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Atlas Culinaire · Suède · Europe
La famille documentée ici est le klimp salé poché en bouillon, garniture historique de la köttsoppa — ni le märgklimp de moelle des potages bourgeois, ni l'ugnsklimp sucré cuit au four. Une panade de lait, de farine, de beurre et d'œufs, refroidie une heure, façonnée à deux cuillères, puis pochée jusqu'à ce qu'elle remonte d'elle-même à la surface.
Jordbruksverket, sur sa fiche « Korn » du portail Smaka Sverige, range le klimp aux côtés du palt parmi les usages alimentaires de l'orge : donc du côté de la farine du pauvre, celle du nord et des années maigres.
Or ce n'est pas cette version-là qui a survécu.
Le relevé d'archive de l'Isof recueilli le 19 juillet 1902 auprès de la fermière Håll Anna Persdotter, à Morkarlby (Mora, Dalarna), par Mejt Skeri — cote Uppsala 29403:3b — donne un klimp de farine, d'eau, d'un œuf et de sel, poché vingt minutes dans un bouillon d'os à moelle : personne ne le fait plus.
Ce qui reste, c'est le klimp des livres — celui du chapitre 10 de « Husmanskost » (A.
H.
/ Adriana Hollberg, 9e édition, Alb.
Bonnier, Stockholm 1896), une panade au beurre, au lait, au sucre, à la muscade, aux amandes amères et à deux ou trois œufs.
Et la continuité se lit encore sur le détail le plus improbable : ICA, en 2020, met toujours « deux amandes amères râpées » dans son klimp.
Le point est tranché — le klimp que l'on mange aujourd'hui est celui de la table bourgeoise du XIXe siècle, pas celui du grenier à orge, et c'est le livre de cuisine, non l'archive dialectale, qui a gagné.
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Rincer le högrev et son os sous l'eau froide, les déposer dans un grand faitout et les couvrir de 2,5 litres d'eau froide — jamais chaude. Porter très doucement à la limite du frémissement : le départ à froid laisse aux protéines solubles le temps de migrer vers l'eau et de coaguler en surface plutôt que de rester emprisonnées dans le muscle, ce qui donne à la fois du goût au bouillon et une écume que l'on peut retirer. Au bout de dix à quinze minutes monte une mousse grise et bavarde, avec une odeur franche de viande bouillie ; l'écumer à la louche autant de fois qu'il le faudra, jusqu'à ce que la surface ne renvoie plus qu'un film de graisse doré et immobile. Le bouillon visé est limpide et ambré, pas laiteux. S'il a déjà viré au gris parce que l'ébullition a été trop vive, le passer au chinois étamine et repartir : il reste bon, il ne sera simplement plus transparent.
Le pourquoiLe départ à eau froide favorise l'extraction des protéines solubles et leur coagulation en écume à la surface ; un départ à chaud les fait coaguler à l'intérieur du muscle et y enferme le goût.
Ajouter les grains de piment de la Jamaïque concassés et les tiges de persil, couvrir à demi et maintenir un frémissement paresseux — une bulle qui crève la surface toutes les deux secondes, pas davantage — pendant une heure et demie. C'est le temps qu'il faut au collagène du högrev, morceau très travaillé donc très collagéneux, pour s'hydrolyser en gélatine : c'est elle qui donnera au bouillon sa tenue en bouche et à la viande son moelleux. Le faitout doit chuchoter, jamais gronder ; l'odeur passe peu à peu du bouilli au rôti doux, et le liquide prend une couleur de thé clair. La viande est prête quand la fourchette s'y enfonce sans résistance et qu'elle se détache de l'os toute seule. Si elle reste ferme au bout d'une heure et demie, ce n'est pas un problème de durée mais de température : remonter d'un cran et prolonger de vingt à trente minutes.
Le pourquoiL'hydrolyse du collagène en gélatine ne démarre qu'au-delà de 70 °C et réclame de la durée, pas de la violence : une ébullition franche émulsionne les graisses et opacifie le bouillon sans rien accélérer.
Pendant que la viande cuit, éplucher et tailler la carotte, le rutabaga, le céleri-rave, le panais et les pommes de terre en cubes réguliers d'un centimètre et demi, puis émincer le blanc de poireau en demi-lunes. La régularité n'est pas de la coquetterie : ces racines n'ont ni la même densité ni le même temps de cuisson, et seul un calibrage identique permet de rattraper l'écart en jouant sur l'ordre d'entrée dans le bouillon. Les verser une quinzaine de minutes avant la fin — rutabaga et céleri-rave d'abord, carotte, panais et pommes de terre ensuite, poireau cinq minutes seulement — et écouter le bouillon reprendre son frémissement après chaque ajout. Les cubes doivent être fondants sous la dent tout en gardant leur arête vive, sans se déliter en purée. S'ils commencent à se défaire, les retirer aussitôt à l'écumoire et les réserver au chaud dans une louche de bouillon : la soupe sera sauvée, la texture aussi.
Le pourquoiLes racines n'ont ni la même teneur en pectine ni le même seuil de gélatinisation de l'amidon : le céleri-rave et le rutabaga tiennent bien plus longtemps que la pomme de terre, dont l'amidon gonfle, éclate et lie le bouillon.
Dans une petite casserole à fond épais, délayer la farine de blé dans le lait entier froid au fouet, jusqu'à disparition complète des grumeaux — le froid est ici indispensable, l'amidon ne doit gonfler qu'une fois le mélange parfaitement homogène. Porter sur feu doux sans cesser de remuer : la préparation blanchit, épaissit d'un coup vers 65 à 70 °C, puis se met à faire de grosses bulles paresseuses qui éclatent en soupirant. Poursuivre quatre minutes à partir de cet instant, pour cuire la farine et chasser le goût de cru. Retirer du feu, incorporer le beurre en parcelles, puis, hors du feu et un à un, les deux œufs, le sel, la muscade râpée, les amandes amères finement râpées et la moitié du persil. La panade doit être lisse, brillante, et se détacher de la spatule en un ruban épais qui retombe lourdement. Si elle a fait des grumeaux malgré tout, la passer au chinois avant d'ajouter les œufs — après, il sera trop tard.
Le pourquoiLa gélatinisation de l'amidon du blé, entre 60 et 70 °C, structure la panade ; les œufs ajoutés ensuite apportent la coagulation protéique qui la fera tenir au pochage sans se dissoudre.
Verser la panade dans un bol préalablement mouillé à l'eau froide — l'eau empêche l'adhérence et permettra de la démouler d'un bloc —, lisser la surface, filmer au contact et placer au froid une heure au minimum. Ce repos n'est pas une commodité d'organisation : il permet à l'amidon de rétrograder et aux matières grasses de cristalliser, deux phénomènes qui donnent à la pâte la fermeté nécessaire au façonnage. À la sortie du froid, elle doit être ferme au doigt, mate, et se découper proprement au couteau. Façonner alors les klimpar à l'aide de deux cuillères à soupe trempées dans l'eau bouillante, en faisant rouler la pâte d'une cuillère à l'autre jusqu'à obtenir des quenelles lisses de la taille d'une grosse boulette — ou, plus simplement et tout aussi traditionnellement, découper le bloc en une douzaine de cubes réguliers. Si la pâte colle encore, la remettre un quart d'heure au froid : elle n'était pas assez prise.
Le pourquoiLe refroidissement provoque la rétrogradation de l'amidon gélatinisé et la cristallisation des matières grasses du beurre et du lait : ces deux phénomènes raffermissent la masse et lui donnent sa cohésion mécanique.
Porter une casserole d'eau légèrement salée — ou, mieux, deux louches de bouillon prélevées et allongées d'eau — à un frémissement très doux, surtout pas à l'ébullition. Y déposer les klimpar à l'écumoire, quelques-uns à la fois pour ne pas faire chuter la température, et les laisser cuire cinq à six minutes. On les voit d'abord couler au fond, puis gonfler légèrement et remonter un à un à la surface, où ils tournent doucement sur eux-mêmes : c'est le signal, et il ne trompe jamais. Un klimp cuit est gonflé, souple, d'un blanc crémeux, et cède sous la cuillère sans s'écraser. S'ils se délitent dès l'immersion, tout arrêter : la panade manquait d'œuf ou de cuisson — resserrer le reste de la pâte avec une cuillerée de farine et un jaune, puis reprendre le pochage.
Le pourquoiL'eau à peine frémissante laisse les protéines de l'œuf coaguler progressivement de la surface vers le cœur ; une ébullition franche fait éclater la quenelle avant que le réseau protéique n'ait eu le temps de se former.
Découper la viande retirée de l'os en morceaux généreux, rectifier le sel du bouillon maintenant seulement — il a réduit tout au long de la cuisson — et déposer deux à trois klimpar au fond de chaque assiette creuse bien chaude. Verser par-dessus la soupe brûlante avec sa viande et ses racines : c'est l'ordre suédois, celui que donne Svenskt Kött, et il a une raison — le klimp se réchauffe sans recuire, et il ne se casse pas au transport. Parsemer du reste de persil plat haché. L'assiette montre alors un bouillon ambré et clair, des cubes de racines encore bien distincts, et les klimpar émergeant à demi comme des îlots pâles. Servir immédiatement, avec du knäckebröd beurré. Si le bouillon a trop réduit et se révèle salé, l'allonger d'un peu d'eau bouillante plutôt que de tenter de le corriger au sucre ou à la crème.
Le pourquoiLe klimp est une masse dense et très hydratée qui absorbe la chaleur du bouillon par conduction ; le déposer avant le liquide lui évite un second passage en cuisson, qui le ferait gonfler puis s'affaisser.
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Sourcer ou se taire
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