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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Un biscuit sans gluten, sans beurre et presque sans eau, qui disparaît sur la langue parce qu'on a passé une heure à sécher sa farine avant même de commencer.
Le premier concerne le pétrissage, où la sagesse répandue veut qu'on ne travaille jamais la pâte sous peine d'obtenir un biscuit dur, alors que Story Mama Ita, dans sa recension en bahasa Melayu de trois recettes de kuih bangkit, ordonne exactement l'inverse en écrivant « setiap kali nak canai dan gelek, doh perlu diuli lagi supaya kuih bangkit jadi rangup », c'est-à-dire qu'il faut repétrir la pâte avant chaque abaisse précisément pour qu'elle soit croustillante ; Linda, de Malaysian Chinese Kitchen, tient une position intermédiaire en demandant de pétrir doucement sans excès, et l'autrice de What To Cook Today tranche autrement encore en déplaçant le critère, ce qui compte n'est pas le nombre de tours de main mais l'hydratation, « when you press the dough with your palm, it stays, but if you push the dough with your fingers, it crumbles ».
Comme l'amidon de tapioca ne contient aucun gluten, aucun réseau élastique ne peut se développer sous le pétrissage, ce qui donne raison au troisième camp, le durcissement vient d'une pâte trop humide ou trop tassée, pas du pétrissage en soi.
Le deuxième point porte sur la farine, Wikipédia anglophone donne l'amidon de sagou comme base historique quand Nasi Lemak Lover travaille un mélange de 500 g de tapioca pour 165 g de sagou et que les recettes malaises domestiques recensées par Story Mama Ita coupent le tepung ubi de tepung gandum, ce qui fait sortir le biscuit du répertoire sans gluten dans lequel les versions nyonya le maintiennent.
Le troisième point est la durée de repos de la farine torréfiée, trois jours pleins pour Nasi Lemak Lover, le jour même si le refroidissement est total et jusqu'à sept jours d'avance pour What To Cook Today.
Le Kamus Dewan de la Dewan Bahasa dan Pustaka, enfin, ne donne aucune entrée culinaire pour « kuih bangkit » et se borne à définir « bangkit » comme se lever, se relever, monter, y compris pour une pâte, ce qui rend plausible mais non attestée l'explication de Wikipédia selon laquelle le nom viendrait du biscuit qui double de volume à la cuisson.
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Versez les amidons de tapioca et de sagou dans un grand wok parfaitement sec, sans une goutte d'huile, enfouissez-y les tronçons de pandan et remuez sans arrêt sur feu doux pendant trois quarts d'heure à une heure. C'est le geste fondateur de la recette et rien ne le remplace, il s'agit d'extraire l'eau de l'amidon avant qu'il ne rencontre le lait de coco. Vous verrez la farine passer d'un blanc mat et lourd à un blanc très clair, presque volatile, qui s'envole au moindre coup de spatule, et vous sentirez une odeur chaude de pandan grillé remplacer l'odeur neutre du départ. La cible est mesurable, pesez avant et après, la farine doit avoir perdu 13 à 14 pour cent de son poids. Si elle jaunit franchement ou sent le roussi, votre feu est trop vif, retirez le wok, laissez-le tiédir et reprenez plus bas, une farine brunie donnera un biscuit gris qui ne sera jamais blanc.
Le pourquoiLa chaleur sèche évapore l'eau liée de l'amidon et dextrinise partiellement la surface des granules ; privés de leur capacité à gélatiniser en réseau cohésif, ils ne peuvent plus former une masse élastique et donnent une pâte courte qui cuira en matrice poreuse et soluble.
Retirez les feuilles de pandan, transvasez la farine encore tiède dans une boîte hermétique seulement quand elle est parfaitement froide, puis oubliez-la vingt-quatre heures au minimum. Ce repos n'est pas un caprice, une farine encore chaude dégage de la vapeur qui se condense dans la boîte et réhydrate exactement ce que vous venez de sécher pendant une heure. Vous reconnaîtrez une farine reposée à sa main, elle coule entre les doigts comme du talc et ne forme aucune motte quand on la serre. La cible est une farine à température ambiante, sèche et fluide, tamisée juste avant l'emploi. Nasi Lemak Lover pousse le repos à trois jours pleins et What To Cook Today autorise l'emploi le jour même à condition d'un refroidissement total, puis la conservation jusqu'à sept jours ; dans le doute, préparez la veille, c'est le compromis qui ne trahit jamais.
Le pourquoiL'amidon est hygroscopique ; enfermé chaud, il crée son propre microclimat humide et reprend en une nuit une partie de l'eau chassée à la torréfaction, ce qui annule tout le travail.
Fouettez les deux jaunes d'œufs avec le sucre glace tamisé et la pincée de sel pendant trois à quatre minutes, jusqu'à ce que le mélange pâlisse nettement et épaississe. On cherche ici à dissoudre entièrement le sucre glace dans le peu de liquide des jaunes, parce qu'aucune autre étape ne le fera ensuite, la pâte sera trop sèche pour ça. Le mélange doit passer du jaune orangé au jaune très pâle, crémeux, et tenir brièvement en ruban sur le fouet. La cible est un appareil parfaitement lisse, sans grain sous la langue si vous y goûtez. Si le sucre glace fait des grumeaux malgré le tamisage, écrasez-les à la maryse contre la paroi plutôt que d'ajouter du liquide.
Le pourquoiLe sucre dissous se répartit à l'échelle moléculaire dans la pâte et forme au four une matrice vitreuse fine et fragile ; un sucre resté en cristaux fond en points isolés et crée des zones dures dans un biscuit censé être homogène.
Tamisez la farine torréfiée directement sur l'appareil aux jaunes et incorporez-la par tiers, en alternant avec le lait de coco épais versé lui aussi en trois fois, jusqu'à obtenir une pâte sableuse qui n'a rien d'une pâte à biscuit ordinaire. Rassemblez-la à la main sans chercher à la lisser, la pâte de kuih bangkit ne doit jamais devenir une boule souple et brillante. Le test de réussite est physique et il est le seul qui vaille, pressez-en une poignée dans la paume, elle doit tenir en bloc ; poussez ce bloc du bout du doigt, il doit s'émietter aussitôt. La cible est cet équilibre précis, ni collant ni poudreux. Si la pâte s'effrite sans jamais tenir, ajoutez du lait de coco cuillerée à café par cuillerée à café, jamais plus, et si elle colle aux doigts, rattrapez avec une cuillerée de farine torréfiée gardée de côté.
Le pourquoiL'amidon de tapioca et de sagou ne contient pas de gluten, donc aucun pétrissage ne peut créer de réseau élastique ; la fermeté indésirable vient uniquement d'un excès d'eau qui tasse la matrice à la cuisson, d'où le pilotage par l'hydratation et non par la main.
Farinez le moule en bois avec un peu de farine torréfiée, tassez-y la pâte fermement du pouce pour qu'elle épouse tout le relief, arasez le surplus au dos d'un couteau puis démoulez d'un coup sec en tapant le moule sur le plan de travail. Le tassement doit être franc, un biscuit mal comprimé se fend en deux au démoulage et perd son motif. Vous entendrez un claquement net et le biscuit tombera d'une pièce, motif intact, dans votre paume. La cible est une série de formes identiques, blanches, aux arêtes vives, rangées espacées sur une plaque couverte de papier cuisson. Si le biscuit reste collé dans le creux, votre pâte est trop humide, corrigez-la à la farine torréfiée avant de continuer plutôt que de fariner davantage le moule.
Le pourquoiLa compression élimine les poches d'air grossières qui feraient éclater le biscuit à la chaleur, tout en laissant la microporosité fine de la pâte sableuse, celle qui donnera la dissolution en bouche.
Piquez chaque biscuit d'un ou deux coups de fourchette fine ou de cure-dent sur le dessus, sans traverser, puis rangez-les sur la plaque en les espaçant de deux centimètres. Ces piqûres laissent échapper la vapeur pendant la cuisson et évitent que la surface ne se soulève et ne craquelle. La tradition peranakan veut ensuite qu'on marque le centre d'un point rouge, à l'aide d'un cure-dent trempé dans du colorant alimentaire, geste que les familles confient volontiers aux enfants comme le raconte l'association Baba Nyonya Peranakans. La cible est une plaque de biscuits identiques, secs en surface, marqués et prêts à enfourner. Si un biscuit s'est fissuré au moment de la piqûre, remettez-le en boule, retassez-le au moule, la pâte crue se recycle indéfiniment tant qu'elle ne sèche pas à l'air.
Le pourquoiLa vapeur d'eau générée par le peu d'humidité résiduelle cherche à sortir ; sans issue, elle soulève la croûte de surface qui se fige la première et fend le motif.
Enfournez à 150 °C sur la grille du milieu, chaleur de sole de préférence et sans ventilation, et comptez quinze minutes pour de très petits biscuits de cinq grammes, vingt à vingt-cinq minutes pour des pièces plus épaisses. Le kuih bangkit ne doit pas dorer, c'est un biscuit blanc, et toute la difficulté est de le sécher à cœur sans jamais déclencher de brunissement en surface. Vous verrez les biscuits gonfler légèrement et prendre un aspect mat et poudré, tandis que l'odeur de pandan et de coco envahit la cuisine. La cible est un biscuit resté blanc ou à peine ivoire, dont seul le dessous est très légèrement blond. Si vos biscuits colorent trop vite, baissez à 140 °C et prolongez, mieux vaut vingt-cinq minutes pâles que quinze minutes dorées.
Le pourquoiOn cherche uniquement une déshydratation, pas une réaction de Maillard ; le biscuit contient trop peu d'eau et de protéines pour supporter un brunissement, qui apporterait une amertume et une dureté incompatibles avec la dissolution recherchée.
Laissez les biscuits refroidir complètement sur la plaque puis sur une grille, et attendez une journée avant de les enfermer, comme le recommande l'association Baba Nyonya Peranakans pour que l'humidité interne se redistribue uniformément. Un biscuit tout juste sorti du four est encore un peu ferme au cœur, il devient réellement fondant après ce repos. Vous saurez que c'est bon quand le biscuit ne craque plus sous la dent mais se désagrège dès qu'il touche la salive, sans que vous ayez à mâcher. La cible est une boîte hermétique, remplie sans écraser, qui tiendra de un à un mois et demi selon les sources. Si l'humidité de la mousson a repris le dessus et que les biscuits redeviennent mous, repassez-les dix minutes à 120 °C et laissez-les refroidir à découvert avant de refermer.
Le pourquoiLe biscuit est un solide amylacé poreux et fortement hygroscopique ; en reprenant l'eau de l'air, la matrice vitreuse repasse au-dessus de sa transition vitreuse à température ambiante et redevient molle et pâteuse.
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Sourcer ou se taire
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