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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Le seul gâteau malais dont la réussite se joue avant que la pâte n'entre en scène — dans un moule en fonte chauffé à vide jusqu'à ce que l'huile fume.
Le Tesaurus du Dewan Bahasa dan Pustaka range « kuih bakar » comme un genre autonome, distinct de « kuih bingka » et de « kuih dangai », dans sa liste fermée des types de kuih, et le Kamus Dewan Edisi Keempat définit le verbe « bakar » en emploi culinaire comme « memasak sesuatu (spt kuih, ikan, daging, dll) dgn jalan memanaskannya dlm ketuhar » — cuire au four — en nommant explicitement l'outil à l'entrée « pembakar » : « acuan ~ kuih », le moule à cuire les kuih.
Le registre patrimonial officiel est nettement plus avare : une recherche site-restreinte sur le portail Pemetaan Budaya du JKKN ne fait remonter aucune fiche consacrée au kuih bakar, alors qu'elle rend bien la fiche 1291 (Kuih Dangai, Perlis), la fiche 1329 (Kuih Loyang) et la fiche 965 (Kuih Chang Nyonya) — et cette fiche 1291 décrit pourtant mot pour mot le geste revendiqué ici, un « acuan khas » chauffé d'abord, garni ensuite, croustillant dehors et moelleux dedans, à 180 °C pendant 20 à 25 minutes en version four.
Du côté du Jabatan Warisan Negara, la page Makanan Warisan annonce 213 aliments patrimoniaux recensés en 2018 mais n'en publie que cinq exemples, aucun cuit au four, ce qui interdit d'en tirer la moindre conclusion sur le kuih bakar dans un sens ou dans l'autre.
Le vrai désordre est ailleurs, dans le nom du dérivé salé : rasa.my publie sous la signature de Sha Syariza, le 26 avril 2018, un « kuih bakar daging » cuit dans un moule à cavités, d'abord sur le feu puis au four à 180 °C voûte seule, c'est-à-dire très exactement ce que d'autres cuisines malaisiennes appellent kuih cara berlauk — deux noms pour un même objet, et un moule qui n'est pas celui du kuih bakar sucré.
Kamaruzaman, Ab Karim, Che Ishak et Arshad (Journal of Ethnic Foods, 2020) donnent le cadre de ce flottement : ils décrivent un répertoire de kuih malais dont l'identité se brouille sous l'effet des reformulations et de l'industrialisation, jusqu'à mettre en jeu « the overall representations […] of unclear identity ».
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Rincez les feuilles de pandan, épongez-les et ciselez-les grossièrement aux ciseaux avant de les passer au mixeur avec les 120 ml d'eau. Vous broyez plutôt que vous n'infusez parce que l'arôme du pandan est enfermé dans les cellules de la feuille et ne sort qu'une fois les parois rompues ; une infusion à l'eau chaude, elle, ne rendrait qu'un thé vert pâle. Le mixeur doit tourner jusqu'à ce que la préparation devienne une bouillie vert sombre et que l'odeur monte, verte et presque vanillée, dès qu'on soulève le couvercle. Versez ensuite dans une passoire fine doublée d'un linge et pressez fermement la pulpe pour ne garder que le liquide : vous visez environ 100 ml d'un jus vert profond, opaque, sans le moindre filament. Si vous n'obtenez qu'un jus pâle, remettez la pulpe au mixeur avec deux cuillerées d'eau et pressez de nouveau plutôt que d'ajouter du colorant, qui donnerait la couleur sans le parfum.
Le pourquoiLe broyage rompt mécaniquement les parois cellulaires et libère la 2-acétyl-1-pyrroline, la molécule qui donne au pandan son odeur de riz basmati et de vanille verte. Cette molécule est volatile et thermolabile : on l'extrait à froid et on l'incorpore tard.
Cassez les quatre œufs dans un grand cul-de-poule, ajoutez le sucre et le sel, et travaillez au fouet à main jusqu'à ce que le sucre soit dissous, pas davantage. C'est un point contre-intuitif pour qui vient de la pâtisserie européenne : ici on ne veut surtout pas monter le mélange, parce que l'air incorporé maintenant deviendra, à la cuisson, les galeries et les grosses bulles qui trouent la tranche. Le mélange doit rester coulant et à peine mousseux en surface, d'un jaune soutenu, et les grains de sucre ne doivent plus crisser quand vous frottez une goutte entre deux doigts. Vous cherchez une solution homogène, pas un ruban. Si vous avez fouetté trop vivement et qu'une mousse s'est installée, laissez simplement le mélange reposer dix minutes : l'essentiel des bulles remontera et crèvera tout seul.
Le pourquoiLe sucre dissous abaisse le point de gélification des protéines de l'œuf et retarde leur coagulation, ce qui laisse au centre le temps de prendre en flan crémeux au lieu de cailler. L'air incorporé, lui, se dilate à la chaleur et creuse des cavités qu'aucune cuisson ne rattrapera.
Versez la farine en pluie sur le mélange aux œufs et fouettez juste assez pour l'absorber, puis détendez progressivement avec le lait de coco épais, le jus de pandan et le beurre fondu tiède, en trois fois. On procède du plus épais au plus liquide parce qu'une farine délayée d'emblée dans beaucoup de liquide fait des grumeaux qu'aucun fouet ne rattrape ensuite. La pâte finale doit être franchement liquide, à peine plus épaisse qu'une pâte à crêpes, d'un vert tendre et laiteux, et sentir le coco et le pandan à parts égales. Passez-la alors intégralement au tamis fin au-dessus d'un pichet à bec verseur — c'est le geste que décrit la recette de rasa.my, qui filtre la pâte avant de la réserver — en écrasant du dos d'une cuillère les rares grumeaux restants. Si la pâte vous paraît épaissir en attendant, ajoutez une cuillerée à soupe d'eau et refouettez : elle doit couler, pas napper.
Le pourquoiLe tamisage retire les grumeaux de farine non hydratés et les fibres de pandan, deux hétérogénéités qui créeraient des points de gélatinisation irréguliers de l'amidon et donc des zones caoutchouteuses dans une tranche par ailleurs crémeuse.
Couvrez le pichet d'un film et laissez la pâte reposer trente minutes à température ambiante, sans la remuer. Ce repos fait deux choses à la fois : il donne à l'amidon de la farine le temps d'absorber le liquide et de gonfler, et il laisse remonter et crever les bulles d'air emprisonnées pendant le mélange. Vous verrez la surface se couvrir d'une fine mousse qui disparaît peu à peu, et la pâte s'assombrir légèrement en vert. Au bout d'une demi-heure elle doit être parfaitement calme, sans mousse, et un peu plus épaisse qu'au sortir du tamis. Si une pellicule s'est formée en surface, ne la fouettez pas : écumez-la à la cuillère et remuez doucement d'un seul tour de spatule.
Le pourquoiL'hydratation complète de l'amidon avant cuisson rend la gélatinisation homogène au four ; une pâte cuite immédiatement après mélange contient encore des grains secs qui gonflent en désordre et donnent une mie irrégulière.
Posez le moule en fonte vide, sans une goutte d'huile, dans le four réglé à 200 °C, ou directement sur une flamme moyenne selon la méthode traditionnelle, et laissez-le monter en température au moins quinze minutes. C'est le geste central du kuih bakar et la raison d'être de son nom : la fiche 1291 du portail JKKN, consacrée au kuih dangai de Perlis, décrit la même séquence pour un cousin proche — on chauffe le moule spécial, on le garnit ensuite, et l'on obtient un extérieur croustillant sur un intérieur moelleux. Le moule est à point quand une goutte d'eau projetée dessus danse et s'évapore instantanément en sifflant, et quand la fonte prend cette teinte mate et sèche des métaux très chauds. Vous visez un moule si chaud que l'huile versée dedans fumera dans les trois secondes. Si votre moule est en aluminium fin plutôt qu'en fonte, réduisez à dix minutes et surveillez : il monte plus vite et brûle plus facilement.
Le pourquoiUne fonte portée à haute température stocke une grande quantité de chaleur (forte capacité thermique massique) et la restitue d'un coup à la pâte : les protéines de surface coagulent et les sucres réagissent immédiatement au contact, ce qui crée une pellicule sèche entre le métal et la pâte — c'est cette pellicule qui fait à la fois la croûte et le démoulage.
Sortez le moule brûlant, posez-le sur un dessous résistant et versez immédiatement l'huile neutre, en la répartissant au pinceau silicone dans chaque pétale — elle doit fumer aussitôt et grésiller. Sans attendre, coulez la pâte directement depuis le pichet, en remplissant chaque cavité aux trois quarts seulement, et vous entendrez un crépitement franc au contact : c'est la saisie, la preuve que le choc thermique a lieu. Ne cherchez pas à lisser la surface ni à répartir à la cuillère, chaque seconde passée hors du four coûte de la chaleur au moule. Vous visez un remplissage rapide, cavité par cavité, et un retour au four en moins de trente secondes. Si le crépitement ne vient pas, votre moule n'était pas assez chaud : remettez-le à vide dix minutes de plus la prochaine fois plutôt que d'espérer rattraper à la cuisson.
Le pourquoiL'huile brûlante forme un film à haute température entre le métal et la pâte ; l'eau de la pâte au contact se vaporise instantanément et repousse le gâteau du moule, ce qui empêche l'adhésion des protéines coagulées sur la fonte — le principe même de l'effet Leidenfrost appliqué au démoulage.
Enfournez à 180 °C, chaleur tournante ou sole et voûte, et laissez cuire vingt minutes sans ouvrir. Le gâteau va d'abord gonfler franchement comme un soufflé, puis se stabiliser : c'est normal, il retombera en refroidissant et cette rétractation fait partie de la texture visée. Au bout de vingt minutes, ouvrez rapidement et semez les graines de sésame à la volée sur une surface désormais assez prise pour les retenir, puis refermez et poursuivez quinze minutes. Vous visez une surface qui passe du vert au doré puis au brun caramel par plaques, et une odeur qui tourne du coco frais au sucre cuit. Si le dessus brunit trop vite avant que le centre ne soit pris, couvrez d'une feuille d'aluminium sans serrer et prolongez.
Le pourquoiLa caramélisation des sucres et la réaction de Maillard entre les protéines de l'œuf et les sucres réducteurs se déclenchent en surface une fois l'eau évaporée localement — d'où une croûte qui se construit par le haut pendant que le centre, encore humide, reste à cœur autour de 100 °C et prend en flan.
Sortez le moule et laissez le kuih tiédir dedans quinze à vingt minutes, sans y toucher. Ce temps n'est pas une politesse : le gâteau se rétracte en refroidissant et se décolle tout seul des parois, alors qu'un démoulage à chaud le déchirerait par le milieu où le flan n'a pas encore fini de prendre. Vous verrez le pourtour se creuser d'un fin liseré sombre entre la fonte et le gâteau, et la surface bombée redescendre à plat, parfois en se craquelant — c'est le signe d'une bonne croûte. Passez alors la lame d'un couteau fin tout autour, posez une assiette sur le moule et retournez d'un geste franc. Servez tiède ou à température ambiante, jamais brûlant : le parfum du pandan ne se lit vraiment qu'une fois le gâteau redescendu sous 40 °C.
Le pourquoiEn refroidissant, le réseau protéique de l'œuf achève de se contracter et l'amidon amorce sa rétrogradation : le gâteau gagne en tenue et se détache mécaniquement du moule par simple différence de retrait entre la fonte et la pâte.
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Sourcer ou se taire
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