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Atlas Culinaire · Russie · Europe
La soupe-mère de la Russie : quasi-millénaire, mijotée des heures dans le четверть russe avec choucroute, bœuf et smetana — « Щи да каша — пища наша » (Shchi et kasha sont notre nourriture)
Le débat le plus profond porte sur la frontière entre щи кислые (sour shchi à la choucroute, version hivernale ancestrale) et щи из свежей капусты (au chou frais, version estivale moderne). Darra Goldstein dans 'A Taste of Russia' (1983, ISBN 9781940585031) est catégorique : « shchi is the most Russian of soups » et précise que la version d'hiver authentique se prépare UNIQUEMENT avec choucroute fermentée — la version au chou frais étant un compromis post-industriel. William Pokhlebkin ('The Ethnic Cuisines of Our Peoples' 1978, ISBN 9780330266123 pour l'édition anglaise 'Russian Delight') tranche dans le même sens et place le shchi dans le panthéon des six soupes nationales russes (avec borchtch, rassolnik, solyanka, okrochka, botvinia). Second débat : la zazharka (oignon-carotte revenus au beurre) — Aleksey Onegin et les puristes inspirés de Pokhlebkin la REFUSENT (« en russe traditionnel les légumes vont crus dans la soupe, jamais sautés »), tandis que Vikalinka, Olga's Flavor Factory et Anya von Bremzen ('Please to the Table' 1990, ISBN 9780894807534) la défendent comme couche aromatique légitime. Troisième controverse : la tomate. Pokhlebkin et Goldstein l'excluent du canon (le concentré n'arrive en Russie qu'au XIXe siècle), Peter's Food Adventures et Gastronom.ru la tolèrent. Enfin la cuisson : le vrai shchi se fait au four russe (печь) en cocotte de terre cuite, à 120°C pendant 3h, jamais sur feu vif — Onegin insiste, le repos d'une nuit au froid (« morozhenie ») est même supposé en démultiplier les arômes selon la tradition paysanne du Nord.
Kvass de seigle (квас) — la boisson historique russe acidulée, qui répond au lacto-fermenté de la choucroute. Variante alcoolisée : vodka glacée (Stolichnaya, Beluga) en chasseur entre les cuillerées, tradition paysanne. Variante non-alcoolisée moderne : eau gazeuse au citron et aneth, ou compote (kompot) de baies rouges (canneberge, cassis).
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Si la choucroute est très salée ou acide, la rincer brièvement à l'eau froide et l'essorer. Goûter : elle doit être franchement acide mais pas piquante. Réhydrater les champignons séchés dans 200 ml d'eau bouillante pendant 20 min, puis filtrer le jus à travers un papier filtre (les sables se déposent au fond). Réserver champignons et jus. Couper le bœuf en gros morceaux de 5 cm en gardant l'os. Hacher finement l'oignon de soupe, râper la carotte de soupe.
Placer le bœuf et les os dans une grande marmite, couvrir d'eau froide. Porter LENTEMENT à frémissement (jamais à gros bouillon — Pokhlebkin insiste sur ce point). Quand la mousse impure remonte, l'écumer méticuleusement avec une écumoire fine pendant 10-15 min, jusqu'à ce que le bouillon soit clair. Ajouter alors l'oignon coupé en deux (peau comprise pour la couleur dorée), la carotte en tronçons, le laurier, les grains de poivre, les baies de piment de la Jamaïque et 1 c.à.c. de sel.
Couvrir partiellement (laisser un mince filet de vapeur s'échapper), baisser à FEU TRÈS DOUX. Le bouillon doit à peine frémir — quelques bulles à la surface, jamais d'ébullition. Mijoter 1h30 minimum. La viande doit se détacher de l'os à la fourchette. Pendant ce temps, étuver la choucroute en cocotte (étape suivante).
Dans une cocotte en fonte ou terre cuite, faire fondre le beurre clarifié. Ajouter la choucroute égouttée, mélanger pour l'enrober. Mouiller avec 1 louche de bouillon de bœuf chaud (300 ml) ou eau. Couvrir et étuver à FEU DOUX 40 min en remuant toutes les 10 min, ou idéalement au four à 120°C pendant 1h-1h30 (méthode Onegin/Pokhlebkin). La choucroute doit devenir tendre, dorée, presque caramélisée. NE JAMAIS la mettre directement dans le bouillon avec les pommes de terre — l'acidité bloquerait leur cuisson.
Sortir la viande du bouillon, la laisser tiédir, l'effilocher en gros morceaux en jetant l'os et le gras. Filtrer le bouillon à travers une passoire fine doublée d'une étamine — jeter oignon-carotte-aromates qui ont donné leur âme. Remettre le bouillon clair sur le feu, porter à frémissement. Ajouter les pommes de terre coupées en cubes, les champignons réhydratés et leur jus filtré. Mijoter 15 min jusqu'à ce que les pommes de terre soient presque cuites mais encore fermes au cœur.
Ajouter au bouillon : la choucroute étuvée, la viande effilochée, l'oignon haché et la carotte râpée crus (école Pokhlebkin/Onegin) — OU faire revenir oignon-carotte 5 min au beurre puis les ajouter (école Vikalinka/von Bremzen, zazharka). Mijoter 20 min à découvert pour que les saveurs se marient. Goûter, rectifier sel-poivre. Ajouter l'ail écrasé en toute fin (5 min avant la fin), il infuse sans amertume.
COUVRIR la marmite, retirer du feu et laisser reposer 30 min minimum — c'est ce que la tradition russe appelle упревание (uprevanie), maturation. Pokhlebkin et Onegin recommandent même de laisser une NUIT au frais (réfrigérateur ou balcon en hiver) — le shchi du lendemain (вчерашние щи) est unanimement considéré comme supérieur au shchi du jour. Réchauffer doucement avant de servir.
Réchauffer doucement (jamais ébullition). Hacher l'aneth et le persil. Frotter les tranches de pain de seigle noir (Borodinsky idéalement) avec une gousse d'ail cru. Verser le shchi très chaud dans des bols profonds. Déposer 1 grosse cuillère de smetana au centre (ne pas mélanger dans la marmite — chacun mélange dans son bol), saupoudrer généreusement d'aneth. Servir le pain à part. Une vodka glacée ou un kvass accompagne idéalement.
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