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Atlas Culinaire · Curaçao · Amériques
« Les choses de lait » â deux laits, du sucre, et une confiserie qu'aucun mariage curaçaolais ne peut se permettre d'oublier
Ko'i lechi signifie littĂ©ralement « choses de lait » en papiamentu, et l'inventaire de la cuisine curaçaolaise le range parmi les kos di boka dushi, les choses qui adoucissent la bouche, aux cĂŽtĂ©s de la tentalaria, de la kokada, de la kakiña et du panseiku â https://nl.wikipedia.org/wiki/Cura%C3%A7aose_keuken .
Le point tranché est celui du lait, et il est plus contraignant qu'il n'y paraßt : la confiserie se fait avec DEUX laits, du lait en poudre et du lait concentré sucré, et les sources antillaises sont formelles sur un interdit précis, le succédané de crÚme pour café ne peut absolument pas remplacer le lait en poudre.
La raison est structurelle et non gustative : le lait en poudre entier apporte les protĂ©ines lactiques qui donnent Ă la pĂąte sa tenue et son fondant, lĂ oĂč un succĂ©danĂ©, fait de glucose et de graisses vĂ©gĂ©tales, ne produit qu'une masse grasse qui ne prend jamais.
Le second point est qu'il existe deux familles de ko'i lechi et qu'on les confond souvent : la version froide, sans cuisson, et la version cuite dite ko'i lechi kayente ou ko'i lechi di stof, littĂ©ralement les bonbons de lait du fourneau, oĂč laits et eau sont portĂ©s ensemble Ă Ă©bullition.
Cette fiche donne la version cuite, plus stable et plus fidĂšle Ă l'usage des fĂȘtes.
Aucune protection européenne ne couvre la confiserie : le registre eAmbrosia complet ne compte aucune entrée pour Curaçao.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Passez tout le lait en poudre au tamis fin au-dessus d'un grand saladier, en écrasant à la spatule les petites boules blanches qui resteront sur la toile. Ce geste paraßt superflu et ne l'est pas du tout : le lait en poudre absorbe l'humidité de l'air et s'agglomÚre en grumeaux compacts qui, une fois plongés dans une masse chaude, ne se dissolvent plus jamais et restent en points blancs dans le bonbon fini. Réservez une centaine de grammes de cÎté, dans un bol séparé : ils serviront à ajuster la texture en fin de préparation. Mesurez ensuite les autres ingrédients pour tout avoir sous la main.
Le pourquoiLes particules de lait en poudre sont hygroscopiques et se soudent par ponts capillaires ; une fois agglomĂ©rĂ©es, leur surface se rĂ©hydrate mais leur cĆur reste sec.
Versez le lait concentré sucré, le lait entier liquide, l'eau et le sucre en poudre dans une casserole à fond épais. Chauffez à feu moyen en remuant sans interruption à la spatule, en raclant le fond et les angles, jusqu'à ce que le mélange arrive à ébullition. C'est la version cuite, celle que le papiamentu appelle ko'i lechi di stof, les bonbons de lait du fourneau, et elle est plus stable que la version froide. Ne quittez pas la casserole des yeux une seconde : le lait concentré est trÚs riche en sucre et attache avec une rapidité qui surprend toujours.
Le pourquoiLes sucres réducteurs du lait concentré caramélisent dÚs que la paroi dépasse localement 150 °C, ce qu'un fond mince permet en quelques secondes.
Baissez le feu et poursuivez la cuisson cinq à sept minutes, toujours en remuant, jusqu'à ce que le mélange épaississe nettement et se détache par instants du fond de la casserole. Vous devez obtenir une préparation qui coule de la spatule en ruban épais et lent, et non plus en filet. C'est cette réduction qui détermine la fermeté du bonbon fini : trop courte, les ko'i lechi resteront collants et ne tiendront pas la forme ; trop longue, ils deviendront durs et sableux. Coupez le feu dÚs que le ruban se forme et incorporez la vanille, le zeste de citron vert et la pincée de sel.
Le pourquoiL'évaporation concentre les solides du lait et le sucre ; la fermeté finale dépend directement de la teneur en eau résiduelle.
Versez le lait en poudre tamisĂ© sur la prĂ©paration encore chaude, en trois ou quatre fois, en mĂ©langeant vigoureusement Ă la spatule entre chaque ajout. La masse va Ă©paissir trĂšs vite et devenir difficile Ă travailler, c'est normal et c'est ce qu'on cherche. Utilisez le lait en poudre rĂ©servĂ© pour ajuster : la pĂąte doit ĂȘtre mallĂ©able, souple, et se dĂ©tacher proprement des parois du saladier sans coller aux doigts. Si elle reste collante, ajoutez de la poudre par cuillerĂ©es ; si elle devient sĂšche et s'effrite, une cuillerĂ©e de lait concentrĂ© la rattrape.
Le pourquoiLes protéines et le lactose du lait en poudre absorbent l'eau libre restante et construisent une matrice solide en refroidissant.
Laissez tiĂ©dir la pĂąte une dizaine de minutes, le temps qu'elle devienne manipulable sans brĂ»ler. Saupoudrez le plan de travail de sucre glace et façonnez les ko'i lechi selon l'usage : petites boules roulĂ©es entre les paumes, quenelles allongĂ©es, ou pĂąte abaissĂ©e sur un centimĂštre et dĂ©taillĂ©e Ă l'emporte-piĂšce. Aux fĂȘtes curaçaolaises, on colore volontiers une partie de la pĂąte en rose ou en vert pĂąle avant de façonner, ce qui donne aux plateaux leur aspect caractĂ©ristique. Travaillez sans traĂźner, car la pĂąte durcit Ă mesure qu'elle refroidit.
Le pourquoiLa matrice de lactose et de protĂ©ines cristallise progressivement en refroidissant, ce qui ferme la fenĂȘtre de façonnage.
Disposez les bonbons sur une grille ou une feuille de papier cuisson, espacĂ©s les uns des autres, et laissez-les sĂ©cher Ă l'air libre plusieurs heures, idĂ©alement une nuit. Une fine croĂ»te se forme en surface pendant que le cĆur reste fondant, et c'est ce contraste qui fait la rĂ©ussite du ko'i lechi. Ne les enfermez pas trop tĂŽt en boĂźte, ils ramolliraient et se colleraient les uns aux autres. Retournez-les Ă mi-parcours pour que le dessous croĂ»te lui aussi. Choisissez un endroit sec et Ă l'abri des courants d'air.
Le pourquoiL'Ă©vaporation de l'eau de surface concentre les solides en une couche externe rigide, tandis que le cĆur conserve son humiditĂ©.
PrĂ©sentez les ko'i lechi sur un plateau avec les autres douceurs curaçaolaises, tentalaria et kokada en tĂȘte : c'est ainsi qu'ils se servent, dans la catĂ©gorie des kos di boka dushi, et ils sont incontournables aux mariages et aux grandes occasions. On les offre aussi couramment en cadeau, emballĂ©s par petits sachets. Ils se conservent au moins une semaine dans une boĂźte fermĂ©e, sans rĂ©frigĂ©ration, ce qui explique leur succĂšs dans un climat oĂč peu de confiseries tiennent. Intercalez du papier cuisson entre les couches.
Le pourquoiLa faible teneur en eau rĂ©siduelle et la forte concentration en sucre bloquent le dĂ©veloppement microbien, d'oĂč la conservation Ă tempĂ©rature ambiante.
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Sourcer ou se taire
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