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Atlas Culinaire · Indonésie · Asie
Bonite entiĂšre empalĂ©e sur bĂątonnets de bambou en Y et fumĂ©e 3 Ă 4 heures sur braises de coquilles de noix de coco â la bonite fumĂ©e artisanale de Bitung, emblĂšme des pĂȘcheurs Minahasa de Sulawesi Nord, souvenir culinaire emblĂ©matique des marchĂ©s de Manado et cousin tropical du katsuobushi japonais
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SĂ©lectionner des bonites Ă ventre rayĂ© (Katsuwonus pelamis) absolument fraĂźches â pĂȘchĂ©es du jour ou du lendemain maximum. CritĂšres de fraĂźcheur : Ćil clair et bombĂ© (non enfoncĂ©, non voilĂ©), branchies rouge-vif sans mucus brunĂątre, chair ferme qui reprend sa forme Ă la pression du doigt, odeur marine fraĂźche sans ammoniaque. Ăcailler chaque bonite de la queue vers la tĂȘte sous un filet d'eau froide. Vider les entrailles par une incision ventrale de la tĂȘte Ă l'anus, retirer l'intestin, le foie et les gonades entiers. Rincer abondamment Ă l'eau froide en Ă©vacuant toute trace de sang (le sang rĂ©siduel noircit pendant le fumage et donne un arriĂšre-goĂ»t mĂ©tallique). Fendre chaque bonite en deux dans l'axe dorsal avec un couteau lourd ou un couperet : poser le poisson Ă plat, insĂ©rer la lame dans la colonne vertĂ©brale depuis la tĂȘte, et trancher en suivant l'arĂȘte centrale jusqu'Ă la queue. Retirer l'arĂȘte centrale si elle se dĂ©tache facilement (les demi-bonites cuisent plus uniformĂ©ment sans l'arĂȘte), ou la laisser en place si elle tient la chair (plus traditionnel Ă Bitung). Rincer les demi-bonites et essuyer avec un linge propre.
PrĂ©parer une saumure en dissolvant 3 c.Ă .s. de sel marin (garam laut) dans 1 litre d'eau froide â remuer jusqu'Ă dissolution complĂšte. La concentration de ~20 g/l est suffisante pour un saumurage court de 30 Ă 60 minutes qui pĂ©nĂštre la surface de la chair, extrait une partie de l'eau libre et fixe les protĂ©ines superficielles : cela amĂ©liore la conservation et aide Ă la formation du pellicle (couche protĂ©ique superficielle) qui permettra Ă la fumĂ©e d'adhĂ©rer uniformĂ©ment Ă la chair pendant le fumage. Immerger les demi-bonites dans la saumure dans un grand plat ou un bac plastique pendant 45 Ă 60 minutes Ă tempĂ©rature ambiante. Retirer les demi-bonites, Ă©goutter 5 minutes et essuyer soigneusement Ă l'essuie-tout ou au linge propre : la surface doit ĂȘtre lĂ©gĂšrement humide mais pas ruisselante â trop d'humiditĂ© en surface ralentit la formation de la croĂ»te fumĂ©e et favorise la cuisson Ă la vapeur plutĂŽt que le fumage.
PrĂ©parer les bĂątonnets de bambou en Y : pour chaque demi-bonite, assembler 2 bĂątonnets de bambou vert en Y en les liant solidement Ă la jonction avec du raphia ou du fil rĂ©sistant Ă la chaleur. Le bĂątonnet central du Y (le "pied") sera insĂ©rĂ© dans la chair depuis la tĂȘte vers la queue en suivant l'axe de l'arĂȘte centrale ; les deux branches du Y Ă©carteront la demi-bonite en papillon pour maximiser l'exposition Ă la fumĂ©e. InsĂ©rer le bĂątonnet central fermement dans la chair de chaque demi-bonite en commençant par l'extrĂ©mitĂ© de la tĂȘte et en progressant vers la queue d'un geste rĂ©gulier sans percer la peau extĂ©rieure â le bĂątonnet doit cheminer entre la peau et la chair. Ligaturer la demi-bonite au bĂątonnet en 3 points (tĂȘte, milieu, queue) avec le raphia pour qu'elle reste solidement en place pendant les 3-4 heures de fumage vertical. Une demi-bonite mal fixĂ©e tombe dans les braises aprĂšs 30-60 minutes et est perdue. RĂ©pĂ©ter l'opĂ©ration pour les 6 demi-bonites issues des 3 cakalang.
PrĂ©parer le fumoir traditionnel (perapian ou parapian en Minahasa) : une structure en bĂ©ton ou en briques rĂ©fractaires formant un foyer au sol, avec des supports latĂ©raux pour enfoncer les bĂątonnets de bambou Ă la verticale Ă 50-60 cm au-dessus des braises. Ă dĂ©faut, un barbecue profond ou un fumoir en acier avec tuyĂšre de fumĂ©e peut ĂȘtre utilisĂ© en version domestique. PrĂ©parer un lit de charbon de bois naturel (untuk dĂ©marrage) et y allumer les braises. Une fois les braises bien Ă©tablies (30 minutes), couvrir entiĂšrement de coquilles de noix de coco sĂšches (tempurung kelapa) : les coquilles s'allument sur les braises actives et produisent une chaleur modĂ©rĂ©e et rĂ©guliĂšre (70-90 °C Ă hauteur du poisson) et surtout une fumĂ©e douce avec des notes sucrĂ©es et lĂ©gĂšrement caramĂ©lisĂ©es caractĂ©ristiques du fumage Minahasa. Attendre que les coquilles de noix de coco soient en braise active (plus de flamme visible) avant d'installer les bĂątonnets de bonite â la chaleur doit ĂȘtre indirecte et enveloppante, jamais la flamme directe.
Enfoncer les bĂątonnets de bambou munis des demi-bonites dans les supports latĂ©raux du perapian, Ă la verticale, tĂȘte en haut, Ă 50-60 cm au-dessus des braises. Les demi-bonites doivent ĂȘtre rĂ©guliĂšrement espacĂ©es (au moins 10 cm entre chaque bĂątonnet) pour permettre une circulation uniforme de la fumĂ©e. Alimenter les braises en coquilles de noix de coco toutes les 45-60 minutes pour maintenir une chaleur rĂ©guliĂšre â ne jamais laisser les braises tomber (chute de tempĂ©rature = condensation de fumĂ©e acide sur la chair) ni flamber (grillage trop rapide de la surface sans cuisson Ă cĆur). AprĂšs 90 minutes de fumage, la surface des demi-bonites prend une couleur dorĂ©e-ambrĂ©e et la peau commence Ă se raidir : c'est le moment du badigeon d'eau salĂ©e (air garam) â badigeonner dĂ©licatement les deux faces de chaque demi-bonite avec un pinceau trempĂ© dans la solution saline, et reprendre le fumage 90 minutes supplĂ©mentaires. AprĂšs 3 heures, la surface est d'un brun-rouge laquĂ© profond et la chair autour des bĂątonnets est compacte et sĂšche sur 5 Ă 8 mm. Tester la cuisson Ă cĆur en insĂ©rant une fine brochette en mĂ©tal Ă la partie la plus Ă©paisse (dos de la bonite) : si elle sort chaude et sans liquide rose, la bonite est cuite Ă cĆur. Poursuivre 30 minutes supplĂ©mentaires si nĂ©cessaire (jusqu'Ă 4 heures maximum pour les grosses bonites de 1,5 kg).
Retirer les bĂątonnets du perapian et les poser Ă l'horizontal sur un support en bois ou en mĂ©tal, dans un endroit bien ventilĂ© Ă l'ombre. Laisser refroidir Ă tempĂ©rature ambiante pendant 20 Ă 30 minutes avant de manipuler â la surface est trĂšs chaude et fragile immĂ©diatement Ă la sortie du fumoir. Pendant le refroidissement, la surface du cakalang fufu "se fixe" : la croĂ»te laquĂ©e brun-rouge se raffermit et l'arĂŽme de noix de coco fumĂ©e se dĂ©ploie pleinement (les composĂ©s phĂ©noliques de la fumĂ©e continuent de se fixer sur la surface en refroidissant). ContrĂŽle qualitĂ© visuel : la surface doit ĂȘtre uniformĂ©ment brun-rouge laquĂ©e, sans zones pĂąles (fumage insuffisant) ni zones noires (brĂ»lĂ©es). La chair exposĂ©e par les coupes doit ĂȘtre ferme et compacte, brun dorĂ©e en profondeur, jamais rose ni grisĂątre. L'odeur : fumĂ©e de noix de coco ronde et sucrĂ©e, jamais acide ni ammoniaquĂ©e. Le cakalang fufu peut ĂȘtre vendu ou servi entier empalĂ© sur ses bĂątonnets (prĂ©sentation traditionnelle d'oleh-oleh Bitung) ou dĂ©tachĂ© des bĂątonnets et dĂ©coupĂ© en tronçons pour la cuisson rica-rica ou woku.
Le rica-rica cakalang fufu est la prĂ©paration culinaire reine du cakalang fufu dans la cuisine Minahasa. Couper le cakalang fufu refroidi en tronçons de 4-5 cm. PrĂ©parer la pĂąte rica-rica au mortier ou au blender : 8 piments rouges frais cabai merah (Ă©pĂ©pinĂ©s selon tolĂ©rance), 5 piments oiseau (cabai rawit), 6 gousses d'ail, 6 Ă©chalotes (bawang merah), 3 tomates Roma, 2 tiges de sereh (lemongrass) broyĂ©es, le jus d'un citron vert (jeruk nipis), sel et sucre. Dans une grande poĂȘle ou un wajan, chauffer 4 c.Ă .s. d'huile de noix de coco Ă feu vif. Faire sauter la pĂąte rica-rica 3-4 minutes jusqu'Ă ce qu'elle exhale son arĂŽme intense de piment-tomate-citron. Ajouter les tronçons de cakalang fufu, mĂ©langer dĂ©licatement pour enrober la chair fumĂ©e de la sauce rica-rica sans la briser. Cuire 5-6 minutes Ă feu moyen-vif en retournant dĂ©licatement. Terminer avec quelques feuilles de daun kemangi (basilic Minahasa) ciselĂ©es. Servir immĂ©diatement sur riz blanc chaud (nasi putih) â le contraste entre la fumĂ©e de noix de coco du cakalang et le piment frais du rica-rica est la signature gustative absolue de Manado.
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Sourcer ou se taire
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