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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Le riz de fête qui ne se cuit ni en casserole ni au four : quatre heures debout au bord du feu, à faire tourner des tubes de bambou vert jusqu'à ce qu'ils jaunissent et cessent de bouillonner.
Le Jabatan Perhutanan Semenanjung Malaysia (Département des forêts de Malaisie péninsulaire) désigne officiellement une espèce sous le nom de « buluh lemang » — Schizostachyum brachycladum, dont il liste les noms locaux buluh lemang / nipis / padi / pelang / urat / rusa — et le système national de biodiversité MyBIS confirme cette dénomination sous la référence SSN 02503 ; autrement dit l'État malaisien a nommé un bambou d'après le plat, ce qui interdit de considérer le tube comme un ustensile interchangeable.
À l'inverse, l'équipe d'ingénieurs de l'Universiti Malaysia Perlis conduite par S.
Hussain, M.
N.
H.
Mohamad et R.
Hamidon a publié en 2009 un moule en acier inoxydable pour fabriquer du lemang, en revendiquant un gain de cuisson de 55 minutes à qualité organoleptique préservée, puis en 2011 une simulation CFD d'un four à lemang qui a montré que la partie basse du produit reçoit trop d'énergie et surcuit — la démonstration que l'objet industriel change le résultat.
Diang Sagita et ses co-auteurs, dans l'Agricultural Engineering International: CIGR Journal 23(4) de décembre 2021, tranchent frontalement dans l'autre sens : ils écrivent que le plat porte ce nom précisément à cause du bambou, « so it can't be changed with other materials », et conçoivent leur machine rotative autour du bambou et du feu ouvert au lieu de les remplacer.
Ces mêmes auteurs relèvent au passage un détail qui déplace le débat vers le Sud : le bambou qu'ils emploient à Tebing Tinggi, à Sumatra, n'est pas le Schizostachyum malaisien mais Bambusa vulgaris, de 50 à 70 mm de diamètre et 8 à 10 mm de paroi — deux pays, deux bambous, un seul nom de plat.
Enfin, une controverse sanitaire beaucoup plus récente s'est greffée sur le combustible : le magazine malaisien Remaja, reprenant MYSUMBER.TV, place en deuxième position de ses conseils d'achat l'interdiction formelle d'acheter chez un vendeur qui brûle des palettes de manutention traitées chimiquement, dont les fumées passent dans le riz — un point sur lequel les vendeurs de bord de route du Ramadan sont aujourd'hui jugés autant que sur leur cuisson.
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Choisissez des entre-noeuds de bambou jeune, encore vert et à paroi mince, longs de 45 à 60 cm, et coupez-les juste au-dessus du noeud inférieur de façon que le fond reste fermé et l'ouverture nette en haut. La paroi mince est le point technique de toute la recette : le bambou conduit la chaleur vers le riz tout en libérant sa propre humidité en vapeur, et un tube épais isole au lieu de cuire. Rincez l'intérieur à l'eau claire, secouez, puis laissez égoutter tête en bas jusqu'à ce que la paroi interne ne brille plus ; à ce stade le bambou doit sentir l'herbe coupée et rendre un son plein, mat, quand on le frappe du plat de la main. La cible est un tube propre, sec à l'intérieur, sans fissure longitudinale visible en lumière rasante. Si un tube présente déjà une fente, écartez-le sans hésiter : il s'ouvrira en cours de cuisson et videra son lait de coco dans le feu.
Le pourquoiLe bambou vert contient encore beaucoup d'eau liée dans ses parois ; en chauffant, cette eau migre vers l'intérieur et fait de la cavité une enceinte de cuisson à la vapeur saturée, ce qui permet la gélatinisation complète de l'amidon du riz gluant sans jamais dépasser 100 °C au contact du grain.
Passez chaque feuille de bananier une à deux secondes au-dessus d'une flamme vive, des deux côtés, jusqu'à ce que le vert cru vire au vert profond et brillant et qu'une odeur végétale presque sucrée monte. Cette flambée éclair fait fondre la cire de surface et détend les fibres : la feuille cesse de casser et devient un cuir souple que l'on peut rouler serré. Roulez-la en cylindre autour d'un manche, glissez-la dans le bambou puis laissez-la se déployer contre la paroi, en la faisant dépasser de deux centimètres en haut ; il faut deux feuilles par tube pour obtenir une gaine sans jour. La réussite se voit à ce que la lumière du jour ne montre plus de bambou nu quand on regarde par l'ouverture. Si une feuille se fend en la roulant, ne la rafistolez pas : le riz s'infiltrera dans la fente et collera au bambou, rendant le démoulage impossible.
Le pourquoiLe passage à la flamme dénature les fibres de cellulose et volatilise la cire cuticulaire, ce qui rend la feuille plastique ; la gaine forme ensuite une barrière anti-adhésive et transfère au riz les composés aromatiques verts de la feuille chauffée.
Rincez le riz gluant à l'eau froide en le brassant à la main, en changeant l'eau trois à quatre fois, jusqu'à ce qu'elle passe du blanc de lait au translucide légèrement voilé. Ne cherchez pas une eau parfaitement limpide : un reste d'amidon de surface soude les grains entre eux et participe à la tenue du cylindre au tranchage. Couvrez ensuite d'eau froide et laissez tremper deux heures pleines, le temps que chaque grain passe du blanc crayeux au blanc opaque et se brise net entre l'ongle et le pouce sans farine sèche au centre. Égouttez au tamis vingt minutes, en secouant deux ou trois fois, jusqu'à ce que le riz ne rende plus une goutte. Un riz encore ruisselant diluerait le lait de coco et donnerait un lemang mou, un riz non trempé donnerait au contraire un coeur crayeux même après quatre heures de feu.
Le pourquoiLe trempage hydrate l'amidon jusqu'au centre du grain par diffusion ; sans cette eau déjà en place, la gélatinisation ne peut pas se propager au coeur pendant la cuisson à la vapeur, quelle que soit sa durée.
Mélangez le lait de coco épais et l'eau, ajoutez le sel et la pointe de sucre, et fouettez à la main jusqu'à dissolution complète, en goûtant : le liquide doit être franchement salé en bouche, nettement plus que ce qui paraît raisonnable, car le riz en absorbera la plus grande partie. Versez le riz égoutté dans chaque tube chemisé jusqu'aux trois quarts de la hauteur environ, tassez à peine du bout des doigts, puis laissez impérativement trois travers de doigt de vide sous l'ouverture. Complétez au lait de coco jusqu'à ce qu'il affleure deux centimètres au-dessus du riz — le repère malaisien classique se prend au doigt, une phalange et demie entre le riz et la surface du liquide. La cible est un tube lourd, stable, où le liquide n'atteint jamais le bord. Si le lait de coco monte trop haut, prélevez l'excédent à la louche plutôt que d'ajouter du riz, sinon le tube débordera dès l'ébullition et noiera la braise placée dessous.
Le pourquoiLe rapport liquide sur riz commande la gélatinisation : trop peu d'eau et l'amidon reste partiellement cristallin au coeur, trop et les granules gonflent puis éclatent, libérant l'amylopectine qui transforme le cylindre en pâte.
Montez un feu long et bas, en bois dur non traité ou en coques de coco, et attendez qu'il soit passé de la flamme haute à la braise incandescente couverte d'un voile de cendre grise. Disposez les tubes en ligne le long du feu, ouverture vers le haut, appuyés sur une barre horizontale, et donnez-leur d'abord une inclinaison forte, de l'ordre de cinquante à soixante-dix degrés : cette position empêche le lait de coco de sortir et expose la partie basse, la plus dense, au maximum de chaleur. On doit entendre au bout d'un quart d'heure un frémissement sourd à l'intérieur des tubes et voir de fines bulles remonter à la surface du lait de coco. La cible à ce stade est un bambou qui chauffe fort sans jamais prendre feu, à une distance telle que la main tenue à côté du tube reste supportable trois secondes. Si un tube commence à noircir d'un seul côté, éloignez-le de dix centimètres et tournez-le immédiatement plutôt que de baisser tout le feu.
Le pourquoiUne braise rayonne une chaleur infrarouge stable alors qu'une flamme vive travaille par convection irrégulière ; seul le rayonnement constant permet de porter progressivement l'intérieur du tube au-dessus de 70 °C, seuil de gélatinisation de l'amidon de riz gluant, sans carboniser la paroi.
C'est le coeur du travail et il n'y a pas de raccourci : faites pivoter chaque tube d'un quart de tour toutes les cinq à dix minutes, sans interruption, pendant environ trois heures. La rotation n'est pas un rituel, c'est ce qui égalise la température autour de la circonférence ; l'équipe de Diang Sagita a mesuré qu'un système de rotation continu à quinze tours par minute annule toute différence statistiquement significative de température entre les positions du bambou, alors que le tour à la main laisse toujours un côté en avance. Vous entendrez le bouillonnement s'installer, puis peu à peu s'éteindre, et vous verrez le bambou passer du vert au jaune paille puis au brun sur les arêtes exposées. La cible est double et connue de tous les vendeurs malaisiens : le bambou a jauni et les bulles ont cessé. Si vous n'avez plus de bulles au bout d'une heure seulement, votre feu est trop fort et le liquide s'est évaporé au lieu d'être absorbé : ajoutez un peu de lait de coco tiède et écartez les tubes du foyer.
Le pourquoiLa rotation supprime le gradient thermique circonférentiel ; sans elle, la face au feu dépasse localement la température de dégradation des sucres tandis que la face opposée reste sous le seuil de gélatinisation, d'où un cylindre à la fois brûlé et cru.
Vers la fin de la cuisson, abaissez l'inclinaison des tubes à dix ou vingt degrés seulement, presque à l'horizontale, en veillant simplement à ce que l'ouverture reste au-dessus du niveau du riz. Ce geste, décrit tel quel dans le protocole relevé par Sagita et ses co-auteurs, sert à amener enfin de la chaleur sur la partie haute du cylindre, qui est restée la plus froide pendant tout le temps où le tube était dressé. Continuez à tourner, plus lentement, et surveillez l'odeur : elle doit passer du lait de coco bouilli à une note de coco toasté, presque de caramel, sans jamais virer au brûlé. La cible est un tube entièrement jaune, léger en main par rapport au départ, qui ne siffle plus. Si le haut reste manifestement pâle et humide, redressez dix minutes de plus plutôt que d'augmenter le feu, qui ne ferait qu'attaquer le bas.
Le pourquoiL'abaissement de l'angle redistribue le flux de chaleur ascendant vers la zone haute ; c'est la correction empirique du défaut mis en évidence par la simulation CFD de Hussain et Hamidon, qui ont montré qu'une géométrie mal orientée surcuit systématiquement une extrémité.
Retirez les tubes du feu et laissez-les reposer debout au moins vingt minutes, adossés à un mur, le temps que la vapeur interne se stabilise et que le cylindre se raffermisse. Fendez ensuite le bambou dans le sens de la longueur au couteau lourd ou à la machette, en donnant un coup net sur l'arête pour amorcer la fente, puis ouvrez les deux moitiés comme un étui : le lemang doit sortir d'un bloc, enveloppé dans sa feuille de bananier devenue brune et translucide. Contrôlez la cuisson en tranchant d'abord le BAS du cylindre, jamais le haut, car le bas est la partie la plus dense et la dernière à cuire — c'est exactement le test que les acheteurs malaisiens exigent des vendeurs de bord de route. La cible est une masse blanche, brillante, homogène, qui se coupe en rondelles de deux centimètres tenant seules sur l'assiette. S'il reste un coeur laiteux, remettez la moitié fendue face au feu dix minutes plutôt que de servir un lemang cru, qui est la cause documentée des plaintes de bazar au Ramadan.
Le pourquoiLe repos laisse l'amidon gélatinisé amorcer sa rétrogradation en surface, ce qui raffermit le cylindre et permet une coupe franche ; trop de repos et la rétrogradation gagne le coeur, rendant le lemang caoutchouteux dès le lendemain.
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Sourcer ou se taire
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