit chaud — comptez huit à dix minutes, et retirez-la du feu avant qu'elle ne fonce vraiment. Faites tiédir dans une casserole le sirop de maltose avec le sucre de palme râpé et le sel, juste assez pour que le tout devienne fluide et homogène, sans jamais faire bouillir. Hors du feu, incorporez la farine grillée puis les échalotes frites concassées et leur huile parfumée, et travaillez à la spatule jusqu'à une pâte brune, lourde, lentement filante. Laissez-la refroidir au moins une heure : elle doit devenir tout juste maniable, se rouler en boules qui gardent leur forme trente secondes avant de commencer à s'affaisser. Si elle reste franchement liquide à froid, ajoutez de la farine grillée cuillerée par cuillerée ; si elle durcit et se casse, une cuillerée de maltose tiède la rattrape.
Le pourquoiGriller la farine dextrinise son amidon, c'est-à-dire fragmente les longues chaînes de glucose en fragments plus courts. La farine perd sa capacité à faire de la colle crue et gagne un pouvoir épaississant immédiat à froid, plus les arômes grillés issus de la réaction de Maillard entre ses protéines et ses sucres. C'est ce qui permet de structurer le maltose sans le cuire.
Comme pour toute pâtisserie sèche chinoise, on prépare deux pâtes complémentaires que l'on emboîtera. La pâte à l'eau se pétrit avec la farine T55, la matière grasse, le sucre et l'eau froide jusqu'à devenir souple, lisse et un peu élastique sous la paume. La pâte grasse ne mélange que la farine faible et la matière grasse, du bout des doigts, sans une goutte d'eau, jusqu'à une masse mate et compacte. Filmez les deux et laissez reposer vingt minutes. La cible est que les deux pâtes offrent exactement la même résistance sous le pouce : c'est la seule garantie qu'elles s'étireront ensemble. Si la pâte grasse est plus molle, dix minutes au frais suffisent à l'égaliser ; si c'est la pâte à l'eau qui est trop ferme, mouillez-vous les mains et repétrissez-la trente secondes.
Le pourquoiSeule la pâte à l'eau contient de l'eau : c'est donc la seule à développer du gluten et à produire de la vapeur à la cuisson. La pâte grasse, imperméable, s'intercale entre les feuillets et les empêche de se souder. L'alternance des deux, obtenue par laminage, est tout le principe du feuilletage.
Aplatissez un pâton de pâte à l'eau, posez au centre un pâton de pâte grasse, refermez et pincez la soudure, puis roulez en boule bien close. Soudure vers le haut, abaissez la boule au rouleau en une bande allongée, puis enroulez-la sur elle-même. Laissez reposer quinze minutes sous un linge, puis répétez : aplatissez le rouleau dans sa longueur, abaissez à nouveau en bande, enroulez encore. Deux tours suffisent, et il ne faut pas en faire plus : le heong peng n'a pas besoin d'un feuilletage aussi spectaculaire que le karipap pusing, mais d'une coque qui se fissure en écailles sèches. Laissez reposer une dernière fois quinze minutes. Si de l'huile suinte à travers la pâte à l'eau, c'est que vous avez trop chauffé la pâte en la travaillant : remettez tout au frais dix minutes avant de continuer.
Le pourquoiChaque tour double le nombre d'interfaces grasse/hydratée. Le repos intercalaire laisse le gluten se détendre : sans lui, la pâte se rétracte sous le rouleau et déchire ses propres couches, ce qui laisse fuir le maltose à la cuisson.
Écrasez un rouleau du plat de la main puis abaissez-le en disque en gardant le centre plus épais que les bords. Posez au milieu une boule de farce au maltose et refermez la pâte tout autour en tournant la boule dans la paume, comme on ferme une bourse, jusqu'à ce que la farce disparaisse entièrement. Pincez la fermeture, arrachez le surplus de pâte, retournez soudure en bas et aplatissez très doucement à la paume, sans écraser : le heong peng doit rester bombé, presque sphérique, et non plat comme un tau sar pneah. Contrôlez chaque biscuit à contre-jour ou du bout du doigt : la moindre zone où la pâte est translucide cédera sous la pression du sirop bouillant. Une coque percée se répare en collant une petite pastille de pâte prélevée sur un autre pâton, toujours du côté de la soudure.
Le pourquoiLe maltose devient extrêmement fluide au four et sa dilatation, ajoutée à la vapeur de la pâte, crée une pression interne réelle. La coque doit donc être d'épaisseur uniforme : c'est un contenant sous pression, pas une simple enveloppe. Garder le centre du disque épais avant l'enveloppement compense l'étirement subi par la pâte au façonnage.
Préparez la bouillie adhésive en délayant la farine dans l'eau jusqu'à une consistance de crème très liquide : c'est le 水皮, la « peau d'eau » que les ateliers d'Ipoh appliquent sous chaque biscuit pour qu'il tienne collé à la paroi verticale du four. Trempez-y le dessous de chaque boule sur un demi-centimètre, égouttez, et posez sur la plaque. Humectez ensuite le dessus au pinceau et roulez-le dans les graines de sésame en pressant légèrement, de manière à couvrir tout le dôme d'une couche dense et régulière — pas quelques grains épars, mais une véritable croûte de sésame. Liao Mingkuan, qui pose ses biscuits à la main dans ses cuves depuis l'âge de quatorze ans, décrit ce geste avec une exigence de carreleur : « 贴的时候要平整,好像要贴瓷砖一样 », il faut poser bien à plat, comme quand on colle du carrelage. Si le sésame ne tient pas, la surface était trop sèche : repassez un coup de pinceau humide et recommencez.
Le pourquoiLa bouillie de farine gélatinise dès les premières secondes de cuisson et forme une semelle mate qui joue deux rôles : à l'atelier, elle scelle le biscuit contre la paroi de la jarre le temps que la pâte prenne ; au four domestique, elle constitue une barrière étanche qui retient le maltose fondu du côté intérieur.
À l'atelier, la cuisson se fait par contact avec la paroi d'une cuve chauffée aux coques de coco incandescentes, dans une fourchette de température que les sources situent entre 250 °C, selon les mesures rapportées par Sin Chew Daily chez Liao Mingkuan après refroidissement à l'eau, et 300 °C, selon le relevé du magazine Neocha dans les fours de brique d'Uncle Liow à Gunung Rapat. À la maison, préchauffez à 210 °C chaleur voûte et sole, enfournez à mi-hauteur et comptez quinze à vingt minutes. Vous verrez la coque gonfler, se fissurer en fines écailles, et le sésame passer du blanc au blond doré : c'est le sésame qui indique la cuisson, pas la pâte. Une odeur de sucre brûlé signifie que du maltose a fui et caramélise sur la plaque — sortez immédiatement, ces biscuits-là seront creux mais restent mangeables. La cible est un biscuit léger, sonore quand on tapote le dessus, dont le sésame est doré sans être brun.
Le pourquoiLa forte chaleur est indispensable : elle vaporise l'eau de la pâte à l'eau assez vite pour soulever les feuillets avant que la graisse n'ait fini de fondre et de s'écouler. Une cuisson douce laisserait la graisse quitter le feuilletage sans qu'il ait travaillé, et le biscuit sortirait dense et gras. C'est le même arbitrage que pour un chou ou un feuilleté français.
Décollez les biscuits de la plaque à la spatule dès la sortie du four — les ateliers de Gunung Rapat, eux, les détachent de la paroi de leurs fours au grattoir — puis laissez-les refroidir sur grille, séparés, sans les empiler. Comptez au minimum quarante-cinq minutes, et vérifiez en posant le dos de la main sur le dôme avant de servir : la coque peut être froide alors que le maltose du centre est encore à température de brûlure, parce que le sirop est dense, pauvre en eau libre et mauvais conducteur. Une fois froids, ils se rangent en boîte hermétique et se gardent une semaine à dix jours, le temps que la coque ramollisse — c'est précisément parce qu'ils prennent l'humidité que les vendeurs malaisiens les écoulent en sachets de huit ou dix pièces plutôt qu'en grand conditionnement. Un biscuit ramolli retrouve son croustillant après cinq minutes à 150 °C, suivies d'un refroidissement complet.
Le pourquoiLe croustillant de la coque tient à des zones amorphes très sèches, hygroscopiques par nature. Elles absorbent l'humidité de l'air, plastifient et passent de cassantes à souples. Un passage au four les redessèche et un refroidissement complet les refige : c'est réversible tant que la coque n'a pas été mouillée par la farce.
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Sourcer ou se taire
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