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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Des galettes de papa fourrées de fromage que Nariño partage avec l'Équateur — et qui changent de nom, de garniture et de pays selon le côté de la ligne
L'origine des llapingachos est attribuée au peuple indigène Salasaca, dans la province du Tungurahua, sur la sierra centrale équatorienne, et la ville d'Ambato en revendique l'identité culinaire.
Ils sont aussi consommés dans le sud de la Colombie, au Pérou, en Bolivie et dans le nord de l'Argentine.
L'inventaire du Ministerio de Cultura les recense pourtant pleinement du côté colombien, pour Nariño : « Les lapingachos ou llapingachos sont des arepuelas de pomme de terre farcies de fromage émietté, œufs, beurre, oignon haché, sel et huile » (Sánchez & Sánchez, « Paseo de Olla », MinCultura, 2012 ; Ordóñez, « Gran Libro de la Cocina Colombiana », MinCultura, 2012, p.
378-379).
Il n'y a pas de contradiction : les peuples du sud de Nariño cohabitent avec ceux du nord de l'Équateur et le plat circule depuis toujours.
Le point tranché est ailleurs, et il est dans l'assiette : pour être reconnus comme authentiques en Équateur, les llapingachos doivent être accompagnés de chorizo, d'œuf au plat, de laitue, d'oignon et d'avocat ; du côté colombien, ils s'accompagnent de fritada — le porc frit —, d'ají et de laitue.
Même galette, deux garnitures, deux pays.
Deuxième point, étymologique : le nom viendrait du quechua « llapin », qui signifie aplati — la technique est dans le mot.
Troisième point technique : la purée doit être SÈCHE.
Une purée montée au lait ou à la crème ne tient pas la garniture et se défait à la plancha ; c'est l'erreur qui rend la recette impossible.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Cuire les pommes de terre entières et non pelées à l'eau salée, vingt-cinq à trente minutes, jusqu'à ce qu'une lame les traverse sans résistance. Les peler encore brûlantes et les écraser au presse-purée. Remettre la purée cinq minutes dans la casserole sur le feu éteint, en remuant, pour laisser s'échapper la vapeur. La cible est une purée sèche, mate, qui se détache de la cuillère en bloc. Une purée humide se fendra à la farce et se défera à la plancha.
Le pourquoiL'eau absorbée pendant la cuisson dilue l'amidon et empêche la purée de former une masse plastique capable d'envelopper la farce sans se rompre.
Faire fondre le beurre à feu doux, y faire suer l'oignon très finement haché dix minutes sans coloration, puis ajouter l'achiote et laisser infuser une minute. La cible est un oignon fondu, translucide, dans un beurre devenu orangé. L'achiote ne doit pas frire : il devient amer et perd sa couleur. Si l'oignon commence à dorer, la purée prendra un goût caramélisé qui n'a rien à faire ici.
Le pourquoiL'achiote libère ses caroténoïdes dans les matières grasses à basse température ; au-delà de 120 °C, ces pigments se dégradent et brunissent.
Incorporer à la purée sèche le beurre orangé avec l'oignon, les œufs battus, du sel et du poivre. Travailler à la main jusqu'à obtenir une masse homogène et malléable. La cible est une pâte souple qui se roule en boule sans coller et sans se fissurer. Trop sèche, elle se craquelle : ajouter une noix de beurre. Trop humide, elle colle : la remettre sur le feu doux quelques minutes.
Le pourquoiLes œufs apportent des protéines qui coagulent à la plancha et renforcent mécaniquement la galette, ce que l'amidon de pomme de terre seul ne fait pas.
Prélever une portion de la taille d'un œuf, la creuser en coupelle dans la paume, y déposer une bonne cuillerée de fromage émietté, refermer soigneusement et rouler en boule. Aplatir ensuite doucement entre les paumes jusqu'à un disque d'un centimètre et demi. La cible est une galette régulière, parfaitement close, sans fromage apparent. C'est le geste que dit le nom même du plat, du quechua « llapin », aplatir.
Le pourquoiLe fromage fondu est très fluide sous pression : la moindre discontinuité de la pâte devient un point de fuite dès que la température interne dépasse son point de fusion.
Ranger les galettes sur une plaque et les laisser trente minutes au réfrigérateur. La cible est une galette ferme, qui se soulève d'une pièce sans se déformer. Ce passage au froid n'est pas dans toutes les recettes et il change tout : il raffermit le beurre de la pâte et permet de retourner les lapingachos sans les briser, ce qui est la principale difficulté du plat.
Le pourquoiLe refroidissement recristallise les matières grasses de la pâte, ce qui augmente sa cohésion mécanique avant le choc thermique de la plancha.
Chauffer une plancha ou une poêle épaisse à feu moyen-vif et l'huiler d'une fine pellicule. Y poser les galettes et les cuire quatre à cinq minutes par face, sans y toucher, jusqu'à ce qu'une croûte dorée se forme. Retourner d'un geste net à la spatule large. La cible est une galette dorée et croustillante à l'extérieur, fondante au centre, avec le fromage à peine coulant. Ne cuire que quatre galettes à la fois : entassées, elles ramollissent et se brisent.
Le pourquoiLa réaction de Maillard entre l'amidon et les protéines de la surface forme une croûte rigide qui donne à la galette sa tenue au retournement.
Servir immédiatement, très chauds, avec la fritada, l'ají nariñense et la chiffonnade de laitue : c'est le service colombien. Du côté équatorien, la même galette se sert avec chorizo, œuf au plat, oignon et avocat — même plat, autre assiette. La cible est une croûte qui craque sous la fourchette sur un cœur fondant. Les lapingachos ne se réchauffent bien qu'à la poêle sèche ; au micro-ondes, ils deviennent mous et le fromage caoutchouteux.
Le pourquoiLa croûte dorée est une structure sèche : toute condensation la réhydrate et la ramollit irréversiblement.
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Sourcer ou se taire
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