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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Trois ingrédients, aucune matière grasse, aucune levure : tout le gâteau tient dans la mousse d'œufs battue jusqu'au ruban.
Interrogé sur « bahulu », le portail PRPM du Dewan Bahasa dan Pustaka répond « Carian kata tiada di dalam kamus terkini » — le mot n'est pas dans le dictionnaire courant — et propose la forme « baulu », qui est bien, elle, un article du Kamus Dewan Edisi Keempat : « sj kuih yg dibuat drpd tepung, telur, dan gula », avec ses deux dérivés « baulu cermai » (les petits, « berbentuk spt buah cermai », en forme de fruit de cermai) et « baulu gulung » (fourré de confiture et roulé), le Kamus Pelajar Edisi Kedua précisant que la pâte est « dibakar dlm acuan », cuite dans un moule.
Cette définition normative ne nomme que trois ingrédients — farine, œufs, sucre — et c'est là que les cuisines se séparent : la recette dite traditionnelle au charbon publiée sur rona.my sous la signature de Mrss Ella s'y tient exactement (sucre, dix œufs, farine torréfiée, rien d'autre), quand la recette de bahulu gulung du même site signée Siti Zahrah Bistamam ajoute une cuillerée à café de levure chimique, que Grace, de Nyonya Cooking, en met un quart de cuillerée, et que la Wikipédia anglophone va jusqu'à ranger la levure chimique parmi les ingrédients principaux du plat.
Le chef malaisien KP Kwan (tasteasianfood, 17 mars 2022) tranche dans l'autre sens et écrit explicitement travailler « without adding butter and baking powder », en faisant reposer toute la levée sur le battage des œufs jusqu'au ruban.
Reste la filiation portugaise, revendiquée partout et fragile partout : la Wikipédia anglophone fait dériver « bahulu » du kristang de Melaka « bolu », lui-même du portugais « bolo », mais l'article Wikipédia consacré au kue bolu adosse la même étymologie à un simple lien Google Translate que Wikipédia elle-même signale « [failed verification] », et le Kamus Dewan Edisi Keempat, lui, donne « baulu » sans la moindre note étymologique — la piste melakaise est plausible et cohérente avec 1511, elle n'est pas établie par une source lexicographique primaire.
Du côté institutionnel enfin, le portail Pemetaan Budaya du JKKN documente l'usage social plutôt que la recette : sa fiche 1355, consacrée à l'adat menyambut menantu perempuan du Kelantan, cite le bahulu parmi les mets du repas d'accueil de la belle-fille, aux côtés du nasi dagang, du nasi tumpang et de l'akok.
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Versez la farine et la fécule dans une poêle large à feu doux et remuez sans arrêt à la spatule pendant huit à dix minutes, jusqu'à ce que la poudre devienne fluide sous l'outil et sente le biscuit chaud, sans jamais prendre la moindre couleur. Cette torréfaction — le sangai des cuisines malaises, que la recette traditionnelle au charbon de rona.my exige explicitement — évapore l'eau résiduelle de la farine et affaiblit légèrement son gluten. Vous saurez que c'est bon quand la farine, jusque-là un peu pâteuse et grumeleuse, coulera de la spatule comme du sable sec et que l'odeur passera de la farine crue au pain grillé très pâle. Débarrassez-la aussitôt sur une assiette froide, laissez-la revenir complètement à température ambiante, puis tamisez-la deux fois avec le sel. Si vous la voyez blondir, retirez la poêle du feu sans attendre et continuez à remuer hors du feu : une farine colorée donnerait un bahulu au goût de noisette, agréable mais qui n'est plus celui du plat.
Le pourquoiLa chaleur sèche dénature partiellement les protéines de la farine et réduit sa teneur en eau ; une farine ainsi asséchée s'hydrate plus vite dans la mousse et exige donc moins de mouvements de spatule, ce qui préserve les bulles d'air.
Cassez les cinq œufs dans la cuve du batteur, ajoutez le sucre en trois fois et battez à vitesse croissante pendant huit à dix minutes, en démarrant lentement pour dissoudre le sucre puis en montant progressivement au maximum. C'est ici que se fabrique la totalité du volume du gâteau : il n'y a ni levure ni beurre pour compenser, seulement l'air que vous forcez dans le réseau protéique de l'œuf. La masse va tripler, passer du jaune vif au blanc cassé presque ivoire, épaissir jusqu'à tenir aux branches du fouet, et le bruit du batteur va nettement s'assourdir à mesure que l'appareil devient dense. Le point d'arrêt est le ruban tel que le décrit le chef KP Kwan : un trait dessiné à la surface avec l'appareil qui coule du fouet doit rester visible environ deux secondes avant de s'effacer. Si le ruban disparaît instantanément, poursuivez deux minutes ; s'il ne s'efface plus du tout et que la masse devient granuleuse, vous avez dépassé le point et il faut malheureusement recommencer.
Le pourquoiLe battage déplie les protéines de l'œuf, qui s'adsorbent à l'interface air-liquide et stabilisent des millions de bulles ; le sucre dissous augmente la viscosité de la phase liquide et ralentit le drainage entre les bulles, ce qui empêche la mousse de s'effondrer avant cuisson.
Versez un tiers de la farine tamisée en pluie sur la mousse et incorporez-la à la spatule souple, par grands mouvements circulaires qui vont chercher le fond de la cuve et remontent en tournant le récipient d'un quart de tour à chaque passage. Il ne s'agit pas de mélanger mais de plier : chaque mouvement inutile crève des bulles, et vous n'avez aucune levure en réserve pour récupérer le volume perdu. Recommencez avec le deuxième puis le troisième tiers, en vous arrêtant dès qu'il ne reste plus de traînée blanche visible — l'appareil doit rester gonflé, coulant et satiné, à peine plus lourd qu'avant. La recette au charbon de rona.my résume exactement la fenêtre à viser : une pâte « pas trop lourde et pas trop légère », parce qu'une pâte trop lourde donne un bahulu dense et une pâte trop aérée le fait se creuser de trous. Si vous voyez la masse se désenfler franchement, arrêtez tout de suite d'incorporer, quitte à laisser quelques voiles de farine, et enfournez immédiatement.
Le pourquoiLes bulles d'air de la mousse ne sont stabilisées que par un film protéique fragile ; tout cisaillement mécanique le rompt et libère l'air. La farine, elle, alourdit la phase liquide et accélère le drainage — d'où l'urgence à enfourner une fois qu'elle est dedans.
Badigeonnez généreusement chaque alvéole du moule d'huile neutre au pinceau, sans oublier les cannelures, puis enfournez le moule vide à 200 °C pendant dix à quinze minutes — c'est la durée que donnent aussi bien Grace, de Nyonya Cooking, que le chef KP Kwan. Le moule doit être réellement brûlant, pas simplement chaud, parce que la pâte n'y séjournera qu'une dizaine de minutes et que toute sa mise en forme dépend d'une saisie immédiate au contact. Vous verrez l'huile devenir très fluide et miroiter dans les alvéoles, et un filet de fumée légère monter du moule quand vous le sortez. Idéalement, lancez ce préchauffage au moment où vous commencez à battre les œufs : les deux opérations se terminent ensemble et la pâte n'attend pas. Si votre moule n'a pas fumé, remettez-le cinq minutes plutôt que de couler la pâte : un moule tiède donne des bahulu collés et pâles sur le dessous.
Le pourquoiLe métal très chaud transmet instantanément assez d'énergie pour coaguler les protéines de surface avant que la mousse n'ait le temps de retomber : la croûte se forme et fige la structure au moment précis où l'air interne se dilate, ce qui verrouille le volume.
Sortez le moule brûlant et remplissez chaque alvéole aux trois quarts seulement, à la poche à douille ou à la petite louche, en travaillant vite et sans revenir en arrière. Les trois quarts ne sont pas une approximation : la pâte va gonfler d'un bon tiers pendant la cuisson, et une alvéole remplie à ras déborde, forme une collerette brune qui soude les gâteaux entre eux et interdit tout démoulage propre. La pâte doit grésiller doucement au contact et commencer à prendre sur les bords avant même que vous n'ayez fini de remplir le moule. Vous visez un remplissage complet en moins d'une minute, puis un retour immédiat au four. Si votre pâte a visiblement perdu du volume pendant que vous remplissiez, ne la fouettez surtout pas pour la ranimer : enfournez telle quelle, vous aurez des bahulu un peu plus plats mais corrects.
Le pourquoiL'expansion vient de la dilatation de l'air déjà emprisonné dans la mousse et de la vaporisation de l'eau de la pâte ; ce volume-là est fixe et connu d'avance, ce qui rend le taux de remplissage prévisible — d'où la règle des trois quarts.
Enfournez à 200 °C avec la sole et la voûte allumées et laissez cuire dix à douze minutes sans ouvrir. Cette double chaleur reproduit la cuisson traditionnelle sous braises, où l'on disposait du charbon ardent sous le moule et sur son couvercle pour attaquer le gâteau des deux côtés à la fois — c'est ce que décrit la fiche Wikipédia anglophone du bahulu, et ce que les recettes de rona.my traduisent par la consigne « api atas bawah ». Les gâteaux vont gonfler et former une petite couronne bombée, la surface passera du blanc cassé au doré franc, et l'odeur qui sortira du four sera celle d'un biscuit chaud, sucrée et sèche, jamais celle d'un caramel. Vous visez un dessus doré et un dessous nettement plus coloré, presque brun, qui sera la face visible du gâteau démoulé. Si le dessus se colore avant que les bords ne se décollent, baissez à 180 °C et prolongez de trois minutes plutôt que de sortir un cœur cru.
Le pourquoiL'attaque simultanée par le haut et par le bas fait coaguler les protéines d'œuf sur les deux faces presque en même temps, ce qui fige la structure avant que le centre, encore mou, n'ait le temps de s'affaisser sous son propre poids.
Sortez le moule et démoulez immédiatement, à la pointe d'un couteau ou d'une brochette glissée sous le bord du gâteau, en le faisant basculer sur une grille. Contrairement au kuih bakar, le bahulu se démoule brûlant : sa mie est sèche et ferme dès la sortie, et la vapeur résiduelle qui s'échapperait sous un gâteau laissé dans son alvéole ramollirait sa belle croûte cannelée. Le gâteau doit sortir d'un bloc, avec les cannelures nettes et un dessous brun brillant, en laissant l'alvéole propre. Repassez aussitôt un coup de pinceau d'huile dans chaque alvéole, remettez le moule cinq minutes au four pour qu'il reprenne sa chaleur, puis enchaînez la fournée suivante — Grace, de Nyonya Cooking, insiste sur ce ré-huilage entre chaque tournée. Si un gâteau résiste, ne forcez pas : remettez le moule vingt secondes au four, la chaleur relâchera la prise.
Le pourquoiLa croûte du bahulu est mince et sèche ; laissée à refroidir en vase clos dans une alvéole métallique, elle réabsorbe la vapeur d'eau qui s'échappe du cœur et se ramollit irréversiblement.
Laissez les bahulu refroidir en une seule couche sur la grille, sans jamais les couvrir, pendant au moins quarante-cinq minutes. Le refroidissement à l'air libre laisse partir la dernière humidité du cœur, et c'est cette sécheresse finale qui explique la longévité du gâteau : Grace, de Nyonya Cooking, annonce jusqu'à un mois en boîte hermétique, quand KP Kwan, dont la pâte contient moins de sucre, table plutôt sur une semaine. Les gâteaux doivent être totalement froids au toucher, y compris en dessous, et rendre un petit bruit sec quand on en cogne deux l'un contre l'autre. Rangez-les alors dans une boîte parfaitement hermétique, sans papier absorbant, en couches séparées si vous en avez beaucoup. Si vos bahulu se ramollissent au bout de quelques jours, repassez-les trois minutes à 120 °C et laissez-les refroidir de nouveau à découvert : ils retrouvent leur croustillant.
Le pourquoiL'activité de l'eau d'un gâteau très sec est trop basse pour permettre le développement des moisissures ; enfermer un gâteau tiède réintroduit de l'eau libre par condensation et annule précisément cette protection.
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Sourcer ou se taire
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