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Atlas Culinaire · Suède · Europe
Un gâteau au cacao cuit à plat, noyé de glaçage au café encore chaud et poudré de coco râpée, puis tranché en rectangles — le carré de fika le plus répandu de Suède, et celui qui change de nom tous les cent kilomètres.
C'est le Språkinstitutet — l'Institut des langues nationales de Finlande — qui a tranché, en cherchant simplement comment traduire en suédois le finnois « mokkapala » pour son grand dictionnaire finnois-suédois : l'enquête, lancée sur les réseaux sociaux et publiée par Janina Andersson dans la revue Språkbruk le 26 janvier 2023, a récolté 610 réponses de Finlande et de Suède en quelques jours seulement, et fait remonter environ quarante appellations.
Le partage géographique est net : « mockarutor » apparaît dans 90 % des réponses venues de Finlande mais seulement 20 % de celles venues de Suède, tandis que « kärleksmums » domine à 68 % en Suède contre 7 % en Finlande ; « snoddas » ou « snoddaskaka » arrive troisième, cité par 9 % des Suédois.
Suivent des noms descriptifs — chokladrutor, kokosbitar, le « brunbeta » ostrobotnien, seul mot franchement dialectal à revenir plus d'une fois — puis des noms de famille, Sabinakaka, Kramforskaka, fifirutor, Bojans kaka, Irmas kakor, dagiskaka.
Et l'enquête livre le point décisif, que ne donne aucune recette : le nom dépend de la GARNITURE.
Pour mériter le nom de mockarutor, il faut en général que le café entre dans le glaçage, faute de quoi ce ne sont que des chokladrutor ; certains exigent même le nonpareille par-dessus.
La noix de coco râpée, elle, va avec les chokladrutor et le kärleksmums.
Le nom n'est donc pas un synonyme régional innocent : il enregistre une différence de recette.
Quant à « snoddas », l'Isof documente magnifiquement l'homme et pas le gâteau : le billet de Leif Nilsson, alors conseiller onomastique de l'institut, publié le 9 janvier 2014, rappelle que Gösta Nordgren — GÖSTA, non Gunnar — fut deux fois champion de Suède de bandy avec Bollnäs GIF avant que sa carrière de chanteur ne décolle en 1952, quand il interpréta « Flottarkärlek » dans le Karusellen de Lennart Hyland ; et que le surnom, dont la version « la mieux attestée » remonte à son père Kalle Nordgren, poissonnier qui vendait aussi des préservatifs et qu'on appelait Gummi-Kalle, vient de « Gummisnodden », le gamin du camion à poissons.
Rien à voir avec une friandise.
Le Språkinstitutet, de son côté, range explicitement « snoddas » parmi les noms « opaques », sans étymologie transparente.
Le rapprochement est donc chronologique et vraisemblable — la Snoddas-fièvre de janvier 1952 précède de peu la diffusion du gâteau — mais aucune source ouverte ne l'établit, et cette fiche s'arrête là.
Le SAOB, enfin, confirme le silence : ni kärleksmums, ni mockaruta, ni snoddas, ni kokosruta n'y ont d'entrée.
Négatif à qualifier plutôt qu'à brandir, car le volume des composés de kärlek a été imprimé en 1939 — le dictionnaire s'est arrêté avant le gâteau, il ne l'a pas récusé.
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Chemiser de papier cuisson une plaque à rebords de 25 × 35 cm — le format d'Arla et de Recepten.se — en faisant remonter le papier sur les quatre côtés, et préchauffer à 175 °C en chaleur classique, ou 160 °C en chaleur tournante. Le papier n'est pas un confort : une pâte aussi sucrée colle irrémédiablement au métal, et le glaçage refroidi rend le démoulage impossible. Fondre le beurre à feu doux dans une casserole, jusqu'à ce qu'il soit tout juste liquide, blond et silencieux — s'il chante et mousse, il est trop chaud et cuirait les œufs. Le laisser tiédir hors du feu pendant qu'on prépare la pâte. Une plaque plus grande donnerait un gâteau trop mince et sec : si l'on n'a qu'une plaque de four standard de 30 × 40 cm, replier une barrière de papier cuisson pour ramener la surface aux bonnes dimensions.
Le pourquoiUn moule à rebords bas produit une couche de deux à trois centimètres, qui cuit en une trentaine de minutes sans que la croûte ne se forme avant que le cœur ne prenne — c'est tout l'intérêt du gâteau en plaque, ou långpannekaka.
Casser les quatre œufs dans un grand bol avec le sucre semoule et battre au fouet électrique — quatre bonnes minutes, comme le prescrit Receptfavoriter — jusqu'à ce que le mélange triple de volume, blanchisse franchement et forme un ruban qui met deux ou trois secondes à s'effacer à la surface. La couleur passe du jaune vif à un ivoire pâle, et le fouet laisse un sillon net. C'est l'unique aération du gâteau : la levure chimique ne fait ensuite que soulever ce qui a déjà été monté. Verser alors le beurre tiédi en filet, puis le lait, en continuant de battre à petite vitesse. Si le mélange retombe et redevient liquide, c'est que le beurre était trop chaud : il n'y a pas de rattrapage propre, la mie sera plus dense mais restera mangeable.
Le pourquoiLe fouettage prisonnier de l'air dans le film protéique des œufs crée une mousse que la chaleur du four dilatera ; la coagulation des mêmes protéines vers 70 °C fixe ensuite cette structure avant qu'elle ne retombe.
Mêler dans un second bol la farine, le cacao, la levure chimique, le sucre vanillé et le sel, puis les tamiser directement au-dessus de la pâte. Le cacao amer est extrêmement hygroscopique : versé sec dans un liquide, il forme instantanément des billes sèches à cœur qu'aucun fouet ne casse. Plier à la maryse, en soulevant du fond vers la surface, jusqu'à ce que la pâte soit uniformément brun foncé, lisse et brillante, sans traînée pâle ni point clair. S'arrêter là : chaque tour de spatule supplémentaire développe le gluten et durcit la mie. Verser aussitôt dans la plaque et égaliser d'un coup de spatule coudée. Si la pâte paraît trop épaisse pour s'étaler seule, ajouter une cuillerée de lait — jamais de farine en sens inverse.
Le pourquoiTravailler une pâte à la farine hydratée aligne et lie les protéines de gluten en un réseau élastique ; sur un gâteau, ce réseau se traduit par une mie caoutchouteuse et des tunnels verticaux, d'où la consigne de plier et non de battre.
Enfourner au milieu du four et cuire une trentaine de minutes à 175 °C, selon Arla. Vers la vingtième minute l'odeur de cacao chaud envahit la pièce et la surface se bombe légèrement en son centre ; vers la trentième, le gâteau se rétracte imperceptiblement des bords du papier et cesse de trembler quand on secoue la plaque. Le contrôle sûr est celui de Lyckasmedmat : une sonde plantée au centre doit indiquer 95 °C ; à défaut, un cure-dent doit ressortir avec quelques miettes humides mais aucune pâte liquide. Attention, les températures de four varient beaucoup selon les sources — 175 °C chez Arla et Köket, 200 °C chez ICA pour un quart d'heure seulement, 225 °C chez Recepten.se pour dix à quinze minutes. Plus le four est chaud, plus la surveillance doit être serrée. Un gâteau sorti trop tôt s'affaisse en son milieu : il reste parfaitement bon, le glaçage comblera le creux.
Le pourquoiLa gélatinisation de l'amidon de blé, autour de 85 °C, fixe la structure du gâteau en emprisonnant l'eau ; c'est pourquoi une sonde à 95 °C au centre garantit une mie prise mais encore humide, alors qu'un simple repère de temps ne garantit rien.
Sortir la plaque et laisser refroidir sur une grille jusqu'à ce que le gâteau soit tiède au toucher — « tills den är ljummen », dit Lyckasmedmat — soit une vingtaine de minutes, jamais plus. Piquer alors toute la surface, tous les deux centimètres environ, avec un pic à pain ou simplement les dents d'une fourchette. Les trous doivent traverser la mie sans atteindre le papier. C'est le geste qui fabrique le kärleksmums saftig, ces carrés dont l'humidité descend jusqu'au fond : « detta gör att glasyren kan rinna ner i botten ». Le gâteau doit rester tiède, pas chaud : sur un gâteau brûlant, le glaçage devient si liquide qu'il traverse et s'accumule sous le papier. S'il a totalement refroidi, le piquage reste utile mais l'absorption sera plus faible.
Le pourquoiLe sucre du glaçage migre par capillarité dans les canaux ouverts, où il se dissout dans l'eau encore mobile de la mie tiède ; refroidie, cette solution sucrée abaisse l'activité de l'eau et garde le gâteau moelleux plusieurs jours.
Fondre les 100 g de beurre à feu doux dans une casserole, retirer du feu et verser aussitôt le café brûlant. Ajouter le cacao et le sucre vanillé, puis le sucre glace TAMISÉ en trois fois, en fouettant vigoureusement entre chaque ajout, jusqu'à obtenir une crème lisse, brillante, coulante comme une pâte à crêpes épaisse. Verser immédiatement sur le gâteau tiède et l'étaler d'un seul geste large à la spatule coudée : il doit s'étendre presque seul jusqu'aux angles. C'est ici que tout se joue, et Recepten.se le dit sans détour — « Bred glasyren över kakan medan glasyren fortfarande är varm » : ce qui doit être chaud, c'est le glaçage. Comptez la fenêtre en degrés : le beurre fond entre 32 et 35 °C, on coule donc autour de 40 à 45 °C, juste après l'ajout du café. En dessous de 30 °C le beurre a recristallisé, le glaçage prend en pâte épaisse et il ne reste qu'à l'écraser en arrachant la croûte du gâteau. S'il a trop figé, le rattrapage existe : le repasser dix secondes sur feu très doux en fouettant, ou lui ajouter une cuillerée de café chaud.
Le pourquoiLe sucre glace ne fond pas, il se disperse : la fluidité du glaçage tient entièrement à l'état physique du beurre, liquide au-dessus de 32-35 °C et recristallisé en dessous de 30 °C. Passer sous ce seuil transforme une suspension coulante en pâte solide, sans retour possible à froid.
Semer la noix de coco râpée en pluie régulière sur le glaçage encore humide, sans tasser : elle doit adhérer seule. Pour un résultat très supérieur, la torréfier au préalable quelques minutes à la poêle sèche jusqu'au blond noisette, comme le conseille Receptfavoriter, puis la laisser refroidir avant de la semer. Laisser prendre le glaçage une heure à température ambiante — jamais au réfrigérateur, qui le ternit et durcit la mie. Découper ensuite au grand couteau essuyé entre chaque trait : Receptfavoriter propose trois bandes dans la longueur et quatre ou cinq dans la largeur, ICA compte trente pièces dans une plaque de 30 × 40 cm. Les carrés doivent se détacher nets, glaçage intact sur l'arête. Si le couteau arrache le glaçage, c'est qu'il n'a pas assez pris : attendre encore une demi-heure, ou passer la lame sous l'eau chaude et l'essuyer avant chaque coupe.
Le pourquoiLa torréfaction déclenche la réaction de Maillard entre les acides aminés et les sucres résiduels de la coco desséchée, et libère des composés grillés absents de la coco crue — c'est un changement de goût, pas une simple coloration.
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Sourcer ou se taire
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