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Atlas Culinaire · Guatemala · Amériques
BĆuf Ă braiser cuit lentement puis effilochĂ© Ă la main (« hilachas » = filaments), mijotĂ© dans un recado Ă©pais de tomate, miltomate et chiles guaque toastĂ©s, avec pommes de terre et gĂŒisquil â un grand classique du dĂ©jeuner familial chapĂn.
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Plongez la bavette ou le paleron dans une grande marmite d'eau avec oignon, ail, laurier, thym et sel, et laissez frĂ©mir doucement environ deux heures jusqu'Ă ce que la viande cĂšde sous la fourchette. On choisit un morceau Ă braiser parce que son collagĂšne fond lentement et donne cette chair filandreuse qui, une fois effilochĂ©e, retiendra le recado â un morceau maigre resterait sec et se dĂ©chirerait en miettes. Surveillez le frĂ©missement : de gros bouillons durciraient les fibres, on veut une cuisson tranquille oĂč la surface tremble Ă peine. La cible, c'est une viande qui se dĂ©fait toute seule quand on tire dessus. Si elle rĂ©siste encore, prolongez de vingt minutes â le braisage ne se brusque pas. Et surtout, gardez tout le bouillon : c'est la base liquide du plat.
Une fois la viande refroidie, effilochez-la Ă la main en suivant le sens des fibres, jusqu'Ă obtenir les fameux *hilachas*, ces longs filaments qui donnent son nom au plat. La source gouvernementale est formelle : on « desgaja en tiras con los dedos », Ă la main et non au couteau, car les doigts suivent naturellement la structure de la chair et produisent des brins souples qui s'imprĂšgnent de sauce. Vous sentirez la viande se sĂ©parer sans effort si le braisage Ă©tait juste. La cible, ce sont des filaments rĂ©guliers, ni en bloc ni en poussiĂšre. Si certains morceaux restent compacts, c'est qu'ils ont besoin d'un peu plus de cuisson â remettez-les un instant dans le bouillon chaud. RĂ©servez la viande effilochĂ©e et son bouillon filtrĂ©.
Sur un comal ou une poĂȘle sĂšche, faites griller les tomates, les miltomates, l'oignon et l'ail jusqu'Ă ce que leur peau noircisse par endroits, puis toastez Ă part les chiles guaque et pasa quelques secondes par face, et enfin la pepitoria, le sĂ©same, le pain et la tortilla jusqu'Ă dorĂ©s-parfumĂ©s. Ce toastage au comal est la signature du recado guatĂ©maltĂšque : il dĂ©veloppe des arĂŽmes fumĂ©s et grillĂ©s impossibles Ă obtenir autrement, et les graines toastĂ©es vont Ă©paissir la sauce en lui donnant son onctuositĂ© granuleuse. Vous entendrez les graines crĂ©piter et sentirez le parfum de noisette monter â c'est le moment de les retirer, avant qu'elles ne brĂ»lent. La cible visĂ©e : tout doit ĂȘtre dorĂ© et fumĂ©, jamais carbonisĂ©. Un chile noirci Ă l'excĂšs rendrait le recado amer. Ă la moindre fumĂ©e Ăącre, baissez aussitĂŽt le feu et retirez les graines de la poĂȘle.
RĂ©unissez dans le mixeur (ou sur la pierre Ă moudre traditionnelle) les tomates et miltomates toastĂ©s, les chiles rĂ©hydratĂ©s, l'oignon, l'ail, la pepitoria, le sĂ©same, le pain, la tortilla et le cumin, avec une louche de bouillon de bĆuf chaud, et mixez jusqu'Ă un recado Ă©pais. On vise une texture nappante, lĂ©gĂšrement granuleuse Ă cause des graines, pas une sauce liquide ni totalement lisse â c'est cette consistance qui enrobera les filaments de viande. GoĂ»tez et ajustez le sel. La cible, c'est un recado qui tient sur la cuillĂšre et glisse lentement. S'il est trop Ă©pais, dĂ©tendez-le avec du bouillon ; trop liquide, ajoutez une demi-tortilla toastĂ©e mixĂ©e. La couleur doit ĂȘtre un beau rouge brique profond, signe que les chiles et le toastage ont fait leur travail.
Chauffez l'huile dans une grande cocotte et versez-y le recado mixĂ© : il va projeter en touchant l'huile chaude, alors couvrez partiellement et baissez le feu. Faites-le cuire une dizaine de minutes en remuant, jusqu'Ă ce qu'il fonce, Ă©paississe et que son odeur passe du cru au cuit. Cette friture du recado â Ă©tape que les cuisiniĂšres appellent « sofreĂr el recado » â est essentielle : elle caramĂ©lise les sucres de la tomate, marie les Ă©pices et dĂ©barrasse la sauce de tout goĂ»t vĂ©gĂ©tal cru. Vous verrez la couleur s'assombrir et la surface se mettre Ă napper. La cible, c'est un recado luisant et concentrĂ©. S'il accroche au fond, dĂ©glacez avec une louche de bouillon. GoĂ»tez encore : c'est le moment d'Ă©quilibrer sel et piment.
Versez le reste du bouillon dans la cocotte avec le recado, ajoutez les pommes de terre en cubes et le gĂŒisquil si vous en mettez, puis laissez mijoter une vingtaine de minutes avant d'incorporer la viande effilochĂ©e. On ajoute les lĂ©gumes d'abord parce qu'ils ont besoin de temps pour s'attendrir et boire la sauce, alors que la viande dĂ©jĂ cuite n'a qu'Ă se rĂ©chauffer et s'imprĂ©gner. Laissez le tout mijoter encore dix minutes : vous verrez la sauce Ă©paissir au contact de l'amidon des pommes de terre et les filaments se gorger de recado. La cible, c'est un ragoĂ»t nappant oĂč viande et lĂ©gumes baignent dans une sauce abondante mais pas liquide. Si ça rĂ©duit trop, ajoutez du bouillon. Si c'est trop liquide, laissez Ă dĂ©couvert quelques minutes de plus pour faire rĂ©duire.
Servez les hilachas bien chaudes dans des assiettes creuses, avec du riz blanc Ă cĂŽtĂ© et une pile de tortillas de maĂŻs fraĂźches pour saucer. C'est le dĂ©jeuner familial chapĂn par excellence : on prend une tortilla, on pince un peu de viande filamenteuse nappĂ©e de recado, et on mange Ă la main. Le riz blanc n'est pas accessoire : il Ă©ponge la sauce abondante et tempĂšre le piquant. La cible, c'est une assiette gĂ©nĂ©reuse, rouge profond, parfumĂ©e, oĂč l'on distingue les filaments de bĆuf dans le recado. Disposez la viande au centre et nappez de recado tout autour. Servez aussitĂŽt, tant que c'est fumant. S'il reste des hilachas, elles sont encore meilleures le lendemain, la sauce ayant continuĂ© de pĂ©nĂ©trer la viande.
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