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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Le tamal du llano â deux feuilles, une masa rouge d'onoto et un riz garni qui n'existe nulle part ailleurs en Colombie ; on l'assemble Ă quinze autour d'une table, jamais seul
CÎté vénézuélien, la hallaca caraqueña est le tamal de Noël national et beaucoup de sources la présentent comme la matrice dont la version colombienne serait une copie de frontiÚre.
CĂŽtĂ© colombien, Cristian Alejandro Chisaba Pereira et Raquel DĂaz HenrĂquez, dans « Llano Adentro â Orinoquia: gastronomĂa nĂłmada » (Universidad de los Andes, tome 7 de la Biblioteca bĂĄsica de cocinas tradicionales de Colombie du Ministerio de Cultura), classent la hallaca parmi les plats fondateurs des quatre dĂ©partements llaneros et rappellent que sa forme primitive Ă©tait indigĂšne, farcie de terecay, galĂĄpago, lapa ou cachicamo â c'est-Ă -dire de gibier de riviĂšre et de savane, bien avant l'arrivĂ©e du porc et du poulet europĂ©ens.
Le point tranchĂ© est technique et non identitaire : la hayaca du Meta et du Casanare se construit sur un RIZ GARNI (riz cuit mĂȘlĂ© de pommes de terre rĂąpĂ©es, carottes et petits pois) posĂ© entre deux couches de masa, quand la hallaca caraqueña se construit sur un guiso liquide directement enfermĂ© dans la masa.
Mery de Trigos, cuisiniĂšre de rĂ©fĂ©rence de Villavicencio, formalise cette base de riz dans sa recette pour cinquante unitĂ©s â c'est ce riz qui signe le llano.
DeuxiÚme querelle, orthographique : « hayaca » avec y grec est la graphie llanera colombienne courante, « hallaca » la graphie vénézuélienne et académique ; les deux circulent au Meta sans qu'aucune institution n'ait tranché.
TroisiĂšme point, devenu juridique : la farce au terecay (tortue de riviĂšre) et au galĂĄpago dĂ©crite comme ancestrale par Chisaba et DĂaz relĂšve aujourd'hui d'espĂšces protĂ©gĂ©es en Colombie â la recette historique n'est plus lĂ©galement reproductible et se documente sans se cuisiner.
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La veille au soir, mettre le porc et le poulet dans un grand saladier avec la cebolla larga Ă©mincĂ©e, l'ail Ă©crasĂ©, le cumin et le sel, malaxer Ă pleines mains deux minutes pour que l'assaisonnement entre dans la chair, couvrir et rĂ©server au frais. Dans un autre rĂ©cipient, couvrir les petits pois secs de trois fois leur volume d'eau froide. C'est ce temps mort qui fait toute la diffĂ©rence â la marinade de nuit dissout une partie des protĂ©ines de surface et le sel migre au cĆur du muscle, si bien que la viande reste juteuse aprĂšs trois heures de bain-marie. Au matin, la viande doit sentir l'ail et l'oignon frais, pas l'aigre ; les petits pois doivent avoir doublĂ© de volume et cĂ©der sous l'ongle. Si vous avez oubliĂ© la veille, salez la viande deux heures avant et utilisez des petits pois surgelĂ©s â la hayaca sera correcte, pas mĂ©morable.
Le pourquoiLe salage à l'avance est un saumurage sec : le sel dénature les protéines myofibrillaires qui retiennent alors davantage d'eau à la cuisson (effet identique à celui d'une saumure liquide, sans dilution du goût).
Cuire le riz Ă l'eau salĂ©e jusqu'Ă complĂšte cuisson, puis l'Ă©taler sur une plaque pour qu'il refroidisse vite. Cuire les pommes de terre, les rĂąper grossiĂšrement une fois tiĂšdes. RĂąper la carotte crue. Ăgoutter les petits pois cuits. MĂ©langer le tout au riz froid, du bout des doigts, sans Ă©craser. On cherche une masse grumeleuse et sĂšche, pas un risotto. Ce riz garni est la base propre Ă la hayaca llanera â c'est lui qui absorbe le jus des viandes pendant les trois heures de cuisson au lieu de le laisser noyer la masa. Le mĂ©lange est rĂ©ussi quand une poignĂ©e pressĂ©e dans le poing garde sa forme puis s'Ă©miette d'une pichenette. S'il colle, il est trop humide : l'Ă©taler encore vingt minutes Ă l'air.
Le pourquoiUn riz refroidi rĂ©trograde une partie de son amidon, ce qui rigidifie les grains et les empĂȘche de se coller entre eux â exactement ce qu'on veut pour une farce qui doit rester lisible Ă la dĂ©coupe.
Chauffer doucement quatre cuillerées d'huile avec l'onoto deux minutes, jusqu'à ce que l'huile prenne une couleur brique franche, puis filtrer et jeter les graines. Verser cette huile colorée dans la farine de riz, ajouter le sel, puis le bouillon de cuisson des viandes tiÚde, petit à petit, en pétrissant. La masa doit devenir souple, homogÚne, d'un orangé profond, et se détacher des parois du saladier. Trop sÚche, elle craquera au pliage ; trop liquide, elle fuira. La cible est une pùte qui se laisse étaler à la cuillÚre en couche de 4 mm sans se déchirer et sans couler. Si elle est trop molle, rattraper avec une cuillerée de farine de riz à la fois ; trop ferme, une louche de bouillon.
Le pourquoiLes carotĂ©noĂŻdes de l'onoto (bixine) sont liposolubles : ils ne libĂšrent leur couleur que dans un corps gras chaud, jamais dans l'eau â d'oĂč l'huile infusĂ©e plutĂŽt qu'un ajout direct Ă la masa.
Passer chaque feuille de bijao et de plĂĄtano, face brillante vers le bas, trois Ă cinq secondes au-dessus d'une flamme vive ou d'une plaque trĂšs chaude. La feuille change de couleur â d'un vert mat elle passe Ă un vert profond luisant â et devient souple comme du tissu. Essuyer aussitĂŽt avec un linge humide, puis couper des rectangles d'environ 30 Ă 25 cm. Cette Ă©tape n'est pas cosmĂ©tique : une feuille crue est rigide, ses nervures cassent au pliage et le tamal prend l'eau. Une feuille bien passĂ©e se plie sans un bruit. Si elle brunit ou se rĂ©tracte, la flamme Ă©tait trop proche â la feuille est brĂ»lĂ©e, elle donnera un goĂ»t de cendre.
Le pourquoiLa chaleur brÚve fait éclater les cellules de la cuticule cireuse et évapore l'eau des nervures rigides, ce qui rend la feuille pliable et libÚre ses composés aromatiques volatils dans la masa.
Poser une feuille de plĂĄtano, puis une feuille de bijao par-dessus. Ătaler au centre une couche de masa de 4 mm sur un rectangle de 15 Ă 12 cm. DĂ©poser deux grosses cuillerĂ©es de riz garni, puis un morceau de porc et un morceau de poulet marinĂ©s. Recouvrir d'une seconde couche fine de masa. Rabattre les deux grands cĂŽtĂ©s de la feuille l'un sur l'autre, puis les deux extrĂ©mitĂ©s, pour obtenir un rectangle plat et carrĂ© â la hayaca llanera est APLATIE, pas boudinĂ©e comme un tamal andin. Ficeler en croix, serrĂ© mais sans Ă©trangler. Une hayaca rĂ©ussie est rĂ©guliĂšre, plate, et ne laisse rien suinter quand on la retourne dans la main. Si elle est bombĂ©e, il y a trop de garniture : elle Ă©clatera.
Le pourquoiLa forme aplatie maximise la surface d'Ă©change thermique : le cĆur du tamal atteint la tempĂ©rature de gĂ©latinisation de l'amidon de riz (environ 70 °C) beaucoup plus vite que dans un boudin Ă©pais, d'oĂč une masa cuite de part en part.
Tapisser le fond d'une grande marmite de chutes de feuilles â elles empĂȘchent les hayacas du bas de brĂ»ler. Ranger les hayacas debout ou Ă plat, bien serrĂ©es, couvrir d'eau bouillante salĂ©e, poser une assiette lourde par-dessus pour qu'elles ne remontent pas, et cuire Ă frĂ©missement soutenu pendant trois heures. Remettre de l'eau bouillante si le niveau descend sous les tamales â jamais d'eau froide, qui casserait la cuisson. Le liquide doit trembler, pas bouillonner Ă gros bouillons : une Ă©bullition violente fait danser les hayacas et les ouvre. Au bout de trois heures, l'eau est trouble et parfumĂ©e, la maison sent le bijao chaud.
Le pourquoiLe bain-marie plafonne Ă 100 °C et transmet la chaleur par conduction humide, ce qui cuit l'amidon sans jamais dessĂ©cher les viandes â c'est le principe mĂȘme du tamal depuis les cuisines prĂ©colombiennes.
Sortir les hayacas de l'eau et les laisser reposer vingt minutes, posĂ©es Ă plat, avant d'ouvrir. Ce repos permet Ă la masa de finir de prendre et au jus de se redistribuer â ouverte brĂ»lante, la hayaca s'affaisse. Servir la hayaca fermĂ©e sur l'assiette, chacun dĂ©noue sa ficelle et dĂ©plie sa feuille : le nuage de vapeur parfumĂ©e qui monte fait partie du plat. On mange Ă la cuillĂšre, directement dans la feuille, jamais transfĂ©rĂ© sur une assiette. Les hayacas se conservent trois jours au frais dans leur feuille et se rĂ©chauffent dix minutes Ă l'eau bouillante â jamais au micro-ondes, qui les caoutchoute.
Le pourquoiPendant le repos, l'amidon gĂ©latinisĂ© continue de se structurer en refroidissant lĂ©gĂšrement (dĂ©but de rĂ©trogradation) â la masa passe de coulante Ă tranchable.
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Sourcer ou se taire
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