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Atlas Culinaire · Russie · Europe
Le « thé » national russe d'avant le thé chinois : feuilles d'épilobe à feuilles étroites (kiprey) flétries, roulées et FERMENTÉES jusqu'à virer du vert herbacé au noir floral-fruité, puis séchées et infusées — produit en masse à Koporye, exporté jusqu'en Angleterre au XIXe siècle, oublié, puis ressuscité
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Récolte — Cueillir les feuilles d'épilobe en pleine floraison — Récolter en juillet, au début de la floraison, sur des friches et clairières saines loin des routes (l'épilobe colonise les coupes forestières). Saisir la tige d'une main et faire glisser l'autre de haut en bas pour détacher les feuilles d'un geste, en laissant l'épi de fleurs roses au sommet. Choisir des feuilles vert franc, saines, sans taches ni duvet ni insectes — l'épilobe en attire beaucoup. NE PAS laver les feuilles : on préserve la microflore et les enzymes de surface, indispensables à la fermentation à venir. Secouer simplement pour ôter poussière et bestioles.
Flétrissage — Faire flétrir 24 heures (zavyalivanie) — Étaler les feuilles en couche d'environ 5 cm sur un linge propre ou du papier, à l'ombre, jamais au soleil direct (qui dessèche et détruit l'arôme). Laisser flétrir environ 24 heures en remuant régulièrement pour une perte d'eau homogène. La feuille doit perdre sa rigidité : test de pli — une feuille prête se plie en deux sans se casser, la nervure centrale ne craque plus. Ce flétrissage concentre les sucs et prépare les parois cellulaires au roulage. Trop sèche, elle ne rendra plus de jus ; pas assez, elle pourrira à la fermentation.
Roulage — Rouler les feuilles jusqu'au jus (skruchivanie) — C'est l'étape qui fait l'ivan-chay. Prendre une petite poignée de feuilles flétries et les rouler ÉNERGIQUEMENT entre les paumes en formant des boudins serrés d'environ 3 cm de long, comme on roule une cigarette. Continuer jusqu'à ce que les feuilles noircissent et deviennent collantes, poisseuses du jus cellulaire qu'elles libèrent : ce broyage déchire les cellules et met les enzymes au contact de l'air, condition de la future oxydation. Pour une grande quantité, on peut passer les feuilles au hachoir à viande (version « granulée », plus rapide et plus forte) ou les froisser en boule pressée.
Fermentation — Fermenter à 24-27°C pendant 6-12 heures — Tasser les boudins roulés dans un récipient émaillé ou en verre (jamais de métal nu) en couche d'environ 5 cm, presser légèrement. Couvrir d'un linge de coton HUMIDE et placer au chaud, idéalement 24-27°C, pendant 6 à 12 heures. C'est l'oxydation enzymatique (la « fermentation ») : surveiller l'odeur, qui passe progressivement de l'herbe coupée à un parfum floral-fruité, miellé, de compote — exactement comme le thé noir se distingue du thé vert. La couleur fonce. C'est cette étape, absente d'une simple tisane, qui crée le vrai ivan-chay.
Séchage — Sécher à 100°C pour fixer l'arôme — Découper grossièrement les boudins fermentés, les étaler en couche fine (1 à 1,5 cm) sur une plaque garnie de papier cuisson. Enfourner à 100°C environ 1 heure, porte légèrement entrouverte pour évacuer l'humidité, en remuant régulièrement. Les feuilles doivent devenir sèches, sombres et cassantes comme du vrai thé noir, sans être brûlées. Le séchage STOPPE la fermentation au bon point et fixe le bouquet développé. Un déshydrateur à 40-50°C donne un séchage plus doux et un thé plus parfumé, mais plus lent.
Affinage — Reposer le thé pour bonifier le bouquet — Laisser refroidir complètement, puis verser l'ivan-chay sec dans un bocal en verre hermétique. Comme un vrai thé, il GAGNE à reposer : l'arôme se stabilise et s'arrondit sur quelques semaines à un mois, le « vert » résiduel disparaît au profit du floral-fruité. Conserver à l'abri de la lumière et de l'humidité. Bien fait, il se garde des mois sans perdre son parfum. C'est ce repos qui sépare un ivan-chay maison correct d'un thé véritablement abouti.
Service — Infuser et servir au samovar — Mettre 1 c.à.c. d'ivan-chay par tasse, verser de l'eau à 90-95°C (pas à gros bouillons) et laisser infuser LONGUEMENT, 10 à 15 minutes — contrairement au thé chinois, l'ivan-chay ne devient ni amer ni astringent et supporte l'infusion prolongée. L'infusion vire à l'ambré-doré, au parfum floral et miellé, sans une once de caféine : c'est l'infusion du soir parfaite. Servir à la russe au samovar (zavarka concentrée allongée d'eau chaude), avec miel, pryanik, pastila ou varenye à la cuillère. Les feuilles se réinfusent 2 à 3 fois.
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Sourcer ou se taire
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