vers le Xe siècle
Les shchi et kachi, bases de la table slave
Les chroniques médiévales de la Rous' de Kiev et les sources archéologiques attestent dès le Xe siècle la consommation généralisée de soupes au chou (shchi) et de bouillies de céréales (kachi) parmi les populations slaves orientales. Ces deux préparations, mentionnées dans le proverbe national, constituent le socle alimentaire qui perdurera pendant un millénaire. L'agriculture céréalière et maraîchère, combinée à la cueillette de champignons et baies forestières, définit cette cuisine de subsistance.
milieu du XVIe siècle
Le Domostroi codifie la cuisine russe
Rédigé vers 1547 sous Ivan IV, le Domostroi (Домострой) est un manuel domestique qui décrit en détail l'organisation de la cuisine, les conserves, les jeûnes orthodoxes et les festins russes de l'époque. Ce texte constitue la première source écrite systématique sur la gastronomie moscovite médiévale, distinguant la cuisine des jours maigres (poisson, champignons, légumes) de celle des jours gras (viandes, graisses animales). Il témoigne de l'influence majeure du calendrier orthodoxe sur les habitudes alimentaires russes.
fin du XVIIe – début du XVIIIe siècle
Pierre le Grand et l'occidentalisation de la table russe
Le retour de Pierre le Grand de son Grand Tour européen (1697–1698) amorce une profonde transformation de la cuisine des élites russes, avec l'introduction de produits, techniques et ustensiles d'Europe occidentale. La cuisine française en particulier exerce une influence croissante sur la noblesse russe tout au long du XVIIIe siècle, donnant naissance à une gastronomie de cour sophistiquée distincte de la cuisine populaire. Ce fossé culinaire entre aristocratie francisée et paysannerie traditionnelle caractérisera la société russe jusqu'au XIXe siècle.
seconde moitié du XIXe siècle
Émergence d'une identité culinaire nationale russe
À la suite de l'abolition du servage (1861) et dans le contexte du mouvement slavophile, des auteurs comme Youri Lotman et des cuisiniers comme Gerasim Stepanov commencent à documenter et valoriser la cuisine populaire russe face à l'hégémonie française. Le premier grand livre de cuisine russe systématique, «Un don aux jeunes ménagères» d'Elena Molokhovets (1861), connaît un succès considérable avec 29 éditions avant 1917. Cette période voit la réhabilitation des plats paysans (bortsch, koulibiac, blinis) comme expressions d'une identité nationale.
années 1939–1952
Le Livre de la nourriture savoureuse et saine
Publié pour la première fois en 1939 sous Staline, le «Livre de la nourriture savoureuse et saine» (Книга о вкусной и здоровой пище) est un ouvrage de cuisine officiel soviétique, réédité de nombreuses fois jusqu'aux années 1990, qui standardise et diffuse à l'échelle nationale un corpus de recettes approuvées. Ce livre hybride mêle recettes traditionnelles russes, emprunts des cuisines des républiques soviétiques (géorgienne, ukrainienne, ouzbèke) et idéologie alimentaire soviétique valorisant l'abondance. Il a profondément façonné les habitudes culinaires de plusieurs générations de familles soviétiques.