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Atlas Culinaire · Inde · Nord-Est & Himalaya
Le pilaf-totem des Khasi du Meghalaya â riz rouge des collines cuit dans le gras du porc et ses abats, colorĂ© profond et liĂ© au sang frais de porc, parfumĂ© au seul gingembre, curcuma, poivre et laurier. Loin du biryani Ă©picĂ©, un plat de force et de fĂȘte oĂč le riz boit toute la richesse de l'animal
Le Jadoh est traversĂ© par un dĂ©bat franc sur LE SANG DE PORC, qui sĂ©pare le plat « authentique » de ses versions Ă©dulcorĂ©es. Le nom lui-mĂȘme tranche la nature du plat : en khasi « ja » signifie le riz (cuit) et « doh » la viande (la chair) â jadoh, c'est littĂ©ralement « riz-viande ». Le canon khasi le plus pur, celui des jadoh stall du marchĂ© Iew Duh de Shillong, lie le riz au SANG FRAIS de porc (parfois appelĂ© jadoh snam), qui donne la couleur sombre, le liant et la profondeur signature ; mais une part croissante de foyers et de restaurants servent un jadoh SANS sang (la version « ja doh » courante en ligne, chez Onmanorama ou Gayathri's Cook Spot), jugĂ©e plus prĂ©sentable pour les non-initiĂ©s et compatible avec certaines sensibilitĂ©s religieuses. Les puristes rĂ©pliquent qu'un jadoh sans sang n'est plus qu'un pulao au porc, et que le sang n'est pas un « extra » mais le cĆur du plat. DeuxiĂšme nuance, le RIZ : le canon emploie le riz rouge des collines khasi (hill rice), au goĂ»t terreux ; les versions urbaines glissent vers le joha assamais ou un riz Ă biryani, ce que les sources natives (The North East Store, The Indegenous) signalent comme un compromis. Enfin les ABATS : le vrai jadoh incorpore foie, intestins et autres parties du porc, lĂ oĂč les versions « propres » se limitent Ă la viande grasse. Le plat se mange traditionnellement avec le tungrymbai (soja fermentĂ©) et le doh-jem, dans une logique khasi du « rien ne se perd » de l'animal.
Le Jadoh se boit traditionnellement avec le kyat (alcool de riz khasi fermentĂ©) dans les occasions festives, ou plus simplement avec de l'eau et un thĂ© rouge lĂ©ger â le plat Ă©tant dĂ©jĂ riche et gras. Il s'accompagne TOUJOURS de condiments khasi : tungrymbai (pĂąte de soja fermentĂ© pilĂ©e au piment et sĂ©same), t_ung-tap (poisson sĂ©chĂ©-fumĂ© pilĂ©) ou un simple chutney de piment-oignon cru qui tranche le gras. Hors Meghalaya, une biĂšre lĂ©gĂšre indienne (Bira 91, Kingfisher) ou un thĂ© noir clair. ĂVITER vins tanniques et sodas sucrĂ©s qui se heurtent au gras et au sang. Le bouillon de cuisson de la tĂȘte de porc, servi Ă part, est la boisson-accompagnement la plus authentique dans les jadoh stall.
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Couper le porc gras en cubes de 2-3 cm en gardant la couenne et le gras. Si version traditionnelle, nettoyer et Ă©mincer les abats (foie, intestins). Garder le sang de porc frais au froid, couvert, jusqu'au dernier moment â il s'incorpore en toute fin. Laver le riz rouge khasi Ă l'eau froide et l'Ă©goutter soigneusement. PrĂ©parer la pĂąte de gingembre, concasser le poivre, Ă©mincer les oignons. Si l'on a la tĂȘte de porc, la faire bouillir Ă part pour en tirer un bouillon de cuisson.
Dans une marmite Ă fond Ă©pais, faire rendre le gras des cubes de porc Ă feu moyen, presque sans huile ajoutĂ©e, jusqu'Ă ce qu'ils dorent et libĂšrent leur graisse (8-10 min). Ajouter les oignons Ă©mincĂ©s et les faire suer sans les caramĂ©liser en brun. Incorporer les abats Ă©mincĂ©s si utilisĂ©s et les saisir 3-4 min. Le fond de marmite doit ĂȘtre tapissĂ© de gras parfumĂ© dorĂ© â c'est lui qui portera tout l'arĂŽme du riz.
Ajouter la pĂąte de gingembre, le curcuma et le poivre noir concassĂ© dans le gras chaud. Faire revenir 1-2 minutes jusqu'Ă ce que le parfum Ă©clate et que le gras prenne une couleur dorĂ©e profonde. Ajouter les feuilles de laurier et les piments verts fendus. C'est tout le « masala » du jadoh : gingembre, curcuma, poivre, laurier â aucune Ă©pice torrĂ©fiĂ©e lourde.
Ajouter le riz rouge lavĂ© et Ă©gouttĂ© dans la marmite et le remuer 2-3 minutes pour l'enrober du gras parfumĂ© â cette « torrĂ©faction » fait que chaque grain porte l'arĂŽme du porc et garde du mordant. Ne pas le rincer aprĂšs. Le riz prend une teinte dorĂ©e-cuivrĂ©e sous le curcuma et le gras. C'est l'Ă©tape clĂ© qui distingue le jadoh d'un riz simplement bouilli.
Verser le bouillon de tĂȘte de porc (ou l'eau chaude) Ă hauteur, environ 700 ml pour 400 g de riz rouge (qui boit plus qu'un riz blanc). Saler modĂ©rĂ©ment. Porter Ă Ă©bullition, puis baisser Ă feu doux, couvrir et laisser cuire par absorption 18 Ă 22 minutes, jusqu'Ă ce que le riz soit presque tendre et le liquide presque absorbĂ©. Ne pas trop remuer pour ne pas casser les grains.
Quand le riz est presque cuit et le liquide presque absorbĂ©, baisser le feu au minimum. Verser le sang de porc frais EN FILET, hors grand feu, en remuant dĂ©licatement le riz pour qu'il s'enrobe uniformĂ©ment et prenne sa couleur sombre signature â surtout pas Ă gros bouillons, sinon le sang coagule en grumeaux. Couvrir et laisser cuire encore 4-5 minutes Ă feu trĂšs doux pour que le sang cuise Ă cĆur et lie l'ensemble. Pour la version SANS sang, sauter cette Ă©tape et prolonger un peu le sautĂ©.
Laisser reposer le jadoh couvert 5 minutes hors du feu, puis l'aĂ©rer dĂ©licatement Ă la fourchette. Le servir bien chaud, en plat communautaire, accompagnĂ© de tungrymbai (soja fermentĂ© pilĂ© au piment-sĂ©same), d'un chutney de piment-oignon cru qui tranche le gras, et Ă©ventuellement d'un bol du bouillon de tĂȘte de porc. C'est un plat de force et de partage, servi dans les jadoh stall comme aux fĂȘtes khasi.
Le jadoh se conserve couvert au rĂ©frigĂ©rateur 1 Ă 2 jours maximum (le sang et les abats le rendent pĂ©rissable). RĂ©chauffer Ă feu doux avec un filet d'eau ou de bouillon, en remuant dĂ©licatement pour ne pas casser le riz, jusqu'Ă ce qu'il soit chaud Ă cĆur. Ne pas conserver Ă tempĂ©rature ambiante. La version sans sang se garde un jour de plus. Ne pas congeler : la texture du riz rouge et du gras en souffre.
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